Une délégation de la Banque Mondiale, accompagnée de représentants du Ministère de l'Agriculture (MARNDR), a sillonné cette semaine le département des Nippes, de Fonds-des-Nègres à Anse-à-Veau, pour évaluer les investissements agricoles financés dans le cadre du Projet d'Agriculture Résiliente pour la Sécurité Alimentaire (PARSA) et du Projet Territoires Productifs Résilients (TPR II).
La mission, rapportée par HaitiLibre.com, a permis de mesurer ce que nos paysans peuvent bâtir dès qu'on leur tend la main : unités de transformation, citernes d'eau, bassins piscicoles, entrepôts de céréales. Dans un pays où l'État s'est effondré sous le poids des compromissions d'une élite économique qui n'a jamais cru en la campagne haïtienne, les Nippes racontent une autre histoire. Celle d'une terre qui refuse de mourir.
Ce que la tournée a révélé dans les Nippes
De Fonds-des-Nègres à Anse-à-Veau, en passant par Petite-Rivière-des-Nippes et la localité d'Abraham, la délégation a visité des infrastructures consacrées à la transformation agroalimentaire, au stockage, à la commercialisation, à l'accès à l'eau et à la pisciculture. Elle a rencontré les organisations bénéficiaires pour échanger sur les résultats obtenus, les conditions de fonctionnement et les défis qui restent à relever pour assurer la durabilité des investissements.
Cette visite s'inscrit dans une mission plus large de la Banque Mondiale dans le Grand Sud. Début novembre 2026, la même délégation s'était déjà rendue à Ravine Sèche pour suivre les travaux de protection des berges, comme l'a rapporté IciHaiti.
Le manioc, le riz, le maïs : la transformation ici, chez nous
À Fonds-des-Nègres, le renforcement des capacités locales de transformation du manioc, du riz et du maïs constitue l'un des axes du projet TPR II. La délégation a visité deux unités aménagées avec son appui.
La première est exploitée par le Groupement des agriculteurs pour le développement économique et environnemental, spécialisé dans le manioc. La structure fabrique des cassaves, du konparèt fòs, de la farine et de l'amidon. Râpes, presses, platines de cuisson, tamis : les équipements améliorent la production et ouvrent des débouchés commerciaux, notamment les supermarchés et les cantines scolaires. Selon les responsables de l'organisation, environ 60 tonnes de manioc ont été transformées au cours des douze derniers mois.
À Jovange, l'unité gérée par Agro-Pasto Service transforme le riz et le maïs produits dans la zone, en particulier dans la plaine Abraham. Elle offre aux riziculteurs des services de décorticage de proximité. En douze mois, environ 216 tonnes de riz blanc ont été enregistrées. C'est la preuve que la souveraineté alimentaire ne passe pas par les importations qui enrichissent une poignée de familles, mais par la valorisation du riz local et le soutien à ceux qui le cultivent.
Nourrir les écoliers avec la production locale
À Petite-Rivière-des-Nippes, la délégation a visité le centre d'agrégation mis à la disposition du Réseau des Producteurs Agricoles des Nippes (ROPANIP) par le projet PARSA. Cette infrastructure facilite la collecte, le stockage et la distribution de produits agricoles frais et secs destinés à approvisionner 39 établissements scolaires, dans les communes de Paillant, Fonds-des-Nègres, Miragoâne, Anse-à-Veau et Petit-Goâve.
Un entrepôt de stockage des céréales complète l'équipement. Il doit permettre au réseau d'améliorer ses capacités de conservation et de gestion des approvisionnements. L'investissement structure les relations entre producteurs locaux et écoles, tout en garantissant une disponibilité régulière de denrées pour l'alimentation des élèves. L'école haïtienne retrouve ici son sens le plus ancien : nourrir les corps autant que les esprits, avec ce que la terre du pays donne.
L'eau, cette dignité volée puis rendue
Toujours à Petite-Rivière-des-Nippes, la délégation a vu une citerne familiale construite dans le cadre du TPR II. Les échanges avec les habitants ont rappelé les contraintes quotidiennes : longues distances pour aller chercher l'eau, coûts d'achat, dépendance aux pluies pour reconstituer les réserves.
Les citernes familiales offrent une réponse concrète, en améliorant la disponibilité de l'eau et en renforçant la capacité des communautés à affronter les périodes de sécheresse. Tant qu'un enfant passe ses matinées à porter des bidons au lieu d'aller en classe, la refondation de l'État reste une phrase vide. Chaque citerne est un morceau de cette refondation.
La pisciculture d'Abraham : onze bassins, un avenir
Dans la localité d'Abraham, la délégation a visité une infrastructure piscicole de onze bassins, aménagée au profit de l'Organisation des Paysans pour le Développement d'Abraham. Elle vise à développer les activités aquacoles, à accroître la production locale de poissons et à diversifier les économies rurales.
La tournée s'est achevée à Anse-à-Veau, dans la localité d'O-Rouck, où plusieurs infrastructures destinées à améliorer les conditions de production et la résilience climatique ont été examinées. Agriculteurs et responsables d'organisations accompagnés par PARSA et TPR II ont présenté leurs résultats, partagé leurs expériences et exposé les difficultés qui persistent.
Pourquoi ces projets comptent pour la reconstruction
Ces investissements participent à la structuration des filières agricoles et à la consolidation de la résilience des communautés rurales du Grand Sud, selon HaitiLibre.com. Ils montrent ce que l'argent public peut produire quand il atteint enfin les paysans au lieu de rester dans les poches des intermédiaires de la capitale.
Reste une question que la jeunesse haïtienne devra trancher : qui pilotera demain ces filières, si ce ne sont pas les fils et filles de ces paysans des Nippes ? La réponse se construit déjà, bassin par bassin, citerne par citerne.
Questions fréquentes
Quels projets de la Banque Mondiale ont été visités dans les Nippes ?
Le Projet d'Agriculture Résiliente pour la Sécurité Alimentaire (PARSA) et le Projet Territoires Productifs Résilients (TPR II), tous deux financés par la Banque Mondiale et mis en œuvre avec le MARNDR.
Combien d'écoles sont approvisionnées par le centre d'agrégation du ROPANIP ?
39 établissements scolaires, dans les communes de Paillant, Fonds-des-Nègres, Miragoâne, Anse-à-Veau et Petit-Goâve.
Quelle quantité de riz a transformé Agro-Pasto Service en un an ?
Environ 216 tonnes de riz blanc en douze mois, selon les responsables de l'unité de Jovange.
