Le Maroc s'apprête à lancer, d'ici moins de deux mois, une deuxième campagne de réhabilitation des cimetières et sanctuaires juifs, après une première phase menée entre 2010 et 2016 qui a rendu leur dignité à près de 180 sites. L'annonce a été faite par Serge Berdugo, secrétaire général du Conseil des communautés israélites du Maroc (CCIM), dans une déclaration rapportée par www.le360.ma.
Pour un pays comme Haïti, où la question de la mémoire des défunts et du respect dû aux lieux de sépulture se pose avec une acuité dramatique depuis le séisme de 2010, cette nouvelle marocaine résonne profondément. Elle rappelle qu'un État peut choisir d'honorer ses morts plutôt que de les abandonner aux convoitises et à l'oubli.
Ce que dit Serge Berdugo
La nouvelle campagne commencera par un inventaire, a expliqué le secrétaire général du CCIM. « Nous avons fait une première campagne qui a duré de 2010 à 2016 et qui a permis de faire, comme vous le savez, la rénovation et la réhabilitation d'à peu près 180 cimetières », a-t-il déclaré au Le360.
« Depuis quelques jours, nous procédons à un nouvel inventaire, d'abord pour assurer la maintenance de tout ce qui a été réalisé, puis pour combler les éventuelles insuffisances », a ajouté Serge Berdugo. L'opération s'inscrit dans le prolongement d'une décision royale de 2010, conduite avec le ministère de l'Intérieur marocain.
Le responsable reste prudent sur le calendrier. « Je pense qu'elle sera lancée dans moins de deux mois et qu'elle va durer à peu près deux ans », a-t-il précisé.
Une opération sans équivalent
Serge Berdugo présente la préservation du patrimoine funéraire juif comme « l'opération la plus extraordinaire de cette mission de sauvegarde ». Elle a permis, selon lui, « de rendre leur dignité à près de 180 cimetières et sanctuaires juifs du Maroc et d'ouvrir à la recherche de véritables archives à ciel ouvert ».
L'ouvrage « Les Maisons de la Vie », qui retrace la première campagne, recense plus de 160 sites répartis dans 40 provinces et 14 régions du Royaume. Les chantiers ont touché les zones les plus centrales comme les plus isolées, au milieu des montagnes de l'Atlas, dans le Tafilalet, le Souss et le Draâ.
Les chiffres donnent la mesure de l'effort. Soixante-seize entreprises ont construit 42 000 mètres linéaires de murs de clôture, soit près de 42 kilomètres, posé 159 portes neuves, désherbé 198 000 mètres carrés et réparé 12 600 tombes endommagées. À l'issue des travaux, tous les cimetières concernés sont entourés de murs qui, selon l'ouvrage, leur confèrent « un statut d'inviolabilité ».
Une mémoire gardée par les voisins musulmans
Dans l'avant-propos de l'ouvrage, Serge Berdugo souligne l'accueil réservé aux équipes partout où la communauté juive a entrepris des travaux. Les concitoyens muslmans avaient gardé une connaissance précise de l'identité des lieux. « La mémoire du voisinage s'est manifestée souvent avec émotion », écrit-il.
Ces cimetières, que la tradition juive appelle « Beth Ha Hayim », la Maison de la Vie, racontent une présence juive au Maroc attestée depuis plus de 20 siècles. Les plus anciennes sépultures identifiées, à Sala et à Volubilis, remontent à la période romaine. Les cimetières urbains permettent de remonter le temps de quatre à cinq siècles, avec l'histoire de familles, de lignées de rabbins, et les traces d'épidémies ou de tremblements de terre.
Ce que le Maroc enseigne à Haïti
Il y a dans cette affaire une leçon qui nous concerne directement. Le séisme du 12 janvier 2010, la même année que le lancement de la campagne marocaine, a enseveli des dizaines de milliers de nos morts dans des conditions que la décence interdit de décrire. Quinze ans plus tard, des cimetières entiers de Port-au-Prince restent sans protection, sans murs, sans inventaire, livrés à la spéculation foncière et à l'indifférence des pouvoirs publics.
Le Maroc a choisi de faire l'inventaire de ses morts, de clôturer leurs repos, de réparer leurs pierres une à une. Il a mobilisé l'État, le ministère de l'Intérieur, des bureaux d'études, des entreprises locales, et un suivi administratif rigoureux avec dossiers, factures et photographies avant et après travaux. Rien là de spectaculaire. Du travail patient, de la méthode, de la volonté politique.
C'est précisément ce qui manque chez nous. La refondation de l'État haïtien ne passera pas seulement par des discours sur la souveraineté. Elle passera par la capacité élémentaire à nommer nos morts, à protéger leurs sépultures, à refuser que la terre qui les porte soit vendue. Un peuple qui abandonne ses cimetières finit par abandonner sa propre histoire. Un peuple qui les restaure, comme les Marocains viennent de le démontrer, répare du même geste le lien entre les vivants et ceux qui les ont précédés.
Ce qui reste à faire au Maroc
L'ouvrage « Les Maisons de la Vie » le reconnaît sans détour : des superficies dépourvues de tombes n'ont pas été clôturées et sont restées « exposées aux convoitises de riverains sans droit ni titre », situations que le texte qualifie de non irréversibles. Des témoignages recueillis pendant l'opération laissent aussi penser que quelques cimetières existent encore sans avoir été répertoriés.
Le nouvel inventaire annoncé par Serge Berdugo pourrait précisément servir à les identifier. La deuxième campagne débutera par un état des lieux, passera par la maintenance des sites déjà rénovés et s'étendra, si l'inventaire le confirme, à des cimetières encore inconnus des registres officiels.
Questions fréquentes
Combien de cimetières juifs ont été restaurés au Maroc depuis 2010 ?
Près de 180 cimetières et sanctuaires juifs ont été rénovés et réhabilités entre 2010 et 2016, selon Serge Berdugo, secrétaire général du Conseil des communautés israélites du Maroc.
Quand la deuxième campagne de réhabilitation sera-t-elle lancée ?
Serge Berdugo estime qu'elle sera lancée dans moins de deux mois et durera environ deux ans.
Qui dirige la réhabilitation des cimetières juifs au Maroc ?
L'opération est menée par le Conseil des communautés israélites du Maroc avec le ministère de l'Intérieur, sur instruction royale datant de 2010.
