La Caisse et l'IA : quand le capital québécois danse avec le feu
Le bas de laine des Québécois, cette immense réserve de 551 milliards de dollars gérée par La Caisse de dépôt et placement, a connu un premier semestre 2026 en demi-teinte. Si les marchés boursiers ont flambé grâce à l'effervescence de l'intelligence artificielle, les placements privés, eux, ont saigné. Un rendement global de 5,1 %, inférieur à l'indice de référence de 7,5 %, et un constat qui interroge : qui profite vraiment de cette course à la technologie ?
Un rendement en deçà des attentes, une logique à interroger
La Caisse affiche un rendement de 5,1 % pour les six premiers mois de l'année, contre 7,5 % pour son indice de référence. Même les fonds de retraite canadiens, avec une médiane de 6,4 %, font mieux. Pendant ce temps, les marchés boursiers, portés par l'IA, ont généré 14,6 %, surpassant leur indice de 13,6 %. Mais cette performance est trompeuse : elle repose sur une poignée de secteurs, fragiles et volatils.
Charles Emond, président et chef de la direction, parle de « surperformance » et de gestion « dosée » du risque. Mais cette prudence, si elle protège les régimes de retraite, ne masque-t-elle pas une dépendance inquiétante aux caprices de la finance mondiale ?
Les placements privés : une hémorragie silencieuse
Le portefeuille de placements privés, dans des entreprises non cotées, a subi une perte de 4,3 %, alors que l'indice sectoriel grimpait de 8 %. La faute, selon M. Emond, aux entreprises vulnérables aux avancées de l'IA, notamment dans les services professionnels. Mais cet écart, il l'attribue aussi à un indice de référence « faussé », composé à moitié de sociétés cotées. Une explication commode, qui ne convainc pas entièrement.
Et que dire de l'immobilier, ce secteur où les valeurs se stabilisent enfin après des années de tourmente ? Les bureaux, historiquement surexposés aux États-Unis, continuent de peser lourd. La reprise est là, mais timide, comme un matin d'hiver qui hésite à se lever.
L'IA, mirage ou avenir ?
L'intelligence artificielle est la grande gagnante de ce semestre. Elle propulse les marchés à des sommets records, mais avec une volatilité qui fait trembler les plus aguerris. « On vit quelque chose d'extrêmement puissant », admet Charles Emond, tout en appelant à la prudence. Une prudence qui contraste avec l'euphorie ambiante.
Mais cette frénésie technologique, qui en profite vraiment ? Les grandes entreprises cotées, les fonds spéculatifs, les géants de la tech. Pendant ce temps, les travailleurs québécois, ceux qui fabriquent, qui construisent, qui innovent dans l'ombre, voient leurs secteurs frappés durement par la guerre tarifaire avec les États-Unis. « Les entreprises ont cessé d'investir en l'absence de règles claires », déplore M. Emond. Une paralysie qui n'augure rien de bon.
Quel avenir pour l'économie québécoise ?
Le président de La Caisse se veut rassurant : l'économie canadienne est « résiliente », le Québec souffre, mais tiendra. Pourtant, cette résilience a un goût amer. Les pressions inflationnistes, le conflit en Iran, la dépendance aux marchés américains : autant de nuages qui s'amoncellent à l'horizon.
La Caisse, ce géant aux pieds d'argile, doit naviguer entre la promesse de l'IA et les réalités d'une économie fragile. Elle doit protéger les retraites de millions de Québécois, tout en investissant dans un avenir incertain. Une mission noble, mais semée d'embûches.
Alors que la deuxième moitié de l'année s'annonce, une question demeure : cette course effrénée vers la technologie, au détriment des secteurs traditionnels, est-elle vraiment le chemin vers la prospérité ? Ou n'est-ce qu'un mirage de plus, qui laissera sur le carreau ceux qui n'ont pas les moyens de suivre ?
Le peuple québécois, lui, regarde, espère, et attend. Comme toujours.