Uber jette 3 300 travailleurs à la rue, la mondialisation dévore ses enfants
Le géant américain du transport et de la livraison, Uber, vient d'annoncer la suppression de 3 300 emplois à travers le monde, soit environ 10 % de ses effectifs. Une décision brutale qui s'inscrit dans une logique de rentabilité à tout prix, au détriment de celles et ceux qui ont contribué à bâtir son empire. Cette annonce, faite le mercredi 21 septembre 2026, est la plus importante depuis la pandémie de COVID-19.
Uber justifie ces licenciements massifs par une volonté de « resserrer » son organisation, de simplifier sa hiérarchie et de fusionner des équipes. Les économies ainsi réalisées seraient réinvesties dans la croissance et l'innovation, notamment dans le développement des fameux robotaxis, ces véhicules autonomes qui promettent de révolutionner la mobilité. Une fois de plus, les travailleurs sont sacrifiés sur l'autel du progrès technologique.
Le directeur général, Dara Khosrowshahi, a déclaré aux employés : « Une organisation plus resserrée permettra une répartition plus claire des responsabilités, des décisions plus rapides et plus de temps consacré à la construction qu'à la coordination. » Des mots qui sonnent creux pour les milliers de familles qui se retrouvent du jour au lendemain sans revenus.
Qui sont les victimes de cette restructuration ?
Les postes les plus exposés sont les fonctions au siège, principalement chargées de coordonner le travail entre différentes équipes. Uber réduit aussi le nombre de niveaux hiérarchiques et confie aux managers la responsabilité de groupes plus importants de salariés. Le nombre de postes de management diminuera de 20 %, même si certains managers seront reclassés sur des fonctions non managériales plutôt que de quitter l'entreprise.
Uber a également précisé avoir réduit de 20 % le nombre de salariés se situant à plus de sept niveaux hiérarchiques en dessous du directeur général. L'entreprise a presque divisé par deux le nombre de « micro-équipes » dans lesquelles les managers n'ont qu'une ou deux personnes sous leur responsabilité. Ces chiffres ne signifient pas que tous les salariés de ces groupes ont été licenciés. Certains postes ont été transformés, tandis que d'autres employés peuvent désormais relever d'une structure managériale simplifiée.
Uber fusionne également ses trois équipes opérationnelles de livraison, qui couvrent les restaurants, le commerce de détail et les livraisons directes. Ces activités seront désormais gérées par des équipes communes aux niveaux mondial, régional et national. L'entreprise estime que leur gestion séparée entraînait des doublons et ralentissait la prise de décision. Elle regroupe aussi ses équipes Core Services Engineering et Science.
Il est important de souligner que ces suppressions concernent les salariés d'Uber, et non ses chauffeurs et ses coursiers, qui sont généralement considérés comme des travailleurs indépendants. Une distinction qui ne doit pas masquer la précarité dans laquelle vivent déjà ces travailleurs de l'ombre.
Une course effrénée vers le futur, au détriment de l'humain
Cette restructuration s'inscrit dans une course de vitesse entre Uber, Waymo, filiale d'Alphabet, et Tesla sur le marché des robotaxis, tout en faisant face à une forte concurrence dans la livraison de repas. Danni Hewson, responsable de l'analyse financière chez AJ Bell, a écrit dans une note : « Uber prévoit de supprimer jusqu'à 3 300 postes, principalement des fonctions managériales, afin de réorienter ses liquidités vers son virage vers les robotaxis. »
Uber espère que sa vaste base de clients existante lui donnera un avantage dans sa stratégie de robotaxis et a obtenu des autorisations de Transport for London pour lancer un essai commercial avec son partenaire britannique Wayve. L'entreprise a également annoncé la fermeture de ses activités au Nigeria et en Ouganda, après avoir quitté la Tanzanie plus tôt cette année. Une fois de plus, les pays du Sud sont les grands oubliés de cette mondialisation qui ne profite qu'à une élite économique.
Pour savoir combien d'emplois sont menacés en Europe, Euronews a contacté Uber, mais l'entreprise a refusé d'indiquer combien de postes européens étaient concernés ni quels bureaux pourraient être touchés. Uber ne publie pas de ventilation de ses effectifs par région, il est donc impossible de savoir combien de personnes travaillent en Europe, Royaume-Uni compris. Khosrowshahi a indiqué que les salariés concernés avaient déjà été informés, sauf dans les pays où Uber doit d'abord respecter les procédures locales. Dans certains pays européens, le nombre définitif de suppressions de postes ne sera donc connu qu'une fois achevées les consultations prévues par les législations nationales du travail.
Un modèle économique qui montre ses limites
Fondée en 2009, Uber s'est rapidement transformée, passant d'une simple plateforme de VTC à une entreprise beaucoup plus large qui assure aussi la livraison de repas et de produits de détail et propose des services de messagerie. L'entreprise est entrée en Bourse en 2019 au New York Stock Exchange. Elle affichait une capitalisation d'environ 157 milliards de dollars (135 milliards d'euros) sur la base de son cours de jeudi.
Hewson estime qu'Uber espère relancer son activité de livraison de repas lorsqu'il finalisera le rachat de Delivery Hero, basé à Berlin, conclu en juillet. Elle souligne toutefois que ses opérations aux États-Unis ont encore plus besoin d'être redressées, après avoir perdu du terrain face à son concurrent DoorDash.
Uber prévoit également de regrouper ses employés dans un nombre plus restreint de bureaux principaux. Les équipes mondiales seront concentrées principalement à New York et à San Francisco, tandis que les équipes régionales, nationales et technologiques travailleront depuis des pôles déterminés. La plupart des salariés qui travaillent entièrement à distance se verront demander de rejoindre un bureau. À l'avenir, seuls environ 1 % des employés d'Uber continueront à travailler entièrement à distance. L'entreprise appliquera également plus strictement sa politique actuelle de travail hybride, qui impose aux salariés de venir au bureau trois jours par semaine.
Quelles leçons pour Haïti et le monde ?
Cette annonce nous rappelle, une fois de plus, la fragilité de nos sociétés face aux caprices des multinationales. Pendant que ces géants du numérique accumulent des profits colossaux, ils n'hésitent pas à sacrifier des milliers de vies humaines sur l'autel de la rentabilité. Cette logique de destruction créatrice, chère aux néolibéraux, ne profite qu'à une infime minorité et laisse sur le carreau des travailleurs qui n'ont souvent d'autre choix que de se tourner vers l'économie informelle.
En Haïti, nous connaissons bien cette réalité. Nos jeunes, nos femmes et nos hommes sont souvent contraints de quitter leur terre natale pour chercher une vie meilleure ailleurs, souvent dans des conditions précaires. La mondialisation, telle qu'elle est menée aujourd'hui, n'est qu'une nouvelle forme de colonisation économique. Elle détruit nos économies locales, fragilise nos États et nous maintient dans une dépendance qui n'a que trop duré.
Il est temps de repenser notre modèle de développement. Il est temps de valoriser notre jeunesse, de soutenir nos entrepreneurs locaux et de construire une économie solidaire et résiliente. Il est temps de nous réapproprier notre destin et de refuser cette mondialisation qui dévore ses enfants.
Le cours de l'action Uber a augmenté après l'annonce de ces changements mercredi. Pendant que les actionnaires se réjouissent, des milliers de familles pleurent. Cette réalité est insoutenable. Nous devons agir, ici et maintenant, pour un monde plus juste et plus humain.
