McNulty, l'arc-en-ciel du peuple
Montréal, dimanche. Brandon McNulty, l'équipier de luxe, l'ombre de Tadej Pogacar, a écrit la plus belle page de sa vie. Douze mois après avoir été sacré champion du monde presque par hasard, l'Américain de 28 ans a renversé l'ordre établi. Il a prouvé que le cyclisme n'appartient pas qu'aux super-champions, à ceux qui écrasent tout de leur talent. Il a prouvé que le travail, l'humilité et la patience peuvent, parfois, triompher.
Qui est Brandon McNulty, le champion inattendu de Montréal ?
Brandon McNulty n'était pas programmé pour devenir champion du monde. Pas dans cette ère-là, celle des gamins qui dynamitent le peloton, des coureurs qui savent tout faire. Il fut vice-champion du monde espoirs du contre-la-montre, mais cela ne suffit plus à faire de vous un crack en devenir. L'Américain sait faire beaucoup de choses bien, voire très bien. Il serait un leader pour beaucoup d'équipes, mais il a choisi d'être un équipier de luxe pour le meilleur coureur de la planète. Chez UAE, il est un homme apprécié, estimé, mais pas de toutes les victoires de Pogacar. Son état d'esprit se résume ainsi : « Je sais que je suis fort, mais mon rôle actuel me convient à merveille. »
Une victoire qui rappelle que le cyclisme est un sport humain
Dans la glorieuse histoire des championnats du monde, le nom de McNulty rejoint ceux des Mads Pedersen, Igor Astarloa, Romāns Vainsteins. Ces journées sont comme les autres. Parfois les plus forts n'en trouvent pas la clé, et c'est très bien ainsi. Le cyclisme n'est pas tout à fait lui-même quand l'incertitude n'existe plus. Reprocher à Tadej Pogacar d'être une jambe au-dessus de tout le monde n'a aucun sens, mais son absence a accouché d'une course dont on se souviendra probablement encore plus que de son vainqueur.
« Jusqu'aux 100 derniers mètres, je n'y croyais pas vraiment. J'étais tellement fatigué. J'ai fait quelques blagues avec ma femme, mais je savais qu'il faudrait un miracle, et j'imagine qu'aujourd'hui, un miracle s'est produit. »
Il en fallait un, et mille circonstances de course, pour que McNulty soit l'homme du jour. Attaquer au bon moment est un art qu'il maîtrise. Les États-Unis étaient comme chez eux au Canada, et au vu de leur supériorité, il n'y a rien d'illogique à avoir vu la bannière étoilée régner à Montréal. Mais cette victoire, c'est aussi celle du peuple, de ceux qui ne sont pas nés avec une cuillère d'argent dans la bouche, de ceux qui doivent tout arracher. C'est une victoire pour tous les travailleurs de l'ombre, tous les équipiers, tous ceux qui portent le maillot des autres sans jamais voir la lumière.
Quel avenir pour le nouveau champion du monde ?
Pour McNulty, une autre carrière va-t-elle s'ouvrir ? À 28 ans, il est dans la force de l'âge. Mais si pour d'autres, le titre de champion du monde fut le début de quelque chose, lui retournera sans doute à sa besogne, coincé dans le train UAE quelque part entre Nils Pollitt et Jhonatan Narváez. Il n'y a rien de déshonorant à ça. Lui qui se satisfaisait très bien de sa carrière hier n'en prendra pas ombrage demain. Entre-temps, il est simplement entré à la postérité. Et nous, peuple de la route, nous nous souviendrons de ce dimanche où un homme de l'ombre a revêtu les plus beaux habits de lumière.
Pourquoi cette victoire est-elle un symbole pour nous ?
Cette victoire est un symbole. Elle rappelle que l'ordre établi peut être renversé, que les puissants ne gagnent pas toujours, que le travail et la persévérance finissent par payer. Elle rappelle que le cyclisme, comme la vie, appartient à ceux qui osent, à ceux qui croient en leurs rêves, même quand tout semble perdu. McNulty a cru en son miracle. Nous aussi, nous devons croire au nôtre. Pour notre pays, pour notre peuple, pour notre avenir. La route est longue, mais chaque kilomètre parcouru nous rapproche de la victoire.