Après vingt-quatre années à la tête de la télévision publique belge francophone, Jean-Paul Philippot quittera ses fonctions d'administrateur général de la RTBF le 31 octobre 2026. Son successeur, Christophe Dujardin, actuel directeur des opérations d'Orange Belgium, prendra la relève dès le 1er novembre, selon les informations rapportées par DH.be.
L'homme part sur une évaluation de fin de mandat qualifiée de « plus que favorable ». Une longévité aussi rare dans le paysage médiatique mérite qu'on s'y arrête, y compris depuis nos rives, où la question du média public reste posée avec acuité.
Un bilan marqué par l'audace collective
Arrivé en 2002, Philippot a piloté les grandes transformations du service public belge : lancement du fact-checking avec l'émission « Faky », création de la plateforme Auvio en 2016, investissement dans les séries belges dont « La Trêve », sacrée meilleure série francophone au Festival Séries Mania, et participation à la création d'un magazine d'investigation.
« Magellan n'a pas fait le tour du monde en solitaire. J'ai toujours travaillé en groupe parce que je suis convoyé qu'il n'y a pas de réussite personnelle », a-t-il déclaré, feuilletant ses cahiers tenus depuis son premier conseil d'administration.
« Bye-Bye Belgium » : la responsabilité d'un média public
Interrogé sur le faux documentaire de 2006 qui avait simulé la partition de la Belgique et lui avait valu de vives critiques, Philippot assume. « Je ne regrette pas de l'avoir fait. C'est le rôle du média d'aller mettre le doigt dans la plaie et si ça a tellement résonné, c'est parce que c'était un scénario crédible pour la société. »
Il avait alors posé publiquement une limite morale : si un décès avait été lié à la diffusion, il aurait démissionné sans attendre. Une éthique rare chez les dirigeants, qui tranche avec l'arrogance ordinaire des élites.
L'intelligence artificielle, outil à encadrer
Sur l'IA, Philippot se montre lucide. « Elle m'inquiète en partie pour l'avenir. C'est pour ça qu'aujourd'hui, le média public et l'enseignement doivent avoir une collaboration plus étroite », a-t-il expliqué, appelant à intensifier l'éducation à l'esprit critique face aux manipulations croissantes. Il cite la reconstitution de la tragédie du Bois du Cazier comme exemple d'usage vertueux, tout en exigeant une régulation : sans elle, l'IA « pourrait être un outil destructeur de confiance ».
Cette question de la machine au service ou au détriment du savoir humain rejoint nos propres réflexions sur
