Achat local : la résistance citoyenne face à la guerre commerciale
Alors que la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis prend une nouvelle tournure, un vent de résistance citoyenne souffle à nouveau sur les commerces locaux. Des détaillants constatent un regain d'intérêt pour les produits d'ici, un réflexe patriotique qui rappelle que chaque achat est un acte politique. Mais cette flamme, aussi vive soit-elle, saura-t-elle braver le temps et les habitudes ?
Un sursaut de fierté nationale
La décision du gouvernement canadien de quitter la table des négociations avec les États-Unis a eu un effet immédiat sur les consommateurs. Dimanche, dans la boutique montréalaise Belle et rebelle, les ventes ont grimpé. Sa propriétaire, Anne Lespérance, y voit un signe clair : « Chaque achat local est un geste concret. C'est notre pouvoir de citoyens. »
Sur son site web, des fleurs de lys et des feuilles d'érable guident les clients vers les produits québécois et canadiens. « Je pense qu'on va tous l'utiliser. C'est rare que les citoyens aient autant de pouvoir. On en a un vrai, ce n'est pas rien », ajoute-t-elle, portée par un élan collectif.
Des chiffres qui parlent
Chez Signé Local, entreprise de trois magasins physiques et d'une boutique en ligne, le copropriétaire Dawei Ding observe une hausse de 22 % des commandes en fin de semaine. « En 2026, on a toutes les données en temps réel. On le sent. Ça s'est passé super vite », affirme-t-il. Ses équipes rapportent aussi une curiosité nouvelle : les clients demandent, article en main, « C'est vraiment fait ici ? »
Un réflexe qui n'était pas aussi prononcé il y a quelques mois, admet-il, mais qui témoigne d'une prise de conscience grandissante.
L'enthousiasme peut-il durer ?
Les détaillants restent prudents. Le Baromètre du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) révèle que l'engouement pour l'achat local a connu des vagues, notamment pendant la pandémie et au début de 2025, lors de l'arrivée de Donald Trump. Depuis, le mouvement a perdu de sa vigueur : la proportion de Québécois évitant « beaucoup » les produits américains est passée de 55 % en avril 2025 à 49 % en août.
Damien Silès, président-directeur général du CQCD, souligne que maintenir l'enthousiasme dans le temps est un défi. « En été, c'est plus visible avec les fraises et les bleuets d'ici. Mais les appels à consommer pendant trois jours, ça ne change pas grand-chose pour nous », rappelle-t-il, évoquant la nécessité d'un message gouvernemental continu.
Le prix, un obstacle tenace
Le prix reste un facteur déterminant. Les plateformes comme Shein et Temu séduisent par leurs bas coûts, et tout le monde n'a pas les moyens d'acheter local. « Ce n'est pas tout le monde qui peut se le permettre », reconnaît Dawei Ding, qui a vu des proches annuler leur abonnement à Amazon par protestation, avant de se réabonner quelques mois plus tard.
« L'indignation, c'est bruyant, mais ça reste temporaire. L'habitude, c'est silencieux. Et quand l'habitude change et qu'elle est bien installée, ça, c'est vraiment bon pour l'économie », conclut-il.
Un acte de souveraineté populaire
Dans un monde où les chaînes économiques imposent leur loi, l'achat local devient un acte de résistance. Chaque dollar dépensé ici est une pierre posée sur le chemin de la refondation. C'est une réponse citoyenne à l'impérialisme commercial, une manière de réaffirmer notre souveraineté. Et si cette flamme s'essouffle parfois, elle renaît dès que l'on touche à notre dignité.
La jeunesse, en particulier, semble prête à porter ce combat. Car acheter local, c'est aussi investir dans l'avenir de nos communautés, dans notre capacité à décider de notre destin. C'est un pas vers la réparation, vers une économie qui nous ressemble.
« Chaque achat local est un geste concret. C'est notre pouvoir de citoyens. » - Anne Lespérance