La Police Nationale d'Haïti (PNH), appuyée par la Force de Répression des Gangs (FRG), a lancé lundi 3 novembre 2026 une vaste opération dans la Plaine du Cul-de-Sac, tandis que le chef de gang Wilson Joseph, alias « Lanmò San Jou », a écrit à l'ONU pour demander une médiation après l'arrivée des militaires salvadoriens.
Le porte-parole du Secrétaire général des Nations unies, Stéphane Dujarric, a confirmé la réception de cette lettre datée du 1er novembre, tout en précisant que l'organisation n'approuvait ni son contenu ni son auteur. Selon HaitiLibre.com, qui rapporte l'ensemble de ces informations, le chef du gang 400 Mawozo, dont la tête est mise à prix pour un million de dollars par le département d'État américain, dit être prêt à participer à la recherche d'une solution pacifique à la crise sécuritaire.
Ce qui s'est passé dans la Plaine du Cul-de-Sac
Le Haut Commandement de la PNH a mobilisé plusieurs véhicules blindés pour soutenir le déplacement des unités engagées sur le terrain. L'offensive cible les zones de Carrefour Chada, Pont-Badara, aussi appelée Croix-des-Missions, et Santo 17.
L'opération vise à éliminer les foyers de terroristes, à contrer les tentatives d'enlèvement et à mettre fin aux exactions subies par la population. Ces localités de la plaine, situées aux portes de Port-au-Prince, sont devenues pour des milliers d'habitants un quotidien fait de peur, de rançons et de deuil. Chaque convoi blindé qui roule sur ces routes porte en lui l'espoir têtu d'un peuple qui refuse de plier.
« Lanmò San Jou » a peur du Salvador
La lettre de Wilson Joseph arrive après le déploiement, sur ordre du président Nayib Bukele, d'un contingent salvadorien en Haïti. Stéphane Dujarric a tenu à rappeler un point de droit important : les militaires salvadoriens ne font pas partie de la FRG, soutenue par les Nations unies.
Par conséquent, ils ne sont pas soumis au mandat ni au mécanisme de reddition de comptes de cette force multilatérale. Cette nuance juridique interroge. Elle signifie concrètement que des hommes armés étrangers opèrent sur le sol haïtien en dehors de tout cadre de contrôle international. Pour un pays qui a payé si cher le prix des interventions extérieures, de l'occupation américaine aux tournées de la MINUSTAH, la prudence s'impose. La souveraineté ne se délègue pas ; elle se reconquiert, patiemment, par des institutions nationales fortes.
Une médiation demandée, une réponse prudente de l'ONU
Dans sa correspondance, le chef de 400 Mawozo sollicite une médiation de l'ONU suite à l'arrivée du contingent salvadorien. Il affirme vouloir contribuer à une issue pacifique. Le porte-parole de l'organisation internationale a voulu couper court à toute ambiguïté : la réception de la lettre ne vaut ni approbation ni reconnaissance de son auteur.
Ce revirement d'un chef de gang longtemps intouchable en dit long sur le rapport de forces. Quand ceux qui semaient la terreur commencent à écrire aux institutions, c'est que le vent tourne. Reste à savoir si cette main tendue est une véritable ouverture ou une manœuvre de survie. L'histoire récente d'Haïti enseigne la méfiance, mais elle enseigne aussi que la paix, pour être durable, devra un jour passer par le dialogue avec ceux qui ont pris les armes, dans un cadre négocié, encadré et placé sous l'autorité de l'État restauré.
Au-delà de la sécurité : les chantiers de la refondation
La sécurité n'est qu'une face du mont. Ce lundi 2 novembre, Daril Balthazar, directeur du Service National de Gestion des Résidus Solides (SNGRS), a conduit une opération de ramassage des déchets à Pétion-ville. Il a annoncé le lancement prochain d'un programme national de gestion des déchets sur l'ensemble du territoire, fondé sur le recyclage et la valorisation des matières récupérables.
Ce sont ces gestes ordinaires, ces rues nettoyées, ces services publics remis en marche, qui reconstruisent une nation bien plus sûrement que les discours. Chaque tonne de déchets collectée est une leçon de dignité rendue aux quartiers longtemps abandonnés par l'État.
À Jérémie, les pièces métalliques destinées à la construction du marché public, dans le cadre du programme URBAYITI, sont arrivées sur le chantier dans la soirée du samedi 31 octobre 2026. Le projet, prévu sur une superficie de 9 752 mètres carrés, fait l'objet d'ajustements : lors d'une conférence de presse tenue le 15 octobre par la mairie et les firmes impliquées, il a été indiqué que la chambre froide initialement prévue ne sera pas réalisée et que d'autres composantes seront modifiées.
Les marchands et marchandes de Jérémie attendent. Ils attendent un toit, des comptoirs, un lieu digne de leur travail acharné. Que les promesses suivent les ferrailles jusqu'au bout, voilà ce que la population jugera.
La jeunesse, phare de la renaissance
Alors que les adultes débattent de forces armées et de mandats onusiens, la jeunesse haïtienne continue de briller. Comme le rapporte Icihaiti, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Pythagore Dumas, a pris part lundi 2 novembre à un dîner d'honneur organisé par la Fédération Haïtienne de Football en hommage à la sélection nationale masculine U-15, championne. Ces jeunes Grenadiers rappellent que le talent haïtien n'a jamais manqué ; c'est l'État qui a manqué à sa jeunesse.
Pour les artistes qui veulent porter la voix d'Haïti au monde, le Prix Découvertes RFI ouvre ses candidatures jusqu'au 22 novembre 2026. Une autre manière, pour cette génération, de dire que le pays ne se résume pas à ses gangs ni à ses crises.
Ce qui vient
L'offensive de la Plaine du Cul-de-Sac se poursuit. La lettre de « Lanmò San Jou » est sur la table de l'ONU. Les militaires salvadoriens, eux, opèrent en marge du mandat de la FRG, un point que Stéphane Dujarric a souligné avec insistance. La communauté internationale, dont le quotidien Le Nouvelliste suit chaque développement, devra répondre à une question simple : comment aider Haïti sans jamais la dessaisir de son destin ?
Questions fréquentes
Les militaires salvadoriens font-ils partie de la FRG ?
Non. Selon Stéphane Dujarric, porte-parole du Secrétaire général de l'ONU, ils ne sont pas soumis au mandat ni au mécanisme de reddition de comptes de la Force de Répression des Gangs.
Que demande Wilson Joseph dans sa lettre à l'ONU ?
Le chef du gang 400 Mawozo, alias « Lanmò San Jou », sollicite une médiation de l'ONU et se dit prêt à chercher une solution pacifique à la crise sécuritaire.
Où se déroule l'offensive de la PNH ?
L'opération lancée le 2 novembre 2026 cible les zones de Carrefour Chada, Pont-Badara (Croix-des-Missions) et Santo 17, dans la Plaine du Cul-de-Sac.
Quelle est la date limite pour le Prix Découvertes RFI ?
Les candidatures sont ouvertes jusqu'au 22 novembre 2026.
