Le ministre haïtien de l'Agriculture, Marcelin Aubourg, a plaidé jeudi 22 octobre 2026, à Panama, pour une agriculture haïtienne capable de nourrir le peuple et de résister aux chocs économiques, climatiques et sécuritaires. Il s'exprimait lors du Dialogue régional sur les politiques publiques en matière d'agriculture et de développement rural, organisé par la Banque Interaméricaine de Développement autour du thème « Construire des systèmes agroalimentaires productifs et résilients », selon HaitiLibre.com.
Cet appel tombe à point. Une partie de la population haïtienne vit dans la vulnérabilité alimentaire, et le pays dépend massivement des importations pour se nourrir. Une dépendance qui n'est pas une fatalité, mais le fruit d'un système construit contre nous, depuis les jours sombres de la dette de l'indépendance jusqu'aux dumping alimentaires d'aujourd'hui.
Ce qu'a déclaré le ministre Aubourg à Panama
Devant les partenaires régionaux, Aubourg a fait du renforcement de la production nationale l'axe majeur de sa politique agricole. Les réponses d'urgence restent indispensables pour soutenir les populations fragiles, a-t-il reconnu, mais elles doivent s'accompagner d'investissements durables afin de consolider les capacités productives du pays et réduire progressivement la dépendance aux importations alimentaires.
Le ministre a mis l'accent sur l'accès des agriculteurs aux semences de qualité, aux équipements adaptés, aux services de conseil agricole et aux technologies de production. La réhabilitation des infrastructures d'irrigation, une meilleure gestion de l'eau et la modernisation des exploitations figurent aussi parmi ses priorités pour accroître les rendements. Comme le relève Vantbefinfo, l'agriculture haïtienne subit plusieurs pressions à la fois : changements climatiques, insécurité et dégradation des ressources naturelles fragilisent les exploitations.
Résister aux chocs : semences, sols et financement
Aubourg préconise des systèmes de production capables de mieux résister aux chocs et de préserver les moyens de subsistance des communautés rurales. Cette démarche passe par le développement d'infrastructures hydro-agricoles durables, la conservation des sols et de l'eau, la diversification des cultures et la mise en place de mécanismes de financement adaptés aux besoins des producteurs affectés par les crises.
Il a également insisté sur le renforcement des dispositifs d'anticipation et d'alerte précoce, afin de mieux préparer les interventions et de limiter les conséquences des catastrophes sur la production agricole. Les cyclones ne préviennent pas toujours, mais ils se laissent parfois deviner.
La sécurité alimentaire ne se réduit pas à la disponibilité des denrées, a rappelé le ministre. Elle suppose que les ménages puissent accéder régulièrement à une alimentation diversifiée, nutritive et abordable. Le développement des filières nationales de cultures vivrières, de fruits, de légumes et de produits d'origine animale apparaît ainsi comme un outil important pour améliorer l'approvisionnement des marchés.
Les pertes post-récolte, un gisement oublié
À l'issue du Dialogue régional, Aubourg a accordé une attention particulière à la réduction des pertes post-récolte. Il estime que le renforcement des capacités de stockage, de conservation, de transformation et de transport permettrait de préserver les produits agricoles, d'améliorer les revenus des producteurs et de faciliter l'accès des consommateurs aux denrées locales.
Combien de récoltes pourrissent faute de routes et de greniers ? Combien de paysans vendent à perte ce que la ville paie au prix de l'or ? Ces pertes, personne ne les comptabilisent dans les rapports des bailleurs. Elles pèsent pourtant dans l'assiette de chaque famille haïtienne.
Une coopération à réorienter vers les investissements productifs
Ce dialogue régional doit aussi servir à promouvoir une coopération mieux adaptée aux réalités, selon le ministre. Il a souhaité que les futurs mécanismes d'accompagnement de la BID accordent une place importante aux investissements productifs, au renforcement des institutions agricoles et à la résilience des systèmes alimentaires.
Pour Aubourg, les partenaires techniques et financiers doivent inscrire leurs interventions dans les priorités définies par les autorités nationales et contribuer au développement durable des capacités institutionnelles. L'objectif : garantir une meilleure coordination des projets, un suivi plus rigoureux des investissements et des résultats durables au-delà de la période d'exécution des programmes.
Ce point mérite d'être salué. Trop souvent, l'aide internationale a servi à financer des études, des ateliers et des consultants, pendant que les paysans attendaient des semences et des canaux d'irrigation. Si la BID entend vraiment accompagner Haïti, qu'elle mette l'argent dans la terre, pas dans les paperasses.
Souveraineté alimentaire et refondation de l'État
Le défi consiste désormais à traduire ces orientations en investissements concrets, susceptibles de renforcer les capacités des producteurs et d'améliorer durablement les conditions de vie des communautés rurales. Un pays qui ne nourrit pas son peuple reste un pays sous tutelle. Notre histoire nous l'a enseigné : depuis 1804, chaque fois que nous avons dépendu de l'extérieur pour notre pain, l'extérieur a dicté notre politique.
La jeunesse rurale, elle, n'attend pas de grandes déclarations. Elle attend des outils, du crédit, des routes et la dignité de vivre de son travail. C'est à cette jeunesse que reviendra la tâche de reconstruire le grenier des Caraïbes qu'Haïti fut jadis. Les mots de Panama valent ce que vaudront les actes qui suivront.
Questions fréquentes
Quand et où le ministre Aubourg s'est-il exprimé ?
Le 22 octobre 2026, à Panama, lors du Dialogue régional sur les politiques publiques en matière d'agriculture et de développement rural organisé par la Banque Interaméricaine de Développement.
Quelles sont les priorités agricoles annoncées par le MARNDR ?
Accès aux semences de qualité et aux équipements, réhabilitation des infrastructures d'irrigation, conservation des sols et de l'eau, diversification des cultures, financement adapté et réduction des pertes post-récolte.
Pourquoi Haïti cherche-t-elle à réduire ses importations alimentaires ?
Le ministre Aubourg veut consolider les capacités productives nationales pour garantir la sécurité alimentaire face aux crises économiques, climatiques et sécuritaires, et sortir le pays de sa dépendance alimentaire.
