Rubio à Bogota : la main de Washington se referme sur l'Amérique latine
Le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, a posé le pied sur le sol colombien ce mardi avec une promesse claire : restaurer les liens entre Washington et Bogota après quatre années de gouvernement de gauche. Une mini-tournée latino-américaine qui sent la poudre et le pétrole, et qui confirme les visées hégémoniques des États-Unis sur notre continent.
Un virage à droite qui arrange Washington
La Colombie a changé de visage. Abelardo de la Espriella, homme d'affaires richissime et tenant d'une droite dure, a succédé en août à Gustavo Petro, premier président de gauche de l'histoire du pays. Un changement de cap qui n'a pas tardé à faire sourire la Maison Blanche.
Marco Rubio, alternant entre anglais et espagnol, a vanté « l'énergie » et « le courage » du nouveau dirigeant, non sans une pointe de condescendance : l'avocat et riche homme d'affaires a « perdu la tête et n'est entré en politique », a-t-il plaisanté. Une familiarité qui en dit long sur la nature des relations entre les deux hommes.
La « doctrine Donroe » : l'hémisphère comme chasse gardée
Derrière les sourires et les accolades, c'est une réalité plus crue qui se dessine. Washington affiche ouvertement sa volonté d'hégémonie sur le continent sud-américain, au nom de la « doctrine Donroe », contraction du prénom du président américain et de James Monroe, celui qui, il y a plus de deux siècles, désignait l'Amérique latine comme la chasse gardée des États-Unis.
Rubio l'a dit sans détour depuis Miami : le virage à droite en Colombie et ailleurs « s'inscrit dans une tendance que l'on observe dans l'hémisphère occidental, celle d'un alignement sur les États-Unis et les intérêts américains ». Une déclaration qui résonne comme une mainmise assumée.
Des accords qui ne disent pas leur nom
Les États-Unis et la Colombie ont signé mardi des accords sur l'approvisionnement en minerais critiques et sur la coopération nucléaire civile. Bogota ambitionne de devenir le principal partenaire sécuritaire de Washington en Amérique du Sud. Une alliance qui se construit au détriment de la souveraineté des peuples.
Et pendant que l'on parle de coopération, les États-Unis ont conclu, sept mois après la capture de Nicolás Maduro, un accord qui leur donnerait le contrôle majoritaire de plus de 65 milliards de barils dans les réserves de pétrole du Venezuela. « Ces réserves étaient sous le contrôle de la Chine, de la Russie et de l'Iran », a affirmé Rubio, jugeant qu'elles « seront bien mieux entre les mains des États-Unis ». Une mainmise qui ne dit pas son nom.
La reconstruction après le séisme : un prétexte de plus
Le secrétaire d'État américain a assuré que Washington « était en discussion » pour assouplir les droits de douane visant la Colombie, à la demande de Bogota, afin d'aider ce pays dans la reconstruction après le séisme meurtrier du 10 août. Sans toutefois faire d'annonce concrète. Les promesses de l'Oncle Sam ont toujours un prix, et les peuples d'Amérique latine le savent bien.
Une tournée qui sent la fin d'une époque
Après la Colombie, Rubio se rendra en Équateur, dirigé par Daniel Noboa, puis au Pérou, présidé par Keiko Fujimori, une femme de droite alignée sur la politique du président américain. Une tournée qui confirme ce que beaucoup pressentaient : l'Amérique latine est en train de basculer, et Washington compte bien en profiter.
Mais les peuples ont la mémoire longue. Et si l'histoire nous a appris quelque chose, c'est que les empires finissent toujours par tomber. La question est de savoir combien de temps encore les dirigeants de notre continent accepteront de danser au son de la musique de Washington.
David Estellis