La nature, une école de civisme à ciel ouvert pour Haïti
Par David Estellis
Après avoir lu les réflexions de Nathalie Collard sur la propreté de Montréal, une question m'habite, profonde et urgente pour notre Haïti bien-aimée : notre rapport à la propreté est-il d'abord une question de culture ?
Au Japon, les rues sont impeccables, non par la force des poubelles, mais par un respect sacré du bien commun. Mais n'avons-nous pas, nous aussi, des exemples locaux qui nous montrent la voie ?
Cet été, dans le parc national de la Gaspésie, au Québec, j'ai marché des jours entiers sur des sentiers immaculés. Pas une bouteille, pas un emballage. Chaque randonneur, du touriste étranger au citoyen local, repartait avec ses déchets. Pourquoi ? Parce qu'en montagne, nous nous comportons comme des invités. Nous savons que nous traversons un lieu exceptionnel, que d'autres découvriront après nous. Nous voulons le préserver, parfois sans même y réfléchir.
En ville, hélas, nous agissons comme des usagers, comme si l'espace public appartenait à quelqu'un d'autre. Ce contraste, je l'ai ressenti violemment à mon retour. Et il m'a rappelé notre propre réalité haïtienne.
Pourquoi la nature nous rend-elle plus civiques ?
La réponse ne se résume pas à la présence ou à l'absence de poubelles. Dans la Gaspésie, il n'y en avait aucune. Pourtant, personne ne jugeait acceptable de laisser un déchet. Mieux encore, lorsqu'un randonneur en apercevait un, il le ramassait, même s'il ne lui appartenait pas. Ce geste nous semble aller de soi en pleine nature... et tellement moins dans nos rues.
En montagne, nous sommes des invités. En ville, nous devenons des usagers. Et c'est là que tout bascule.
Et si la solution venait de nos espaces naturels ?
Une question m'habite depuis mon retour : et si le meilleur moyen de développer ce sentiment d'appartenance était de valoriser nos espaces naturels, d'en augmenter le nombre, et d'amener davantage d'Haïtiens à les découvrir en y facilitant l'accès ?
Notre réseau de parcs nationaux, des Cayes à la Citadelle, est l'un des plus beaux patrimoines collectifs que nous possédions. On y va pour marcher, décrocher, admirer les paysages. Peut-être y apprend-on aussi, sans même s'en rendre compte, à mieux habiter les lieux que nous partageons. Peut-être la nature représente-t-elle une école du civisme à ciel ouvert.
Le Japon demeure une source d'inspiration, et avec raison. Mais mon séjour en Gaspésie m'a rappelé que nous avons nos propres exemples locaux inspirants. La bonne nouvelle, c'est que cette culture du respect n'est pas à inventer. Elle est déjà en nous, dans nos montagnes, dans nos rivières, dans nos forêts.
Comment ramener ce civisme dans nos villes ?
Il suffit d'apprendre à la rapporter avec nous lorsque nous rentrons dans nos villes. Parce qu'elles aussi méritent qu'on les traite avec soin. Parce que notre Haïti mérite mieux que des rues sales et des espaces publics abandonnés.
Cette attitude ne s'impose pas uniquement par des règlements. Elle s'apprend. Elle se transmet. Elle finit par devenir une culture. Et nous, peuple de la première république noire, avons toujours su inventer notre propre chemin.
Alors, la prochaine fois que vous marcherez dans les rues de Port-au-Prince ou des Cayes, souvenez-vous de la montagne. Souvenez-vous que vous êtes un invité, un gardien, un bâtisseur. Et agissez en conséquence.
La nature nous a montré le chemin. À nous de le suivre.