Une expédition de 17 chercheurs parties le 6 octobre de Tarawa, aux Kiribati, vient d'écarté la piste la plus prometteuse de la disparition d'Amelia Earhart. L'« objet de Taraia », repéré sur des images satellites de l'atoll de Nikumaroro et soupçonné d'être l'épave de son Lockheed Electra 10-E, s'est révélé n'être qu'un amas d'arbres emportés par les vagues, selon les conclusions confirmées lundi 19 octobre par l'université Purdue.
Le rêve s'est brisé sur une langue de sable du Pacifique. Près de 90 ans après la disparition de l'aviatrice, survenue en 1937, le plus grand mystère de l'histoire de l'aviation demeure entier, comme le rapporte www.Bluewin.ch.
Un éclat métallique qui n'était que du corail
Le voyage depuis Tarawa jusqu'à Nikumaroro, un atoll inhabité de l'État insulaire de Kiribati, a duré cinq jours. L'objectif était précis : vérifier ce « Taraia Object », cette structure à la surface réfléchissante découverte en 2020 sur des images satellites et qui avait fait naître l'espoir de retrouver les restes de l'avion d'Earhart.
Avant l'arrivée de l'équipe, le chef de l'expédition, Rick Pettigrew, avait déclaré qu'une telle découverte aurait pu constituer la preuve décisive dans le mystère de la disparition. La mer en a décidé autrement. Pendant plusieurs jours, une forte houle et des vents violents ont empêché les chercheurs de débarquer. L'expédition a prolongé son séjour, passant sept jours au large de l'atoll et travaillant sur l'île pendant quatre jours.
Sur place, il ne restait presque plus rien de la structure visible depuis l'espace. Une grande partie s'était effondrée ou avait été emportée par les eaux. Il ne subsistait qu'un fragment en forme de Y. Les chercheurs n'ont trouvé aucune preuve concluante reliant l'objet à l'avion d'Earhart.
L'éclat métallique supposé a trouvé une explication plus modeste : une couche dure et calcaire de sable de corail s'était formée sur le bois, réfléchissant la lumière. L'équipe a d'ailleurs découvert des dépôts brillants similaires sur d'autres objets. L'université Purdue a officiellement confirmé, le 19 octobre, que cette « anomalie visuelle » était probablement un amas de grands arbres déposés sur la langue de sable.
« Nous étions partis pour tester une hypothèse »
Rick Pettigrew refuse de parler d'échec. L'objectif était de découvrir ce qu'était réellement l'« objet Taraia », et c'est précisément ce que l'équipe a réussi à faire.
« Nous étions partis pour tester une hypothèse, et non pour garantir un résultat précis », a déclaré Steve Schultz, juriste à Purdue et participant à l'expédition.
Un homme ne s'étonne guère de ce dénouement : Ric Gillespie, cofondateur du groupe de recherche TIGHAR, qui se penche depuis des décennies sur la disparition d'Earhart. Il avait émis des doutes avant même le début de l'expédition, avançant l'hypothèse d'un pandanus mort emporté par les eaux jusqu'à la lagune.
« Il n'y a rien là-bas, sinon nous l'aurions trouvé », avait-il déclaré, lui dont l'équipe avait déjà exploré cet endroit à l'aide de détecteurs de métaux en 2001 et en 2007. Concernant l'« objet de Taraia », Gillespie avait raison.
La théorie des naufragés reste debout
Ce démenti ne remet pas en cause la théorie selon laquelle Earhart aurait atteint Nikumaroro. Gillespie compte parmi ses plus fervents défenseurs, et l'expédition elle-même continue de la considérer comme plausible.
L'hypothèse des naufragés part du principe qu'Amelia Earhart et son navigateur Fred Noonan se sont posés sur le récif peu profond au large de Nikumaroro, et que l'Electra a ensuite été emporté par la mer. Parmi les indices avancés figurent des relevés radio historiques, des objets datant des années 1930 et une structure inhabituelle visible sur une photographie du récif datant de 1937.
La découverte de l'équipe pourrait même servir la cause. Un tube en acier d'environ 76 centimètres, remonté de la lagune, fera l'objet d'analyses plus approfondies. Il pourrait aider à comprendre comment les courants transportent les objets à l'intérieur de l'atoll et les déposent sur la presqu'île de Taraia.
47 photographies de 1938 mises en ligne
Alors que les chercheurs fouillaient Nikumaroro, à des milliers de kilomètres de là, des informations très anciennes refaisaient surface. Le Musée de l'armée de l'air de Nouvelle-Zélande a mis en ligne 47 photos aériennes haute résolution de l'atoll datant de 1938.
Ces clichés en noir et blanc ont été pris le 1er décembre 1938, lors d'une campagne de relevés topographiques menée par la Nouvelle-Zélande sur les îles du Pacifique. À l'époque, l'empire cherchait des emplacements potentiels pour des bases aériennes. Ces photos montrent Nikumaroro environ un an et demi seulement après la disparition d'Earhart et comptent parmi les tout premiers témoignages photographiques de l'atoll.
Matthew O'Sullivan, un employé du musée, avait découvert ces négatifs il y a plus de dix ans. En raison du regain d'intérêt suscité par l'expédition, le musée a reçu plusieurs demandes et a décidé de publier l'intégralité de la série. Ces images ne fournissent toutefois aucun indice formel concernant l'avion disparu.
Pourquoi ce mystère nous parle encore
Il y a dans cette quête quelque chose d'universel, qui dépasse le Pacifique et ses atolls. Une femme qui refusait les limites que son époque voulait lui imposer, qui volait toujours plus loin, et un monde qui, près d'un siècle plus tard, n'a toujours pas cessé de la chercher.
Steve Schultz le formule avec émotion : Earhart n'aurait jamais abandonné et aurait sans cesse repoussé les limites.
« C'est cette même détermination qui anime nos recherches », a-t-il déclaré. « Elle a continué à voler toujours plus loin et nous continuerons de chercher. »
L'université Purdue, qui a participé à l'expédition en collaboration avec la Purdue Research Foundation et l'Archaeological Legacy Institute, a annoncé qu'elle allait poursuivre les recherches pour retrouver l'appareil. L'« objet Taraia » est écarté. Le mystère, lui, reste entier.
Questions fréquentes
Qu'était réellement l'« objet de Taraia » ?
Selon l'université Purdue, il s'agissait probablement d'un amas de grands arbres emportés par les vagues sur la langue de sable, avec une couche calcaire de sable de corail qui réfléchissait la lumière.
La théorie de Nikumaroro est-elle abandonnée ?
Non. L'expédition et Ric Gillespie continuent de considérer comme plausible l'hypothèse selon laquelle Earhart et Noonan se sont posés sur le récif de Nikumaroro en 1937.
Qui participait à l'expédition d'octobre ?
Une équipe de 17 personnes, partie de Tarawa le 6 octobre, menée par Rick Pettigrew avec l'université Purdue, la Purdue Research Foundation et l'Archaeological Legacy Institute.
