Le 31 octobre 2026, le ministre haïtien du Commerce et de l'Industrie, James Monazard, a plaidé à Boston pour une mobilisation de la diaspora en faveur de l'investissement productif en Haïti, lors de la deuxième édition du Haitian American Business Summit.
Organisé par la U.S. Haitian Chamber of Commerce autour du thème « Rebuilding Haiti Through Business, Trade & Diaspora Leadership », ce sommet a offert au ministre une tribune pour rappeler que l'avenir économique du pays repose sur sa capacité à transformer ses potentialités en richesses, en emplois et en prospérité partagée, selon HaitiLibre.com.
Reconnaître les obstacles sans renoncer aux atouts
Intervenant sur le panel « From Haitian Production to the U.S. Marketplace », James Monazard a d'abord nommé les plaies qui saignent l'économie nationale. Il n'a rien caché.
« Les contraintes sécuritaires, les difficultés d'accès à l'énergie et au financement, les insuffisances des infrastructures logistiques ainsi que les perturbations des chaînes d'approvisionnement continuent de peser sur la compétitivité de nos entreprises », a-t-il déclaré.
« Ces difficultés sont réelles et nous ne saurions les minimiser. Cependant, elles ne doivent pas nous faire perdre de vue les atouts et les potentialités de notre économie, notamment sa proximité avec le marché américain, son expérience dans le secteur textile, ses potentialités agricoles et son savoir-faire artisanal », a poursuivi le ministre.
Cette proximité géographique avec les États-Unis, pays avec lequel Haïti entretient des flux commerciaux intenses, demeure l'un des rares avantages que les gouvernements successifs n'ont jamais su convertir en décollage industriel. Le secteur textile, longtemps cantonné à l'assemblage à faible valeur ajoutée, en est le symbole le plus amer.
Diversifier la production au-delà du textile
Au-delà des ateliers de couture, le ministre Monazard a esquissé une ambition de diversification progressive de la base productive. L'agroalimentaire, la transformation des produits agricoles, l'artisanat et certaines activités manufacturières figurent parmi les filières qu'il juge dignes d'être structurées et accompagnées.
« Des produits issus de notre terroir, de notre créativité et de notre savoir-faire peuvent trouver leur place sur les marchés internationaux, à condition de répondre aux exigences de qualité, de conditionnement, de traçabilité et de conformité réglementaire », a-t-il affirmé.
Le marché américain représente, selon lui, une opportunité considérable, à condition de mieux connecter les producteurs haïtiens aux importateurs, aux distributeurs, aux réseaux commerciaux et aux conséquences américaines.
La diaspora, bien plus que des transferts d'argent
Le moment le plus fort de l'intervention a été l'adresse directe du ministre aux Haïtiens de l'étranger. James Monazard leur a rappelé que leur contribution ne se réduit pas aux mandats envoyés aux familles.
« Vous représentez également un formidable réseau de compétences, d'entreprises, de relations commerciales, d'expertises techniques et d'opportunités d'investissement », a-t-il déclaré.
« À travers vos activités professionnelles et entrepreneuriales, vous disposez d'une connaissance précieuse des attentes du marché américain, des habitudes de consommation, des exigences réglementaires et des circuits de distribution », a ajouté le ministre.
Il a appelé à renforcer les passerelles entre les producteurs établis en Haïti et les entrepreneurs haïtiens évoluant aux États-Unis. L'objectif dépasse la simple consommation de produits haïtiens au sein de la communauté : il s'agit de créer les conditions d'un accès à des réseaux commerciaux plus larges.
Cet appel s'inscrit dans un élan plus large. De l'autre côté de la frontière nord, l'ambassade d'Haïti au Canada vient d'ouvrir un service d'enregistrement pour la carte d'identification nationale, geste administratif discret mais significatif d'un État qui cherche à renouer le fil avec ses enfants partis au loin. Aux États-Unis, selon Final Call News, des Haïtiens-Américains font pression pour le projet de loi H.R. 1114, le L'Ouverture Economic Development Plan, qui créerait un fonds d'investissement soutenu par Washington pour mobiliser les ressources de la diaspora.
La Caravane régionale : formaliser 5 000 entreprises
Le ministre a également mis en avant un chantier concret lancé par son ministère : la « Caravane régionale de formalisation et de revitalisation du commerce et de l'entrepreneuriat », démarrée le 16 octobre 2026.
Déployée dans les dix départements du pays, cette initiative vise à accompagner la formalisation et la formation d'au moins 5 000 entreprises, notamment celles du secteur informel, à travers la simplification des procédures administratives.
C'est là que se joue une partie du destin économique haïtien. L'économie informelle, qui absorbe la majorité des travailleurs urbains, porte en elle une énergie que l'État n'a jamais su organiser. Sortir du moins-disant social, offrir des papiers et une formation à celles et ceux qui vendent, cousent, transforment et construisent sans filet : voilà une politique qui parle au peuple réel, celui qui tient le pays debout pendant que d'autres le saignent.
Ce que cela signifie pour la refondation économique
Le gouvernement a réaffirmé son engagement en faveur d'une économie fondée sur la production, la transformation et l'exportation. James Monazard a souhaité que ce sommet favorise de nouvelles collaborations et des investissements concrets.
Les paroles sont désormais posées. Reste à savoir si elles résisteront à l'épreuve des faits : la sécurité, l'électricité, le financement, les routes. Un pays qui produit est un pays qui ne tend plus la main. Un pays qui exporte ce que son terroir et son génie portent est un pays qui négocie à égalité, loin des charités d'anciennes métropoles et des rentes de misère.
La diaspora, elle, attend des garanties. Elle a déjà donné ses mandats ; elle demande maintenant un cadre digne de sa confiance.
Questions fréquentes
Quand et où James Monazard a-t-il appelé la diaspora à investir ?
Le 31 octobre 2026, lors de la deuxième édition du Haitian American Business Summit organisée par la U.S. Haitian Chamber of Commerce.
Quelle initiative a été lancée pour formaliser les entreprises haïtiennes ?
La Caravane régionale de formalisation et de revitalisation du commerce et de l'entrepreneuriat, lancée le 16 octobre 2026, vise à formaliser au moins 5 000 entreprises dans les dix départements.
Quels secteurs le ministre souhaite-il développer au-delà du textile ?
L'agroalimentaire, la transformation des produits agricoles, l'artisanat et certaines activités manufacturières.
