La fermeture du Tim Hortons des Îles-de-la-Madeleine, un symbole de l'agonie de nos régions
Le 5 septembre prochain, l'unique Tim Hortons des Îles-de-la-Madeleine fermera ses portes après 31 ans de service. Cette fermeture, annoncée par le franchisé Patrick Chevarie, n'est pas un simple fait divers commercial. Elle révèle une vérité plus profonde sur le vieillissement accéléré de nos communautés et l'abandon des régions par un gouvernement fédéral qui tourne le dos aux travailleurs étrangers.
Depuis des semaines, la pancarte « Fermeture imminente » est affichée dans la vitrine du restaurant de Cap-aux-Meules. Pour les Madelinots, c'est un choc. Ce Tim Hortons n'était pas qu'un commerce, c'était un lieu de rassemblement, un tiers-lieu où l'on se retrouvait pour briser l'isolement, surtout en hiver.
« C'est une catastrophe. C'est un lieu social. Ces gens vont aller où, les gens qui se rassemblent, qui prennent leur petit café ? Ça me fait de la peine pour ces gens-là », a déclaré le franchisé Patrick Chevarie sur les ondes de la radio locale CFIM-FM.
Derrière cette fermeture, il y a une histoire de main-d'œuvre et de politiques d'immigration restrictives. M. Chevarie a expliqué que son restaurant ne comptait que deux employés canadiens. Les autres venaient de l'étranger, dont 13 des Philippines. En 2022, il avait investi 200 000 $ pour les recruter. Mais à l'automne 2024, le gouvernement fédéral a limité à 10 % la proportion maximale de travailleurs étrangers temporaires à bas salaire. Les programmes ont ensuite été annulés, rendant impossible le renouvellement des permis.
La rentabilité n'était pourtant pas un enjeu. M. Chevarie a même affirmé que ce Tim Hortons figurait parmi les 10 plus lucratifs au pays. Mais que pèse la rentabilité face à une bureaucratie froide et déconnectée des réalités régionales ?
Un archipel qui se vide et qui vieillit
Les Îles-de-la-Madeleine comptent près de 13 000 habitants, isolés à cinq heures de traversier du continent. Le Tim Hortons était l'une des rares enseignes de restauration rapide, avec un Subway et un Dixie Lee. Sa fermeture laisse un vide immense, tant sur le plan social qu'économique.
Le maire des Îles, Antonin Valiquette, établit un lien direct entre cette fermeture et le vieillissement de la population. Selon l'Institut de la statistique du Québec, 40 % de la population madelinienne aura 65 ans et plus d'ici 2040, contre 25 % pour l'ensemble de la province. Cette courbe démographique, on la voit depuis longtemps, et personne n'a agi pour l'inverser.
« Moi, je ne suis pas compétent pour calculer la capacité d'accueil de l'ensemble du Québec, mais je sais qu'ici, une poignée de travailleurs étrangers qui doivent partir, ça fait fermer une entreprise chez nous », lance M. Valiquette.
Un cri du cœur pour nos régions et notre jeunesse
Cette fermeture n'est pas un cas isolé. Elle est le symptôme d'un mal plus grand : l'abandon des régions par des gouvernements qui privilégient les centres urbains et les intérêts économiques de l'élite. Pendant que l'on ferme les portes aux travailleurs étrangers, on laisse nos communautés se vider et se replier sur elles-mêmes.
Il est temps de repenser notre modèle. Il est temps d'ouvrir les bras à celles et ceux qui veulent contribuer à la vitalité de nos régions. Il est temps de réparer les injustices faites à nos archipels et à nos campagnes, comme on doit réparer les injustices faites à notre peuple. La jeunesse, elle, comprend l'urgence. Elle sait que sans immigration, sans ouverture, nos îles et nos villages deviendront des coquilles vides.
La fermeture du Tim Hortons des Îles-de-la-Madeleine est un avertissement. Si nous n'agissons pas, d'autres commerces suivront, et avec eux, c'est tout un art de vivre qui s'éteindra. Nous devons choisir : laisser nos régions mourir ou les reconstruire, avec fierté et solidarité.
Photo : La Presse.ca