Le ministre de l'Agriculture, Marcelin Aubourg, a demandé mardi 3 novembre 2026 l'activation de la composante d'intervention d'urgence conditionnelle des projets PARSA et TPR II, financés par la Banque mondiale, alors que près de six millions d'Haïtiens affrontent une insécurité alimentaire aiguë.
La demande a été formulée à l'occasion du lancement d'une mission de quatre jours d'experts de la Banque mondiale, reçue par la Direction Départementale Agricole du Sud et conduite par Diego Arias, représentant de l'institution pour l'Amérique latine et les Caraïbes. Selon HaitiLibre.com, la délégation doit se rendre dans plusieurs départements pour mesurer les avancées de ces deux projets sur le terrain.
Une faim qui atteint des niveaux records
Devant les représentants de l'institution, Aubourg a dressé un tableau sans fard. Selon les chiffres qu'il a présentés, 5,94 millions de personnes, soit 53 pour cent de la population analysée, sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë de phase 3 ou supérieure. Les dernières projections du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire, publiées quelques jours plus tôt, annoncent que ce nombre pourrait grimper à 6,35 millions de personnes entre mars et juin 2027.
Ce sont des chiffres qui, traduits en vies réelles, parlent de familles qui couchent sans manger, d'enfants qui grandissent trop maigres, de paysans qui regardent leurs champs ruinés. Depuis des décennies, le monde rural haïtien porte le poids d'un État qui s'est détourné de lui, pendant qu'une élite économique importe ce que le pays pourrait produire et s'enrichit sur la dépendance alimentaire du peuple. Le rapport de Vantbefinfo confirme que la demande d'activation du CERC, la composante d'urgence, est bien le cœur de la démarche du ministre.
Le Grand Sud sous les eaux
Aux difficultés structurelles s'ajoutent désormais les coups du ciel. Le ministre a exposé les conséquences des fortes pluies enregistrées du 23 au 26 octobre 2026 dans le Grand Sud. Le bilan est lourd: cinq décès, cinq disparus, des milliers de sinistrés et des dégâts importants dans le secteur agricole, alors même que la région s'efforçait de se relever de précédents aléas climatiques.
C'est dans ce contexte que la mission de la Banque mondiale s'est déployée dans le Grand Sud. IciHaïti rapporte qu'une délégation a notamment visité les travaux de protection des berges à Ravine Sèche, dans le cadre du projet d'agriculture résiliente pour la sécurité alimentaire et du projet Territoires Productifs Résilients.
Ce que l'activation du CERC changerait
La composante d'intervention d'urgence conditionnelle vise à mobiliser des ressources supplémentaires pour les ménages touchés. Concrètement, il s'agit de distribuer des intrants agricoles, de réhabiliter les systèmes d'irrigation et de remettre en état les pistes agricoles.
Ces interventions doivent soutenir les producteurs affectés, permettre la reprise des cycles de culture et relancer la production nationale. Ce sont des mesures techniques, mais leur portée est politique: chaque intrant distribué, chaque canal remis en service, c'est un fragment de souveraineté alimentaire reconquis sur la fatalité et sur ceux qui spéculent sur la faim du peuple.
Aubourg a réaffirmé la détermination du gouvernement haïtien à accroître la production agricole nationale et à renforcer la résilience des communautés rurales. Il a remercié la Banque mondiale pour son accompagnement financier et technique, et salué le travail des équipes des projets, des directions départementales agricoles et des partenaires chargés de leur mise en œuvre.
La Banque mondiale prête à aller plus loin
Diego Arias a réaffirmé la volonté de son institution de poursuivre la collaboration avec l'État haïtien pour dynamiser le secteur agricole, améliorer les conditions de vie des ménages et renforcer la résilience des communautés face aux chocs climatiques. Il a même invité le ministre à solliciter, en complément des interventions d'urgence, des appuis structurels afin de soutenir durablement le développement agricole du pays.
Il faut le dire avec clarté: l'urgence est indispensable, mais elle ne suffira jamais. La refondation de l'agriculture haïtienne exige des routes, des canaux, des crédits pour les paysans, une protection douanière contre les importations qui étranglent la production locale. Elle exige surtout que la jeunesse rurale, celle qui reste debout dans les mornes quand tout semble s'effondrer, retrouve des raisons de semer. Car c'est elle, et non les salles climatisées de Port-au-Prince, qui reconstruira le grenier de la nation.
Pourquoi cette demande d'urgence est-elle nécessaire maintenant?
Parce que la situation alimentaire s'aggrave de mois en mois. Les projections IPC indiquent que 6,35 millions de personnes pourraient être en insécurité alimentaire aiguë entre mars et juin 2027, et les pluies d'octobre 2026 ont détruit des moyens d'existence déjà fragiles dans le Grand Sud.
Que financent les projets PARSA et TPR II?
PARSA (Agriculture résiliente pour la sécurité alimentaire) et TPR II (Territoires productifs résilients II) sont financés par la Banque mondiale. Ils visent à renforcer la résilience agricole et la production dans les territoires haïtiens, avec une composante d'urgence, le CERC, mobilisable en cas de crise.
Quelles sont les interventions prévues par la composante d'urgence?
La distribution d'intrants agricoles, la réhabilitation des systèmes d'irrigation et la remise en état des pistes agricoles, au bénéfice des ménages et des producteurs affectés par les chocs climatiques et l'insécurité alimentaire.
