Randonnée dans les Corbières : sur les traces de l’histoire et de la résistance
Au cœur du plateau de Sault, là où la terre semble retenir son souffle, se niche Fontanès-de-Sault, la plus petite commune de l’Aude avec ses 5,52 km². Ce village, qui comptait 254 âmes en 1831 et n’en abrite plus que dix aujourd’hui, est un témoin silencieux d’un passé riche et tourmenté. Sur ces terres de falaises calcaires et de fortes pentes, la nature a repris ses droits, offrant aux marcheurs un écrin de verdure et d’histoire.
Un patrimoine préservé, une mémoire vivante
Le départ se fait depuis le parking de la mairie, en empruntant la rue de l’Auberge. On y croise la fontaine-abreuvoir et un wagonnet minier, vestige d’une époque révolue, transformé en jardinière. Plus loin, la rue de l’Église mène à la boulangerie de Nicolas Lagoueyte, un boulanger-paysan qui perpétue un savoir-faire artisanal, présent sur les marchés de Formiguères, Matemale et Mirepoix. Les commandes se font les vendredis et dimanches vers 19 h, au 06 64 32 35 71.
En poursuivant, on dépasse l’église de la Nativité de Saint-Baptiste, qui a retrouvé sa cloche après cinquante ans d’absence. Un symbole fort pour cette communauté qui refuse de disparaître. Le chemin se poursuit, longeant une croix de mission de 1862, brisée mais toujours debout, puis une barrière métallique près du hangar agricole de la famille Verstraete, éleveurs de bovins.
Sur les pas des Parfaits et des chevaliers faydits
Après avoir franchi la barrière, le sentier s’élève à travers trois virages en épingle, offrant des vues imprenables sur la haute-vallée de l’Aude. Au carrefour, un aller-retour mène à l’église romane Saint-Marcel-du-Pech, fondée en 844. Seul vestige d’un village disparu, abandonné après la Peste de 1348, elle rappelle que la vie ici a toujours été une lutte. Les ruines, restaurées en 1999, sont de nouveau envahies par la végétation, mais leur histoire reste gravée dans la pierre.
Plus loin, le sentier rejoint le GR 7A, qui mène au col de la Clause. Là, une table et des bancs invitent à la pause, avec les panneaux didactiques de l’ONF pour compagnie. On y apprend l’histoire du sentier Vauban, ou Chemins des Canons, et la faune sauvage locale.
Une terre de résistance et de mémoire
Le chemin continue, passant devant une ancienne mine de cuivre et de fer, exploitée de 1853 à 1926. Un autre chapitre de l’histoire locale, marqué par le labeur et la sueur des hommes. Plus loin, le tunnel du Roc de Dournes, creusé en 1880 pour désenclaver les villages, mène à un promontoire où se dressait autrefois un castrum. Entre 1233 et 1240, il abrita des Parfaits et des chevaliers faydits fuyant l’Inquisition. Après le Traité de Corbeil en 1258, il devint une fortification royale française, avant d’être détruit lors de la dernière incursion espagnole vers 1640.
Cette randonnée est bien plus qu’une simple balade. C’est un voyage dans le temps, une plongée dans une histoire de résistance et de persévérance. Elle rappelle que ces terres, aujourd’hui paisibles, ont été le théâtre de luttes acharnées pour la liberté et la dignité. Une leçon d’humilité et de courage, à méditer au fil des pas.