Éconofitness retire une publicité qui bafoue la dignité des sans-abri
À Montréal, la chaîne de gymnases Éconofitness a annoncé qu'elle retirera, d'ici le 12 octobre, une affiche publicitaire jugée indécente. Installée au-dessus du plus grand campement de personnes en situation d'itinérance de la métropole, rue Notre-Dame Est, l'annonce proclamait : « La vie coûte cher, pas nos gyms ». Une insulte de plus pour celles et ceux qui vivent sous des tentes, à quelques mètres de là.
Une campagne qui heurte la réalité des plus vulnérables
Le panneau, situé près de la rue Frontenac, surplombe près de 200 abris de fortune recensés sur 3,5 kilomètres. Les représentants d'Éconofitness, contactés par La Presse, ont présenté leurs excuses : « Nous tenons à présenter nos sincères excuses aux personnes en situation d'itinérance qui se sont senties heurtées par l'emplacement de cette publicité, ainsi qu'aux organismes qui les accompagnent. »
L'entreprise justifie sa campagne par une étude interne selon laquelle le coût d'inscription freine l'entraînement. « Notre message publicitaire visait simplement à mettre de l'avant l'accessibilité de nos gyms dans un contexte où le coût de la vie préoccupe beaucoup de Québécois », se défend l'enseigne. Elle admet toutefois ne pas valider « de façon systématique chacun des centaines d'emplacements » achetés en lot.
Un malaise partagé par les organismes communautaires
Les organismes communautaires saluent le retrait, mais restent vigilants. Eric Edström, du Réseau solidarité itinérance du Québec (RSIQ), y voit « l'attitude appropriée que de faire preuve de sensibilité dans un contexte de cohabitation avec les personnes précarisées ». Michelle Patenaude, directrice générale du Cap Saint-Barnabé, exprime un doute : « Il reste quand même un doute concernant l'intention de l'emplacement. »
Matthew Pearce, de la Mission Old Brewery, rappelle l'essentiel : « Cette situation nous rappelle l'importance de ne pas nous résigner à la présence croissante de l'itinérance dans l'espace public. À l'intérieur de chaque tente, il y a une personne, une histoire et des besoins auxquels nous devons mieux répondre collectivement. »
L'itinérance, un cri qui ne se tait pas
Le campement Notre-Dame atteint des sommets inégalés. L'organisme L'Anonyme en dénombre près de 200 tentes, soit 100 de plus qu'au printemps. En septembre, un bébé y a été retrouvé intoxiqué auprès de sa mère. La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a réclamé « plus de pouvoir d'agir ». Derrière chaque tente, il y a une histoire. Derrière chaque slogan, il y a un choix. Celui de la dignité ou celui du mépris.
Photo: La Presse.ca