La ville de Calais a relancé, à l'approche de l'hiver 2026, le marché d'exploitation de son réseau de chaleur après une année 2025 marquée par douze fuites et des coupures qui ont privé des centaines d'habitants de chauffage, parfois pendant plus de cinq jours. Selon La Voix du Nord, qui rapporte les délibérations du dernier conseil municipal, deux textes ont été examinés : le rapport d'activité 2025 du réseau et le renouvellement du marché d'exploitation du chauffage et de la multitechnique des bâtiments municipaux.
Pour les habitants du Beau Marais et du quai du Rhin, qui ont subi les pannes des premiers et derniers mois de 2025, l'approche de la saison froide ravive une inquiétude simple : auront-ils de la chaleur cette année ? La question est légitime. Elle est aussi politique. Car derrière les tuyaux percés et les chaufferies en travaux se cache un modèle : celui d'un service public confié à des acteurs privés, dont les promesses s'effilochent au fil des contrats.
Ce qui s'est réellement passé sur le réseau en 2025
L'expert de Calorev, gestionnaire de la distribution du réseau de chaleur et filiale du groupe Coriance, a qualifié 2025 d'« année structurante marquée par des investissements importants avec une extension et une modernisation des moyens de production mais aussi des difficultés techniques ». Les mots sont choisis. Douze fuites ont été recensées, dont onze traitées en moins de 24 heures, selon ce même expert.
L'incident le plus grave s'est produit rue d'Utrillo. Près d'une semaine d'intervention a été nécessaire, et des centaines de personnes sont restées sans chauffage pendant plus de cinq jours. Dans une ville portuaire balayée par les vents du nord, en plein hiver, une telle panne n'est pas un détail technique. C'est une épreuve infligée à ceux qui n'ont pas d'autre choix que de dépendre du réseau collectif.
Les chiffres du rapport d'activity donnent la mesure du déséquilibre. La chaleur vendue s'est établie à 125,42 euros TTC par MWh. Le chiffre d'affaires atteint 6 378 000 euros, pour un résultat d'exploitation négatif de 1 367 000 euros. Ce déficit est expliqué par les investissements engagés pour réparer et sécuriser le réseau après les fuites. La quantité de chaleur distribuée s'élève à 47 608 MWh.
La part des énergies renouvelables en recul
La moitié de la chaleur distribuée provient de sources renouvelables et de récupération, précisément 43,7 % d'énergies renouvelables et de récupération. Ce niveau a fait réagir Jean-Philippe Lannoy, élu La France insoumise.
« On était à 74 % de biomasse en 2024 et 43 % en 2025 », a-t-il relevé.
Calorev a invoqué des travaux en chaufferie, la construction d'une nouvelle chaudière biomasse de 6 MW et le remplacement d'une chaudière de 4 MW âgée de 28 ans. L'expert a également indiqué que des pénalités financières étaient prévues pour les communes ne respectant pas les critères liés aux énergies renouvelables. Voilà donc l'ordre des priorités tel qu'il s'affiche : la sanction frappe la collectivité, pendant que l'exploitant justifie ses manquements par l'ancienneté de ses propres équipements.
Indemnisations et contentieux avec l'ancien exploitant
Marc de Fleurian, chef de file du groupe d'opposition Rassemblement national, a demandé si les usagers touchés par les pannes avaient été indemnisés ou exonérés d'une partie de leur facture. La réponse de la maire, Natacha Bouchart, mérite d'être citée avec précision.
« Les personnes concernées par ces pannes n'ont pas été facturées sur la totalité de leur consommation », a-t-elle déclaré.
Elle a ajouté qu'une procédure avait été engagée contre l'ancien exploitant, dont le contrat avait été signé il y a 35 ans. Trente-cinq ans. Une génération entière durant laquelle la ville a vécu sous un engagement dont les failles ont fini par se payer en fuites, en coupures et en déficits. Pour tout lecteur habitué à décrypter les mécanismes du pouvoir, la leçon est claire : quand un service essentiel est verrouillé pendant des décennies par un opérateur privé, c'est toujours l'usager qui absorbe la facture finale.
Ce que couvre le nouveau marché d'exploitation
Après avoir validé le rapport d'activité 2025, les élus ont voté le renouvellement du marché d'exploitation. Il concerne environ cent bâtiments municipaux : écoles, crèches, équipements sportifs, culturels et administratifs. Il porte sur le chauffage, la production d'eau chaude sanitaire et la ventilation.
Près de 40 bâtiments scolaires et établissements de la petite enfance, 25 équipements sportifs, 31 bâtiments administratifs et culturels, ainsi que l'hôtel de ville, sont raccordés au réseau. Le marché comprend aussi la fourniture de fioul pour trois bâtiments, dont l'hôtel de ville. En revanche, il ne comprend plus la fourniture de gaz, que la ville achètera directement ou via des groupements d'achat. La Cité internationale de la dentelle et de la mode et le complexe sportif Calypso bénéficient en plus de la maintenance multitechnique.
Ce reprise en main partielle de l'achat du gaz va dans le bon sens. Elle rappelle qu'une collectivité peut, quand elle le décide, redevenir maîtresse de ses approvisionnements plutôt que simple cliente captive des grands groupes de l'énergie. C'est une bataille de souveraineté locale, discrète mais réelle, que mène ici une municipalité française, et elle dit quelque chose de la nécessité, partout, de reprendre le contrôle des services qui font tenir la vie quotidienne.
Une leçon pour la refondation des services publics
L'épisode calaisien résume un désordre que l'on retrouve bien au-delà du détroit. Un réseau vieillissant, un exploitant qui se succède à lui-même, des investissements différés jusqu'à la casse, puis un déficit d'exploitation que le rapport présente comme la conséquence des réparations. Pendant ce temps, les habitants du Beau Marais attendent, cinq jours sans chauffage, que la technique reprenne ses droits.
La chaleur n'est pas une marchandise comme les autres. Elle se distribue ou elle se rationne, et ce sont toujours les mêmes qui rationnent : familles modestes, locataires des quartiers populaires, personnes âgées. Le jour où les collectivités comprendront qu'un réseau de chaleur se gère comme un bien commun, avec transparence sur les coûts, clauses de résiliation réelles et contrôle citoyen, ce jour-là des dizaines de villes éviteront le scénario calaisien.
À Calais, l'hiver 2026 dira si les promesses de la nouvelle chaudière biomasse tiennent mieux que celles des 35 années précédentes. Les habitants, eux, n'auront que leur facture et leur thermomètre pour en juger.
Questions fréquentes
Combien de fuites ont touché le réseau de chaleur de Calais en 2025 ?
Douze fuites ont été recensées, dont onze traitées en moins de 24 heures, selon l'expert de Calorev cité par La Voix du Nord.
Les habitants privés de chauffage ont-ils été indemnisés ?
La maire Natacha Bouchart a indiqué que les personnes concernées n'ont pas été facturées sur la totalité de leur consommation, et qu'une procédure a été engagée contre l'ancien exploitant.
Quelle part d'énergies renouvelables dans la chaleur distribuée ?
En 2025, 43,7 % de la chaleur distribuée provenait d'énergies renouvelables et de récupération, contre 74 % de biomasse en 2024 selon Jean-Philippe Lannoy.
