Le Ministère haïtien de l'Agriculture (MARNDR), avec l'appui de la FAO, a distribué des semences et des outils agricoles à environ 4,200 producteurs du département du Sud, selon HaitiLibre.com. De Cavaillon aux Cayes, en passant par Camp-Perrin, Port-Salut et jusqu'à Tiburon, ces distributions visent à redonner aux paysans les moyens de travailler la terre.
Cette initiative tombe à point nommé. Dans un pays où, selon The Borgen Project, 27% des agriculteurs ruraux vivent dans l'extrême pauvreté, chaque arrosoir, chaque sac de semences compte. La souveraineté alimentaire d'Haïti ne se décrète pas dans les salons de Port-au-Prince ; elle se plante, s'arrose et se récolte dans les jardins de case de Chardonnières et de Torbeck.
Quatre mille deux cents producteurs soutenus dans un premier temps
Dans un premier temps, près de 3,000 agricultrices et agriculteurs des communes de Camp-Perrin, Cavaillon, Chardonnières et Torbeck ont reçu des kits de semences maraîchères et du matériel agricole. La Direction Départementale Agricole du Sud (DDAS) a livré des arrosoirs, des pelles, des râteaux, des seaux, des houes et des fertilisants. Ces outils doivent faciliter les travaux champêtres et encourager la création de jardins de case, ces petites parcelles familiales qui nourrissent et rapportent.
C'est là que réside la portée sociale de l'opération. Les jardins de case offrent aux ménages, notamment aux femmes, de nouvelles possibilités de production, une diversification de la diète alimentaire et des revenus complémentaires. Quand une femme de Cavaillon peut vendre ses légumes au marché, elle arrache sa famille à la dépendance des importations qui ruinent nos campagnes depuis des décennies.
Maïs, haricot noir, patate douce : les cultures vivrières à l'honneur
Dans un second temps, l'accompagnement s'est étendu aux cultures vivrières et céréalières. Le Ministère, toujours soutenu par la FAO, a distribué des semences et du matériel végétal dans les communes de Port-à-Piment, Chardonnières et Tiburon, au bénéfice de 1,200 producteurs. Les paysans ont reçu des semences de maïs et de haricot noir, des boutures de patate douce et de manioc, ainsi que des drageons de bananier.
L'objectif est clair : remettre en culture les parcelles, diversifier les productions et accroître les disponibilités alimentaires au sein des communautés rurales. Le haricot noir, le maïs, le manioc : voilà l'assiette du peuple haïtien. Ce ne sont pas des spéculateurs qui nourriront Haïti, mais les mains calleuses de ceux et celles qui cultivent la plaine des Cayes.
La campagne hivernale et les pêcheurs ne sont pas oubliés
La FAO prévoit d'accompagner le Ministère pour la campagne agricole hivernale. Au mois de novembre, des distributions sont planifiées dans les communes des Côteaux et de Roche-à-Bateau. Les producteurs devraient y recevoir des semences de maïs et de haricot, des boutures de manioc et de patate douce, ainsi que des kits de semences maraîchères.
Les pêcheurs des communes de Saint-Jean, Port-Salut, Roche-à-Bateau, Côteaux, Port-à-Piment, Chardonnières, Les Anglais et Tiburon bénéficieront quant à eux d'un accompagnement technique et d'un appui en matériel. Des séances de formation porteront sur la protection de l'environnement et sur les techniques de pêche valorisant les Dispositifs de Concentration de Poissons (DCP).
Les équipements promis sont concrets : glacières de type igloo, filets, nasses, cordes en nylon, kits de réparation et matériel de secours. De quoi améliorer les conditions de travail en mer, faciliter la conservation des prises et soutenir l'économie côtière, trop longtemps abandonnée par l'État central.
Reconstruire par la terre, pas par les importations
Rappelons-le sans détour : l'agriculture haïtienne a été sacrifiée sur l'autel des intérêts économiques. Pendant que la classe marchande importait riz et poulet congelé, la paysannerie, colonne vertébrale de la nation, était laissée sans crédit, sans routes, sans irrigation. Aujourd'hui encore, comme le rappellent les données relayées par HaitiLibre.com, le secteur manque cruellement d'investissement et la sécurité alimentaire reste menacée.
Les distributions du Sud sont donc une bouffée d'oxygène, mais elles ne remplacent pas une politique agricole d'État. Il faudra des semences à chaque saison, des techniciens dans chaque commune, des routes pour acheminer les récoltes. Il faudra surtout que la jeunesse rurale, celle qui ne veut plus partir pour Port-au-Prince ou pour les Bahamas, trouve dans la terre une raison de rester.
La refondation de l'État haïtien ne commencera pas dans les ministères. Elle poussera, comme un plant de manioc, dans les jardins de case de Torbeck, sur les collines de Camp-Perrin, au bord des quais de Tiburon. À condition qu'on arrose.
Questions fréquentes
Combien d'agriculteurs ont bénéficié des distributions dans le Sud ?
Environ 3,000 producteurs à Camp-Perrin, Cavaillon, Chardonnières et Torbeck, puis 1,200 autres à Port-à-Piment, Chardonnières et Tiburon, soit environ 4,200 bénéficiaires au total.
Quels intrants et outils ont été distribués ?
Des semences maraîchères, du maïs, du haricot noir, des boutures de patate douce et de manioc, des drageons de bananier, ainsi que des arrosoirs, pelles, râteaux, seaux, houes et des fertilisants.
Les pêcheurs du Sud seront-ils également soutenus ?
Oui. Les pêcheurs de huit communes côtières recevront glacières, filets, nasses, cordes en nylon et kits de réparation, avec des formations sur les Dispositifs de Concentration de Poissons.
