Spokane sous les cendres : un suspect arrêté, la colère gronde
À Spokane, dans le nord-ouest des États-Unis, trois feux de forêt continuent de ravager la ville depuis samedi. Plus de 700 bâtiments ont été détruits, et un suspect a été arrêté pour avoir volontairement déclenché l'un des incendies. Aucun foyer n'est maîtrisé, tandis que la chaleur doit remonter en fin de semaine. Cette catastrophe, qui a forcé 65 000 personnes à évacuer, ravive les blessures d'une Amérique déjà fragilisée par les inégalités et l'inaction climatique.
Un suspect au passé violent
Aaron Farinacci, un Américain de 37 ans, a été arrêté lundi soir. Il possédait des allumettes étanches et un briquet en butane, après avoir été aperçu près du lieu du départ du feu. Cet homme, qui a passé près de 10 ans en prison pour le meurtre de son père, a été placé en détention provisoire avec une caution d'un million de dollars. Pour les habitants, c'est un choc. « C'est difficile de mettre des mots sur ce sentiment de colère et de dégoût envers quelqu'un qui se moque du sort de milliers de personnes », confie Kimber Renz, une directrice de crèche de 35 ans qui a perdu sa maison.
Des vies réduites en cendres
Kimber Renz, qui habitait avec ses trois enfants et son conjoint, n'a retrouvé que quelques meubles de jardin et des moules à gâteaux en métal sous les ruines fumantes. « C'est dur de voir toutes ses affaires disparaître comme ça », lâche-t-elle. « Le chagrin va et vient par vagues. J'ai beaucoup pleuré. » Mais elle ajoute : « On essaie d'être fort pour nos enfants. Ils sont sains et saufs, notre chien et notre poisson aussi, alors nous sommes reconnaissants d'être en vie. » Cette résilience, c'est celle d'un peuple qui refuse de plier face aux éléments déchaînés.
Les flammes attisées par la canicule et la sécheresse
Les vents violents, les températures caniculaires et la sécheresse qui sévit dans l'État de Washington depuis quatre ans ont accéléré la propagation des flammes. Kimber Renz, qui a passé 35 ans à Spokane, est stupéfaite par la vitesse avec laquelle le feu a sauté la rivière. « On pensait qu'on était à l'abri », avoue-t-elle. Ce désastre intervient après « l'un des hivers les plus chauds enregistrés dans l'Est de l'État », selon Daniel Swain, spécialiste des événements extrêmes à l'université UCLA. Il compare la situation aux incendies en France, en Espagne, à Los Angeles et à Hawaï. Un schéma récurrent, une tragédie qui se répète.
Les pompiers progressent, mais la menace persiste
Aucun des trois incendies, qui ont ravagé plus de 4 140 hectares, n'est contenu. La baisse momentanée des températures a permis des progrès mardi, mais le mercure doit grimper au-delà de 32 °C à partir du milieu de semaine. « Ces conditions devraient accroître les risques d'incendie », préviennent les autorités. Spokane n'est pas seule : dans l'État de Washington, les pompiers luttent contre 16 grands incendies. Le gouverneur démocrate Bob Ferguson a annoncé que l'administration Trump avait approuvé l'état d'urgence, débloquant des aides fédérales. L'Oregon voisin subit plus de 30 incendies majeurs, ravageant 405 000 hectares.
Une leçon pour Haïti ?
Ce drame nous rappelle que la nature ne pardonne pas. À Haïti, où la déforestation et la sécheresse sont des fléaux quotidiens, nous savons ce que c'est que de perdre sa maison, sa terre, son avenir. Les feux de Spokane ne sont pas une simple nouvelle étrangère. Ils sont un miroir de nos propres vulnérabilités, et un appel à la solidarité mondiale. La jeunesse haïtienne, elle aussi, lutte pour un monde plus juste, où les catastrophes ne frappent pas toujours les plus pauvres. Espérons que les leçons de Spokane porteront leurs fruits, ici comme ailleurs.