Patrick Bruel annule sa tournée : une victime belge pousse un soupir de soulagement
L'annonce est tombée comme une délivrance. Patrick Bruel renonce à sa tournée de 35 concerts, et pour Karine Viseur, cette femme belge qui accuse le chanteur d'une tentative de viol en 2010, c'est « un soulagement, évidemment ». Une décision qu'elle jugeait indispensable, pour que la parole se libère enfin, et que d'autres victimes ne s'ajoutent pas à une liste déjà trop longue.
Une décision attendue, un fardeau qui s'allège
Karine Viseur, 55 ans, s'est exprimée vendredi depuis un hôtel de Nivelles, au sud de Bruxelles, entourée des médias qu'elle a elle-même convoqués. Pour elle, l'annulation de la tournée, annoncée mardi par l'artiste, n'est pas une simple concession : c'est une obligation morale. « De potentielles victimes auraient pu s'ajouter à la trop longue liste qui existe maintenant », a-t-elle confié à l'AFP.
Depuis les premières révélations du site Mediapart en mars, des dizaines de femmes ont accusé le chanteur d'agressions sexuelles. Des voix politiques, des élus et des associations féministes réclamaient haut et fort qu'il renonce à monter sur scène. Karine Viseur est l'une de ces femmes. Son dossier fait partie des quatre pour lesquels Patrick Bruel a été mis en examen en juin par un juge de Nanterre.
Le récit d'une journée qui a basculé
Au printemps 2010, Karine Viseur accompagne Patrick Bruel lors d'une journée de promotion du film « Comme les cinq doigts de la main » à Bruxelles. Elle est attachée de presse. Dès la rencontre, le ton est donné, se souvient-elle. « Des mots lourds, une drague gênante, une main dans le dos, sur la taille, il me frotte la main, m'embrasse le cou, me prend dans les bras en permanence au long de la journée ».
Puis vient l'agression, dans des toilettes de la RTBF, la radio-télévision publique belge, juste avant une interview du chanteur au journal télévisé. « Il n'y avait aucune retenue de sa part, le non a été dit plus d'une fois, les gestes de recul ». Elle le repousse, parvient à se libérer et sort. Lui, « fait volte-face et rentre au JT comme si de rien n'était ».
Seize ans de silence, puis la libération
Pendant seize ans, Karine Viseur a porté ce « fardeau » en silence. C'est l'enquête de Mediapart qui l'a convaincue de porter plainte à son tour, en mars, en Belgique. Une manière, dit-elle, de « déposer une partie du fardeau » et d'« entamer la guérison ». Sa plainte pour tentative de viol a été versée à l'instruction menée en France.
Dans son message sur Instagram, Patrick Bruel justifie l'annulation de sa tournée par un souci d'« apaisement », mais affirme vouloir continuer à se « battre » pour prouver son innocence. Il conteste les faits, y compris ceux qui visent Karine Viseur. Elle, en retour, se dit déterminée à « faire savoir la vérité » et à « aider d'autres femmes à s'exprimer ». « Un visage libère la parole d'autres femmes », insiste-t-elle.
Une justice encore trop clémente ?
Mi-septembre, la justice française doit se prononcer sur les conditions du contrôle judiciaire du chanteur, jugé trop clément par plusieurs parties. Karine Viseur a été surprise de constater qu'il pouvait voyager à l'étranger. « Les victimes ont été mises devant le fait accompli, on ne nous a pas mises au courant ? C'est irrespectueux », déplore-t-elle.
Cette affaire, qui ébranle une icône des années 1990, révèle une vérité plus large : celle d'une société qui commence à peine à écouter la parole des femmes. Pour Karine Viseur, la route est encore longue, mais chaque pas compte. Et l'annulation de cette tournée est un pas de plus vers la justice et la réparation.