L'Hôpital Universitaire La Paix (HUP) s'est doté, mardi 3 novembre 2026, d'un appareil d'imagerie chirurgicale à bras en C, un équipement de haute technologie qui permettra aux chirurgiens de voir en temps réel l'intérieur du corps du patient pendant les interventions. La cérémonie de signature officialisant ce don s'est tenue à l'HUP, en présence de représentants du Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), du Dr Jean Philippe Lerbourg, directeur médical de l'hôpital, et du Dr Oscar Barreneche, représentant en Haïti de l'Organisation panaméricaine de la Santé et de l'Organisation mondiale de la Santé (OPS/OMS), selon HaitiLibre.com.
Cette nouvelle tombe comme une bouffée d'oxygène dans un système de santé haïtien à terre. Alors que de nombreux établissements de la zone métropolitaine de Port-au-Prince ont fermé ou tournent au ralenti à cause de l'insécurité, l'HUP demeure le dernier grand hôpital public pleinement opérationnel, capable de recevoir les urgences et de faire face à un afflux massif de blessés.
Un outil qui change la chirurgie à Port-au-Prince
Installé au bloc opératoire, le C-Arm est un système de radiographie mobile qui s'oriente autour du patient sans avoir à le déplacer. Il procure des images radiologiques haute résolution en temps réel, ce qu'on appelle la fluoroscopie, directement sur la table d'opération. Le chirurgien voit instantanément sur écran l'emplacement exact de ses instruments, de ses implants, vis ou plaques, ou de ses cathéters à l'intérieur du corps.
Cette précision millimétrique compte d'abord en orthopédie, pour l'alignement des fractures et la pose de prothèses, mais aussi en neurochirurgie de la colonne vertébrale et en chirurgie vasculaire. Le contrôle immédiat pendant l'opération permet de corriger un mauvais alignement ou un placement défectueux avant de refermer l'incision. Les patients sortent avec moins de complications, moins de reprises, moins de souffrance.
Dans un pays où les urgences sont surtout celles de la violence armée et des accidents de la route, l'appareil améliorera la prise en charge des traumatismes, précise la publication d'HaitiLibre. Chaque blessé par balle arrivé vivant à l'HUP aura désormais une chance supplémentaire d'en sortir debout.
Qui a payé, qui a porté le projet
L'initiative a été menée sous l'égide du MSPP, dans le cadre des interventions du Fonds d'assistance économique et sociale (FAES), avec l'appui technique de l'OPS/OMS et le financement de la Banque interaméricaine de développement (BID). L'exemple montre que les partenariats régionaux peuvent encore renforcer les services publics de santé en Haïti, quand l'argent suit les besoins plutôt que les agendas des donateurs lointains.
Un hôpital debout dans une capitale à genoux
Le symbole dépasse l'appareil lui-même. Que le dernier grand hôpital public de Port-au-Prince tienne encore, et qu'on y installe un équipement moderne, dit quelque chose de la résilience de nos soignants et de notre jeunesse médicale, qui continue de soigner quand d'autres ont plié bagage.
Le contexte reste lourd. La Force de répression des gangs et la Police haïtienne n'ont pas réussi à neutraliser les groupes armés, si bien que le Conseil électoral provisoire a dû reporter les élections présidentielles et législatives à juillet 2027, rapporte Franceinfo La 1ère. Pendant que la classe politique recule, les gangs avancent, et ce sont les hôpitaux qui ramassent les morceaux.
Sur le plan régional, le président salvadorien Nayib Bukele a officialisé, jeudi 29 octobre 2026, le déploiement imminent de ses troupes en Haïti pour traquer les gangs, une intervention militaire autofinancée à plus de 90 %, selon France Antilles. Dans le même temps, la République dominicaine a expulsé plus de 40 000 Haïtiens au seul mois d'octobre, relate iciHaïti. Un peuple maltraité de toutes parts, et qui pourtant tient.
Ce que ce don dit de nos dépendances
Soyons lucides, comme toujours. Un C-Arm offert par la solidarité continentale, c'est bien. Mais pourquoi faut-il attendre la BID, l'OPS et les fonds internationaux pour qu'un hôpital public haïtien dispose enfin d'un outil devenu banal ailleurs depuis des décennies ? Parce que des générations d'une élite économique ont préféré les cliniques privées et les comptes à l'étranger à l'investissement dans l'État. Parce que la refondation de l'État, rêvée par ceux qui ont porté ce pays avant nous, a été torpillée par ceux qui s'enrichissent de son effondrement.
La santé publique est un acte de souveraineté. Chaque appareil acheté par l'État, chaque hôpital reconstruit, chaque infirmière formée ici, c'est une brique de la nation que ni les gangs ni les intéressés de l'ordre établi ne pourront démolir. L'HUP en est la preuve vivante.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un appareil C-Arm ?
C'est un système de radiographie mobile en forme de C qui s'oriente autour du patient. Il fournit des images radiologiques en temps réel au bloc opératoire, avec une précision millimétrique.
Quand le C-Arm a-t-il été remis à l'Hôpital Universitaire La Paix ?
La cérémonie de signature du don s'est tenue le mardi 3 novembre 2026 à l'HUP, en présence du MSPP, de la direction de l'hôpital et du représentant de l'OPS/OMS en Haïti.
Qui a financé cet équipement ?
Le financement vient de la Banque interaméricaine de développement, sous l'égide du MSPP, dans le cadre des interventions du FAES et avec l'appui technique de l'OPS/OMS.
Pourquoi l'HUP est-il important pour Port-au-Prince ?
Il est le dernier grand hôpital public pleinement opérationnel de la zone métropolitaine, capable de gérer les urgences et un afflux massif de blessés alors que les autres établissements ont fermé ou fonctionnent au ralenti.
