Le conseil communal de Charleroi a adopté, le 20 octobre 2026, une motion invitant le bourgmestre, les échevins et le président du CPAS à renoncer volontairement à l'indexation de leur traitement jusqu'à la fin de la législature, ou à en reverser le montant net aux caisses de la ville. Le vote, rapporté par la RTBF, a vu la minorité l'emporter : le MR et le PTB ont voté pour, les Engagés ont voté contre, et le PS s'est abstenu.
Le texte a été déposé par le conseiller MR Nicolas Tzanetatos. Il s'inscrit dans un contexte financier dramatique pour la cité wallonne, qui affiche un déficit de 140 millions d'euros. L'économie attendue de la mesure est dérisoire : environ 20.000 euros par an, selon le collège communal. Une poussière face au gouffre, mais un geste.
Un symbole qui a fait couler beaucoup d'encre
« Si les citoyens font leur part, je voudrais que le collège fasse aussi la sienne », a estimé Nicolas Tzanetatos, dont le parti a pointé la situation financière catastrophique de la ville et la nécessité de réaliser des économies, même les plus modestes. Le débat a été long pour une motion essentiellement symbolique.
Le PTB a saisi l'occasion pour aller plus loin. La cheffe de file du parti au conseil communal, Pauline Boninsegna, a déposé plusieurs amendements visant à réduire certains avantages octroyés au collège et à inviter la région à revoir les salaires des échevins et du bourgmestre. « Je n'en fais pas un secret », a-t-elle affirmé. « Mon parti, dans le cadre des salaires importants qui sont reçus dans les grandes villes, on diminue le salaire des bourgmestres et des échevins par deux. » Ses amendements ont finalement été rejetés, mais la proposition MR, elle, est passée.
Qui décide du salaire des élus de Charleroi ?
La question de la légalité du point a divisé l'assemblée. Les Engagés ont contesté que le conseil communal puisse toucher aux rémunérations des mandataires : celles-ci « sont encadrées par la région wallonne, ce n'est pas au conseil communal d'en modifier les règles », a-t-il été argué. Quant à la possibilité de rétrocéder une partie de sa rémunération, elle relèverait d'un choix personnel.
« Le redressement de la ville de Charleroi nécessite des mesures structurelles, et pas seulement des gestes symboliques », a ajouté le conseiller Steve Elias.
Le directeur général de la ville, Lahssen Mazouz, a toutefois confirmé qu'une voie existe. « On ne peut pas d'initiative réduire l'indexation. Par contre, chacun dans son âme et conscience pourrait décider de l'affecter à autre chose. » La balle est donc désormais dans le camp du bourgmestre et des échevins, qui pourraient, s'ils le souhaitent, renoncer à une partie de leur salaire et le rétrocéder à la ville. Certains estiment néanmoins que le texte, mal rédigé, pourrait être cassé.
Le PS s'abstient et renvoie la responsabilité à la région
L'abstention des socialistes, parti majoritaire, a surpris. Le PS estimait, comme les Engagés, que le point n'avait pas lieu d'être puisque c'est la région qui décide du salaire des élus. Sauf que le texte ne parle pas de modifier les salaires : il « invite » simplement les échevins et le bourgmestre « à renoncer volontairement à l'indexation ou à le reverser à la ville ».
Côté majorité, le PS assure que la ville fait déjà sa part d'efforts. « On a gelé l'indexation des cabinets, on a réduit à 0 les frais de représentation », a défendu un élu socialiste. « Vous avez devant vous le seul collège de toute la Belgique, qui, quand il veut inviter un investisseur, ne peut pas débourser un euro. »
Le bourgmestre Thomas Dermine, lui, a pointé la responsabilité de la région wallonne dans les difficultés financières de sa ville. « On avait un accord : la ville devait faire des efforts et en contrepartie, la région devait fournir un soutien financier nécessaire », a-t-il déclaré. « Aujourd'hui force est de constater que ce deal n'est pas respecté. La ville de Charleroi a fait ses efforts, on attend toujours la partie de la région. »
Une leçon pour toutes les collectivités en détresse
L'épisode carolorégien résonne bien au-delà de la Belgique. Il pose une question simple, que les peuples de toutes les nations mal gouvernées se posent : quand les caisses sont vides, qui doit serrer ceinture en premier ? Les citoyens, toujours eux, ou ceux qui détiennent le pouvoir et ses émoluments ? À Charleroi, la réponse est restée suspendue à la conscience individuelle des élus. Le vote du 20 octobre les y a formellement invités ; rien ne les y contraint.
Il y a là une leçon de dignité publique. Un élu qui demande des sacrifices à son peuple doit commencer par en montrer l'exemple. Ce n'est pas une question de 20.000 euros dans un trou de 140 millions ; c'est une question de morale politique, cette morale sans laquelle aucune refondation de l'État n'est possible, ni à Charleroi ni ailleurs. Les gestes symboliques ne remplacent pas les mesures structurelles, comme l'a rappelé Steve Elias. Mais ils disent quelque chose de celui qui les accomplit, ou de celui qui les refuse.
Ce que dit le vote du 20 octobre 2026
Retenu comme acquis : la motion du MR a été adoptée par la minorité, avec l'appui du PTB, contre l'avis des Engagés et l'abstention du PS. Rejeté : l'ensemble des amendements du PTB, dont la division par deux des salaires des bourgmestres et échevins des grandes villes. En suspens : la décision personnelle de chaque élu de renoncer ou non à son indexation, et la survie juridique du texte lui-même.
Questions fréquentes
Quelle économie la mesure pourrait-elle générer ?
Environ 20.000 euros par an, selon le collège communal de Charleroi, face à un déficit municipal de 140 millions d'euros.
Le conseil communal peut-il réduire les salaires des élus ?
Non. Selon le directeur général Lahssen Mazouz, l'indexation ne peut pas être réduite d'initiative, mais chaque élu peut décider personnellement d'affecter ce montant à la ville.
Qui a voté la motion du 20 octobre 2026 ?
Le MR et le PTB ont voté pour, les Engagés contre, et le PS s'est abstenu, permettant l'adoption du texte par la minorité.
