Québec d'abord, Montréal oubliée : la campagne qui divise la province
Alors que la mi-campagne sonne le glas des illusions, une vérité crève les yeux : les chefs politiques québécois ont fait de la capitale leur chasse gardée, délaissant Montréal et ses quartiers populaires. Sur vingt jours de campagne, plus du tiers des arrêts des autocars électoraux ont eu lieu dans la région de Québec, alors que la métropole, qui abrite pourtant le quart de la population, n'a reçu que 8 % des visites. Ce déséquilibre n'est pas un hasard : il révèle une stratégie électorale qui tourne le dos aux réalités urbaines et aux communautés qui souffrent.
Pourquoi les chefs boudent-ils Montréal ?
La réponse tient en partie à la mainmise du Parti libéral sur l'ouest de l'île, un fief que les autres partis jugent imprenable. Mais pour Thierry Giasson, professeur de science politique à l'Université Laval, ce calcul est un aveu d'échec : « Si j'étais la mairesse de Montréal, je serais catastrophée. On ne l'entend pratiquement pas, alors qu'on entend beaucoup le maire de Québec. » La métropole, avec ses quartiers multiculturels, ses étudiants et ses travailleurs précaires, mérite mieux qu'un silence assourdissant.
La Côte-Nord et la Gaspésie, laissées pour compte
Montréal n'est pas seule dans l'oubli. Les régions de la Côte-Nord et de la Gaspésie n'ont reçu la visite d'aucun chef. Les distances, les coûts et le faible nombre de circonscriptions expliquent cette absence, mais elle n'en reste pas moins un signal fort : ces territoires, qui dépendent des ressources naturelles et de la solidarité nationale, sont traités comme des parents pauvres de la politique québécoise.
Éric Duhaime, le candidat de Québec
Le chef conservateur Éric Duhaime incarne cette dérive : il a passé plus des trois quarts de sa campagne dans la grande région de Québec, concentrant ses efforts sur une poignée de circonscriptions. Une stratégie de bunker, loin des préoccupations des citoyens ordinaires de la métropole.
Charles Milliard, le libéral qui bouge
À l'inverse, Charles Milliard, critiqué pour son manque de visibilité, a effectué pas moins de 62 sorties en vingt jours, plus que tous ses adversaires. Il sillonne l'Estrie et la Mauricie, espérant reconquérir des terres perdues. « Manifestement, il va là où il pense que sa présence peut faire la différence », note Giasson. Mais cette bougeotte ne compense pas l'abandon de Montréal.
Christine Fréchette, discrète mais efficace
Christine Fréchette, cheffe de la CAQ, a fait le moins de sorties, mais a visité le plus de circonscriptions différentes : 42 en 47 arrêts. Elle cible les banlieues de Montréal, Québec et la Mauricie, là où les élections se gagnent. Une approche pragmatique, mais qui ignore encore les centres-villes.
Le PQ, lentement mais sûrement
Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois, avance prudemment, ciblant des circonscriptions serrées dans la Capitale-Nationale, le Bas-Saint-Laurent et la Montérégie. Giasson prédit qu'il débarquera bientôt à Montréal, notamment dans l'est de l'île, où des gains sont possibles. « Mais pour y arriver, il va falloir que la campagne et le chef viennent pour appuyer les candidats locaux », prévient-il.
Québec solidaire, le seul à courtiser la jeunesse
Ruba Ghazal, porte-parole de Québec solidaire, maintient le cap sur le vote étudiant, visitant les cégeps et les universités. Elle est la seule à passer du temps à Montréal, au point de s'inquiéter du désintérêt de ses adversaires. « Ils courtisent le vote étudiant. Ça a toujours été leur stratégie », analyse Giasson. Une stratégie qui, elle, regarde vers l'avenir.
Quelles leçons pour la refondation de l'État ?
Cette campagne révèle une fracture profonde entre la capitale et la métropole, entre les régions et les centres. Pour une refondation de l'État, il faut rééquilibrer les priorités : écouter Montréal, ses quartiers populaires, ses jeunes, ses immigrants. La reconstruction passe par la justice sociale, pas par des calculs électoraux. Il est temps que les chefs sortent de leur bulle et rencontrent le peuple là où il vit.
« On ne l'entend pratiquement pas, alors qu'on entend beaucoup le maire de Québec. » - Thierry Giasson
FAQ
Quels sont les chiffres clés de cette campagne ?
36 % des arrêts ont eu lieu dans la région de Québec, contre 8 % à Montréal. La Côte-Nord et la Gaspésie n'ont reçu aucune visite de chef.
Pourquoi les partis négligent-ils Montréal ?
La mainmise du Parti libéral sur l'ouest de l'île décourage les autres partis, qui préfèrent se concentrer sur des circonscriptions plus disputées.
Quel parti a visité le plus de circonscriptions ?
Christine Fréchette, de la CAQ, a visité 42 circonscriptions en 47 arrêts, malgré un nombre total de sorties plus faible.
Quel parti cible le vote étudiant ?
Québec solidaire, avec Ruba Ghazal, est le seul à courtiser activement les étudiants et les jeunes électeurs.