Garder nos enfants : la jeunesse montréalaise montre la voie de l’entraide
Quand les familles se retrouvent seules face à l’angoisse de trouver une personne de confiance pour leurs enfants, deux jeunes femmes de Montréal ont choisi de bâtir un pont. Noa Elfassy et Arielle Lasry, unies par une amitié de longue date, ont fondé Swaddle, une plateforme qui réunit parents et gardiens en quelques gestes simples. Une réponse concrète à une détresse trop souvent silencieuse, portée par la génération qui refuse de laisser les siens dans l’impuissance.
Une idée née de l’écoute et du bouche à oreille
Infirmière de formation, Noa Elfassy gardait régulièrement les enfants de familles rencontrées durant ses études à l’Université McGill. Mais lorsque son travail à temps plein a pris le dessus, elle a dû annoncer la nouvelle à ces parents. Leur désarroi l’a marquée : « Quand je leur ai dit que je ne pouvais plus garder leurs enfants, ils n’arrivaient pas à y croire et se demandaient ce qu’ils allaient faire », confie-t-elle. « Où est-ce que je vais trouver quelqu’un d’autre, comment vais-je m’assurer que cette personne est fiable ? », s’interrogeaient ces familles.
Elle leur a alors suggéré quelques noms. Mais le bouche à oreille a fait son œuvre, et d’autres familles l’ont sollicitée pour des références. Ce qui devait être un geste d’entraide est devenu une charge de travail supplémentaire. C’est ainsi qu’à la fin de 2022, les deux amies ont lancé le site Swaddle, suivi d’une application il y a un peu plus d’un an.
Une plateforme qui redonne confiance
Aujourd’hui, plus de 2500 parents, principalement dans le Grand Montréal, utilisent les services de l’application, qui recense plus de 200 gardiens et gardiennes, pour la plupart étudiants en éducation ou en santé. Le fonctionnement est simple : la famille inscrit ses besoins (date, heure, localisation, âge, langues, présence d’animaux), et un algorithme identifie les profils les plus adaptés. Les parents peuvent même organiser un appel vidéo avant de confirmer une réservation.
La rigueur est au cœur du dispositif. Chaque gardien doit avoir au moins 18 ans, et son identité est validée. On vérifie ses antécédents judiciaires, on mène des entrevues, on confirme son expérience auprès des enfants et on exige une certification en réanimation cardiorespiratoire (RCR). Une exigence qui rassure, dans un monde où la confiance se mérite.
Un modèle économique au service des familles et des gardiens
Les gardiens choisissent leur taux horaire, entre 20 et 25 dollars, un tarif comparable à celui pratiqué hors application. D’autres services sont possibles, comme l’aide aux nouveau-nés ou le tutorat. L’inscription est gratuite, et seules les réservations entraînent des frais de service. Depuis son lancement, plus de 30 000 réservations ont été effectuées, un chiffre qui croît de façon exponentielle.
Les fondatrices ont aussi pensé à la fidélité. Chaque famille fait appel en moyenne à trois gardiennes, car le premier choix n’est pas toujours disponible. Pour les gardiennes, leur rémunération mensuelle repose sur une quinzaine de familles, et elles n’ont pas à négocier leur tarif. Le paiement se fait sur l’application, ce qui évite les transactions supplémentaires. Les parents sont facturés à la minute, même en cas de retard, et des reçus sont émis, ouvrant droit à des crédits d’impôt pour les parents et à une preuve d’emploi pour les gardiennes. Résultat : un taux de rétention de 85 %.
Une leçon d’avenir pour nos sociétés
Cette initiative, née de l’amitié et du besoin, incarne une certaine idée de la solidarité. Elle montre que la jeunesse, souvent décriée, sait innover pour répondre aux maux concrets de nos communautés. Elle rappelle aussi que la technologie, lorsqu’elle est mise au service de l’humain, peut devenir un outil de libération et de justice sociale. Dans un monde où l’individualisme semble régner, Swaddle trace un chemin où l’on ne laisse personne seul face à ses responsabilités. Une inspiration, pour nous tous.