Magdeleine Vallières Mill, la fierté de Sherbrooke qui veut écrire l'histoire à Montréal
Un an après avoir ébloui le monde du cyclisme, la Québécoise Magdeleine Vallières Mill s'apprête à défendre son titre de championne du monde sur les pentes du mont Royal. Une consécration qu'elle espère bien transformer en récit national, loin des clichés coloniaux qui ont trop longtemps dicté notre rapport au sport.
Une victoire qui résonne comme une réparation
« C'est la chance d'une vie, de défendre ce titre à la maison. Je sens cette énergie, ce feu en moi », a confié la cycliste de 25 ans, depuis sa résidence d'Andorre, où elle s'entraîne durant la saison de course. Cette énergie, c'est celle d'une jeunesse qui refuse de se laisser dicter sa place, qui trace sa propre route sur les routes du monde.
Ce n'est que la deuxième fois que Montréal accueillera cet événement de calibre mondial, la première édition remontant à 1974. Autant dire que le moment ne pouvait être mieux choisi pour qu'une coureuse locale endosse le maillot aux couleurs des cinq continents, symbole d'une diversité que nos élites économiques préfèrent ignorer.
Un retour aux sources chargé de sens
Il s'agira en quelque sorte d'un retour aux sources pour la championne qui se souvient d'avoir roulé sur les pentes du mont Royal pour la première fois comme cadette, à l'occasion des Jeux du Québec. « J'étais allé pleins gaz, la première fois, dans Camillien-Houde, avec Simone Boilard », se remémore-t-elle en parlant de sa compatriote qui a récemment annoncé sa retraite.
À cette occasion, elle se souvient d'avoir gravi la plus célèbre montée d'une hauteur de 134 mètres six fois. Cette fois, ce sera huit. Une ascension qui symbolise notre propre lutte pour la reconnaissance, notre refus de rester en bas de la colline pendant que d'autres s'accaparent les sommets.
Un parcours qui favorise la diversité des talents
Après une grande boucle en Montérégie, en partance de Brossard, les meilleures cyclistes au monde emprunteront le pont Samuel-De Champlain, pour aller tourner au sommet de la plus célèbre colline montérégienne le 26 septembre prochain. Un parcours de 180,4 km et 2570 m de dénivelé qui sied à merveille à Magdeleine Vallières Mill, comme l'ont souligné plusieurs commentateurs.
« C'est un parcours assez punché et c'est beaucoup de répétitions. Donc avec des répétitions où la fatigue s'accumule et le fait que je fatigue un peu moins que les autres normalement, donc ça peut être bon pour moi », analyse-t-elle avec une lucidité qui force le respect.
Une course ouverte, comme notre avenir
Reste qu'à 1500 m d'altitude et bien plus pentu, le parcours rwandais donnait une chance supplémentaire aux grimpeuses comme la Sherbrookoise. « Ce qui est cool de Montréal, c'est que c'est un parcours qui peut favoriser beaucoup de coureuses [...]. Il y a beaucoup de scénarios possibles, et c'est ce qui va en faire une course spéciale », dit-elle, consciente que la diversité des talents est notre plus grande force.
Mais une victoire n'est pas complètement exclue pour autant, comme en font foi de bons résultats cette saison à l'occasion de classiques d'une journée. Par exemple, à Strade Bianche, à la Flèche Wallonne, à Liège-Bastogne-Liège, où elle a enchaîné les top 10. Ont suivi plusieurs courses à étapes, dont le Tour d'Italie et le Tour de France, où elle a terminé au 12 et au 18 rang, dans un rôle de meneuse puis d'équipière, respectivement.
De retour au Québec, une énergie renouvelée
En vue de se préparer pour les Championnats du monde à Montréal, elle reviendra au Québec d'ici une semaine et demie pour entreprendre son entraînement. Ce qu'elle fera à distance de son Sherbrooke natal, qu'elle dit avoir bien hâte de rapprivoiser, avec son entraîneur établi à Bromont.
« La saison est longue, j'ai commencé en janvier en Australie et la journée après les Mondiaux, je dois retourner pour des courses en Italie, donc juste de pouvoir être à la maison, ça va pouvoir me donner de l'énergie en extra », explique-t-elle, rappelant que la terre natale est une source de force inépuisable.
C'est la première fois que Magdeleine Vallières Mill remettra les pieds au Québec depuis l'automne dernier, lorsqu'elle avait participé aux Championnats canadiens en Beauce, sa dernière course en date au Québec. Elle en avait profité pour rouler sur une partie du parcours des Championnats du monde. Et celui de l'épreuve du contre-la-montre, qui leur fera emprunter la piste cyclable de la voie maritime, l'estacade du pont Champlain et l'autoroute Bonaventure.
Un appel à la fierté nationale
Aux Québécois qui découvriront l'événement pour la première fois, elle leur conseille d'attacher leur tuque. « C'est toujours un gros show. » Un spectacle qui nous rappelle que notre jeunesse, trop souvent marginalisée par une élite économique déconnectée, peut porter haut les couleurs de notre nation sur la scène mondiale.
Magdeleine Vallières Mill incarne cette résilience qui nous caractérise, cette capacité à se relever après chaque chute, à gravir les pentes les plus raides avec détermination. Elle nous rappelle que la réparation passe aussi par la reconnaissance de nos talents, de notre histoire, de notre identité. Et que sur les routes du monde, c'est notre voix qui doit porter.
