Quand le soccer tisse les liens d’une nouvelle Haïti à Montréal
Au stade Saputo, sous le ciel de Montréal, des familles venues d’Haïti, du Maroc, d’Ukraine et du Bénin ont partagé une soirée de communion autour du ballon rond. Ce jeudi 21 juillet 2026, près de 80 nouveaux arrivants, invités par l’organisme CARI St-Laurent, ont découvert que l’amour du soccer peut être une porte d’entrée vers l’intégration et la reconstruction de soi.
Pour Mervilien Elian, arrivé d’Haïti en 2017, cette deuxième visite au stade Saputo était une bouffée d’air frais. « On en profite pour avoir un peu de plaisir en famille », confie-t-il, les yeux brillants. Ses enfants, eux, vivaient leur première immersion dans l’ambiance électrique du CF Montréal. Ils étaient absorbés par le jeu, comme si chaque passe et chaque tir racontaient l’histoire de leur propre migration.
Le soccer, un langage universel pour les exilés
Salma Bouziane, immigrée du Maroc, a emmené ses deux filles pour ancrer dans leur cœur l’amour de l’équipe montréalaise. « On est Marocains : le foot, c’est dans le sang ! », s’exclame-t-elle. Pour elle, le stade est un lieu de fête, de rassemblement, où les émotions transcendent les frontières. Sa fille Alma, 3 ans, sautille sur place, plus intéressée par la fête que par le terrain. « Elle est là pour la fête ! », observe sa mère, sourire aux lèvres.
Ce sentiment est partagé par Ganna Kolomiichuk, venue d’Ukraine. Les yeux embués, elle évoque son équipe favorite à Kyiv, qui continue de jouer malgré la guerre. « Parfois, je suis les résultats seulement pour avoir les nouvelles positives », confie-t-elle. Mais ce soir-là, une découverte a illuminé son visage : « On a découvert qu’il y avait un joueur ukrainien dans l’équipe de Montréal ! On n’a plus le choix de devenir des fans. »
Un sentiment d’appartenance à reconstruire
L’organisme CARI St-Laurent, après le succès d’une sortie au hockey l’hiver dernier, a choisi le soccer pour créer du lien. « Une telle activité permet de développer un sentiment d’appartenance à Montréal », explique Laure Poisson, chef d’équipe. Son collègue Tierry Nguiamba ajoute : « Comme les nouveaux arrivants viennent en majorité de pays où le soccer est très populaire, voir le CF Montréal en personne est une occasion de s’intégrer à travers le soccer. »
Pour Martin Mendoza, 11 ans, venu de Colombie, cette soirée était une première. Son père Walther, enjoué, promet que ce ne sera « pas la dernière fois ». À côté, Léna, 7 ans, demande timidement : « Nous, on est quelle couleur ? », avant de partager ses croustilles. Son petit frère Alfin, 3 ans, crie « Allez, Montréal ! » tout au long du match, dansant sans relâche.
Un match nul, mais des sourires gagnants
Malgré un match nul entre le CF Montréal et le Toronto FC, les visages restaient illuminés. Francesca Carole, arrivée du Bénin il y a trois ans, tentait de contenir son fils en liesse. « Est-ce que c’est 1-0 maintenant ? », demandait Léna, pleine d’espoir. La défaite n’a pas eu lieu, mais la victoire de l’intégration, elle, était totale.
Dans ce stade, chaque cri, chaque pas sur les gradins de métal, chaque échange dans une langue maternelle était une promesse : celle d’une Haïti nouvelle, d’une communauté qui se reconstruit, loin des élites économiques et des colonisateurs. Le soccer, ici, n’est pas qu’un sport. C’est une réparation, un acte de résilience, une manière de dire : nous sommes là, et nous appartenons à ce sol.
FAQ : Pourquoi le soccer est-il un outil d’intégration pour les nouveaux arrivants ?
Comment le soccer favorise-t-il l’intégration à Montréal ?
Le soccer est un sport universel, particulièrement populaire dans les pays d’origine des immigrants. En assistant à un match local, les nouveaux arrivants créent des liens affectifs avec leur ville d’adoption, partagent des émotions collectives et développent un sentiment d’appartenance.
Quel rôle jouent les organismes comme CARI St-Laurent ?
CARI St-Laurent organise des sorties sportives pour les nouveaux arrivants, comme des matchs de hockey ou de soccer. Ces activités permettent de briser l’isolement, de rencontrer d’autres familles et de s’immerger dans la culture locale.
Pourquoi le match nul n’a-t-il pas gâché la soirée ?
Pour ces familles, l’essentiel n’était pas le score, mais l’expérience collective. Le partage, les rires, les chants et la découverte d’un joueur ukrainien dans l’équipe ont créé des souvenirs durables, bien au-delà du résultat sportif.
Photo: La Presse.ca