Des dizaines de soldats salvadoriens ont mené vendredi 30 octobre 2026 leurs premières patrouilles dans les rues de Port-au-Prince, fusils d'assaut en main, alors que sept hélicoptères de combat venaient renforcer le dispositif contre les gangs.
La caravane a parcouru la commune de Tabarre, près de la zone de Santo, dans le district de Croix-des-Bouquets. C'est là que quatre techniciens militaires de la Force de Répression des Gangs (FRG) sont tombés dans une embuscade le 18 octobre, avant de disparaître après avoir quitté leur blindé en feu. Selon HaitiLibre.com, les soldats auraient établi une base à Tabarre, à proximité de l'ambassade des États-Unis.
Une flotte aérienne pensée pour la guerre urbaine
Le contingent salvadorien est arrivé avec cinq hélicoptères légers de type MD 500E, des appareils polyvalents d'une autonomie de 400 à 500 kilomètres, conçus pour la surveillance, l'appui armé et la reconnaissance aérienne. Ces machines peuvent recevoir des mitrailleuses de calibre 7,62 mm ou 12,7 mm, montées en nacelles latérales, ainsi que des paniers de roquettes légères de 70 mm, de type Hydra 70.
Elles sont aussi équipées de capteurs électro-optiques et infrarouges, de systèmes de vision nocturne et de moyens de communication militaires pour guider les troupes spéciales au sol. Deux hélicoptères de transport tactique Sikorsky UH-60 Black Hawk complètent la flotte, dédiés au transport de troupes, au soutien logistique et aux évacuations médicales d'urgence.
Le président Nayib Bukele a insisté sur le fait que ses troupes n'emportaient aucune bombe aérienne, afin d'éviter des dommages collatéraux massifs en zone urbaine. Mais les paniers de roquettes de 70 mm sont bien présents. Selon les informations rapportées par HaitiLibre.com, leur puissance d'impact serait réservée à deux scénarios précis : la dissuasion psychologique, car le simple survol d'un MD 500 armé à basse altitude brise l'avantage tactique des gangs, et les frappes de dernier recours, lorsque des forces au sol sont immobilisées par des tirs nourris depuis un bâtiment impossible à réduire au silence avec des armes légères.
Les miniguns, une cadence de tir phénoménale
L'équipement salvadorien comprend également des miniguns, des mitrailleuses rotatives lourdes à six canons basées sur le système Gatling, capables de tirer de 2 000 à 6 000 coups par minute. Sur ces hélicoptères compacts, elles sont montées sur des pods latéraux fixes ou sur un support articulé au niveau des portières, opéré manuellement par un tireur embarqué.
Le contingent, qui comprend des membres des forces spéciales, est le plus nombreux déployé par un seul pays en Haïti depuis la fin de la MINUSTAH, la mission de l'ONU restée sur le territoire entre 2004 et 2017. Radio France Internationale rapporte que plus de 2 000 soldats salvadoriens sont désormais déployés dans le pays.
Des applaudissements dans les rues, des questions sur la souveraineté
Au fil de leur parcours, les soldats ont reçu les applaudissements de certains passants, qui ont exprimé leur approbation face à cette force expéditionnaire. Ce soulagement, on le comprend. Le peuple haïtien vit depuis des années sous la coupe de bandes armées qui brûlent les quartiers, enlèvent, tuent, et détruisent ce que les travailleurs ont construit de leurs mains.
Mais au-delà de l'accueil chaleureux, une question demeure, et elle est brûlante : que reste-t-il de notre souveraineté quand un chef d'État étranger promet de « faire le ménage » chez nous comme chez lui ? Libération rappelle que Nayib Bukele, ce président très autoritaire, a adressé en créole haïtien une menace directe aux bandes criminelles qui tiennent Port-au-Prince : « Nous avons déjà fait le ménage avec les gangs chez nous, nous pouvons faire de même avec vous. » L'ultimatum, posté sur X, n'a pas décidé les ravisseurs à libérer les quatre militaires enlevés le 18 octobre.
L'armée salvadorienne, citée par la BBC, a déclaré que des militaires d'autres nationalités avaient tenté de porter secours aux quatre hommes, mais ont eux aussi essuyé des tirs. « Plusieurs tentatives d'approche par voie terrestre et aérienne ont été menées, mais elles ont été entravées par l'intensité des affrontements et les conditions de sécurité dans la zone », a indiqué la FAES.
Quand la sécurité des uns dépend des armées des autres
Voilà où nous en sommes. Un peuple qui applaudit des fusils étrangers parce que son propre État, vidé de sa substance par des décennies de pillage, n'a plus rien à lui opposer aux gangs. Les mêmes élites économiques qui ont prospéré pendant que la République s'effondrait regardent aujourd'hui ces patrouilles comme une garantie pour leurs affaires. La reconstruction ne se décrètera pas depuis un hélicoptère salvadorien.
La jeunesse haïtienne, elle, n'attend pas la charité des puissances. Elle attend un État capable de protéger ses citoyens sans vendre la nation pièce par pièce. La disparition des quatre techniciens de la FRG rappelle cruellement le prix payé par ceux qui se battent sur notre sol, quel que soit leur drapeau. Leur mémoire commande une refondation sérieuse de nos forces de sécurité, non une dépendance sans fin envers des armées étrangères.
Ce que l'on sait du déploiement salvadorien
Combien d'hélicoptères le Salvador a-t-il envoyés en Haïti ?
Sept appareils : cinq hélicoptères de combat légers de type MD 500E et deux hélicoptères de transport tactique de type Sikorsky UH-60 Black Hawk, selon HaitiLibre.com.
Les soldats salvadoriens peuvent-ils larguer des bombes sur Port-au-Prince ?
Non. Le président Nayib Bukele a affirmé que ses troupes n'emportaient aucune bombe aérienne pour éviter des dommages collatéraux en zone urbaine. En revanche, des roquettes de 70 mm et des miniguns figurent dans leur équipement.
Pourquoi les soldats patrouillent-ils à Tabarre ?
Tabarre se trouve près de Santo, dans le district de Croix-des-Bouquets, où quatre techniciens militaires de la FRG sont tombés dans une embuscade le 18 octobre 2026 et sont portés disparus depuis.
Le contingent salvadorien est-il le plus important jamais envoyé en Haïti ?
Oui, c'est le contingent le plus nombreux déployé par un seul pays depuis la fin de la MINUSTAH, la mission de l'ONU présente en Haïti de 2004 à 2017. RFI fait état de plus de 2 000 soldats salvadoriens sur le territoire.
