Hochelaga-Maisonneuve : quand la misère déborde sur les trottoirs, qui répondra ?
À Hochelaga-Maisonneuve, des citoyens crient leur détresse. Ils ne demandent pas la disparition des refuges, ils demandent des comptes. Car autour de deux établissements de l'organisme L'Anonyme, la prostitution, le trafic et les seringues usagées se sont installés comme des maîtres du quartier. Et le sentiment d'abandon, lui, ne fait que grandir.
Un « crackhouse » financé par l'État ?
Au 3629, une maison de chambres pour personnes en « grande désaffiliation sociale », les voisins décrivent un va-et-vient incessant, jour et nuit. Un résidant, qui a requis l'anonymat, lance : « C'est comme un crackhouse financé par le gouvernement, finalement. » Il dénonce l'inaction des intervenants, présents en permanence mais qui, selon lui, laissent faire.
Kamala Wright, une autre voisine, renchérit : « Les événements continuent de se répéter, clairement l'organisme n'agit pas beaucoup. »
Des ressources, oui, mais des limites aussi
À la halte-répit de la rue Davidson, en plein cœur du campement Notre-Dame, la situation est tout aussi tendue. Étienne Martel, qui ramasse lui-même des seringues chaque jour, résume le sentiment général : « Oui, ça prend des ressources, mais ça prend aussi des limites. Nourrissez ces gens-là, donnez-leur des seringues, mais ramassez-les et ne laissez pas le campement s'étendre jusque sur les terrains des gens. »
Annie Charron, mère de famille vivant dans un HLM voisin, raconte l'horreur quotidienne : « J'ai des enfants, je ne peux même pas sortir de chez nous, car ils ont peur de sortir sur le balcon. C'est harcelant. » Le Tribunal administratif du logement a d'ailleurs récemment expulsé une locataire et trois femmes non autorisées de son immeuble, où le trafic et la prostitution ont explosé.
L'Anonyme se défend, la police patrouille
Le directeur général de L'Anonyme, Julien Montreuil, rejette les accusations d'inaction. Il affirme qu'une équipe de cinq intervenantes assure une présence constante et que les gestes allégués ne sont « absolument pas tolérés ». Il justifie les difficultés par un constat amer : « C'est un système capitaliste, une économie de marché. »
De son côté, le Service de police de la Ville de Montréal affirme avoir renforcé ses patrouilles à pied et en véhicule dans le secteur.
Un quartier qui refuse de se taire
Gilles et Ginette Des Marchais, résidants de longue date, rappellent que ce n'est pas la halte-répit elle-même qui dérange le plus, mais l'absence de cadre. Leur cri est simple : la solidarité ne doit pas devenir une excuse pour l'abandon. Hochelaga-Maisonneuve mérite mieux qu'un laisser-aller qui nourrit la peur et la colère.
Car derrière chaque seringue ramassée, chaque enfant qui n'ose plus sortir, c'est toute une communauté qui attend une réponse digne de son courage.