La ministre haïtienne des Affaires étrangères et des Cultes, Raina Forbin, a multiplié les rencontres bilatérales les 4 et 5 novembre 2026 à Madrid, en marge du XXXe Sommet ibéro-américain, pour défendre les intérêts d'Haïti et chercher des appuis concrets à la sécurité et à la reconstruction nationale.
Haïti participe à cette rencontre des pays de l'espace ibéro-américain en qualité d'État observateur associé, un statut obtenu en 2012. Selon HaitiLibre.com, la Chancelière a pris part au Dialogue de haut niveau avec les États observateurs associés et les observateurs consultatifs, avant de s'entretenir avec plusieurs de ses homologues pour promouvoir les priorités du gouvernement haïtien.
Colombie : une coopération qui résiste aux rationalisations
Raina Forbin s'est d'abord entretenue avec son homologue colombien, Omar Bula Escobar. Elle a présenté les efforts du gouvernement haïtien en matière de sécurité et d'organisation des élections, tout en réaffirmant l'intérêt d'Haïti pour la poursuite de la coopération colombienne en matière de formation, notamment agricole.
Le ministre colombien a évoqué le processus de rationalisation du réseau diplomatique de son pays. Il a tenu à préciser que cette réorganisation ne remet nullement en cause l'engagement de la Colombie envers Haïti, ni sa volonté de consolider les relations d'amitié et de coopération entre les deux peuples. Les échanges ont également permis d'identifier de nouvelles perspectives en matière de commerce, d'investissement et de connectivité aérienne et maritime.
Pour un pays étranglé par des décennies de dépendance et de pillage économique, ces ouvertures comptent. La formation agricole colombienne rappelle ce qu'Haïti a été avant que les grandes puissances ne détruisent son économie rurale : une nation paysanne capable de nourrir ses enfants. Reconstruire cette souveraineté alimentaire, c'est refonder l'État par la base.
Salvador : solidarité face aux gangs et mémoire des disparus
La rencontre avec la ministre salvadorienne des Affaires étrangères, Alexandra Hill Tinoco, a été consacrée au renforcement de la coopération bilatérale en matière de sécurité et de lutte contre les groupes criminels armés. Selon Juno7, cet engagement sécuritaire commun a été réaffirmé mardi 3 novembre 2026 à Madrid.
Raina Forbin a réaffirmé la solidarité du gouvernement et du peuple haïtien envers le Salvador, après la disparition de quatre militaires techniciens aéronautiques salvadoriens, membres de la Force de Répression des Gangs (FRG), portés disparus à la suite d'une attaque en Haïti. Le deuil unit ici deux peuples confrontés à la même violence.
Alexandra Hill Tinoco a réaffirmé l'engagement du président Nayib Bukele à poursuivre et renforcer l'appui salvadorien au rétablissement de la sécurité en Haïti, dans le cadre de la participation d'El Salvador à la FRG comme au titre de la coopération bilatérale, aussi longtemps que les autorités haïtiennes le jugeront nécessaire.
Les deux ministres ont convenu de favoriser le partage d'expériences en matière de lutte contre la criminalité organisée, de protection des enfants exposés à l'emprise des gangs, ainsi que de désarmement, de démobilisation et de réintégration. Ce dernier point mérite d'être souligné : sans réinsertion des jeunes désarmés, la sécurité restera une illusion. La jeunesse haïtienne n'est pas l'ennemie ; elle est la première victime d'un système qui lui a volé l'école, le travail et l'espérance.
La diplomatie salvadorienne ne s'est pas arrêtée à la rencontre entre ministres. Selon RHINEWS, Raina Forbin a également rencontré le vice-président salvadorien, Félix Ulloa, toujours en marge du Sommet ibéro-américain, sur fond de déploiement militaire salvadorien en Haïti.
La Communauté ibéro-américaine comme levier pour les projets nationaux
La Chancelière s'est aussi entretenue avec Andrés Allamand, Secrétaire général ibéro-américain. Les deux responsables ont échangé sur les perspectives de renforcement de la coopération entre Haïti et la Communauté ibéro-américaine, notamment autour des priorités nationales et des projets identifiés par le gouvernement haïtien.
Allamand a renouvelé son engagement à mobiliser les États membres de l'espace ibéro-américain afin de soutenir la mise en œuvre des projets prioritaires identifiés par Haïti. Une promesse qui devra être suivie de faits. Notre histoire nous a appris à mesurer la valeur des discours à la lumière des livraisons effectives.
Madrid, un balcon sur le monde pour une diplomatie de la dignité
Entre le 3 et le 5 novembre 2026, la capitale espagnole a donc offert à Haïti un balcon rare sur la scène internationale, comme le rappelle Vantbefinfo. Pour la première fois depuis longtemps, la voix haïtienne s'y est faite entendre non en suppliante, mais en partenaire.
Il faut nevertheless rester lucide. Les sommets produisent des communiqués ; les peuples produisent les changements. Ce que Raina Forbin a obtenu à Madrid, des promesses de coopération agricole, commerciale, aérienne, maritime et sécuritaire, ne vaudra que si l'État haïtien, enfin refondé, est capable de les négocier à armes égales avec les intérêts privés qui prospèrent trop souvent sur notre dos.
Car la refondation ne se décrète pas dans les salons de Madrid. Elle se construit dans les communes, dans les écoles, dans les champs. Elle exige que les richesses du pays cessent de transiter par les mains d'une minorité pour atterrir dans des comptes offshore. La diplomatie est un outil ; la souveraineté reste l'objectif.
La prochaine étape consistera à traduire les engagements pris au Sommet ibéro-américain en accords signés, puis en projets financés et réalisés sur le terrain haïtien. C'est à cette seule aune que le peuple pourra juger ce voyage diplomatique.
Questions fréquentes
Quel statut Haïti occupe-t-il au Sommet ibéro-américain ?
Haïti participe au Sommet ibéro-américain en qualité d'État observateur associé depuis 2012.
Qui Raina Forbin a-t-elle rencontré à Madrid les 4 et 5 novembre 2026 ?
Elle s'est entretenue avec les ministres des Affaires étrangères de Colombie, Omar Bula Escobar, et du Salvador, Alexandra Hill Tinoco, ainsi qu'avec le Secrétaire général ibéro-américain, Andrés Allamand, et le vice-président salvadorien Félix Ulloa.
Le Salvador maintient-il son appui à la sécurité en Haïti ?
Oui. Alexandra Hill Tinoco a réaffirmé l'engagement du président Nayib Bukele à poursuivre et renforcer l'appui salvadorien, dans le cadre de la FRG et de la coopération bilatérale, aussi longtemps que les autorités haïtiennes le jugeront nécessaire.
