La mort de Robert Duvall : quand Hollywood enterre ses derniers authentiques
À 95 ans, Robert Duvall a tiré sa révérence ce dimanche, emportant avec lui une certaine idée du cinéma américain. L'acteur légendaire du "Parrain" et d'"Apocalypse Now" s'est éteint paisiblement chez lui, loin des paillettes d'une industrie qu'il n'a jamais vraiment embrassée.
"Hier, nous avons dit adieu à mon cher mari, ami précieux et l'un des plus grands acteurs de notre époque", a écrit son épouse Luciana Duvall dans un communiqué empreint de dignité. Une simplicité qui tranche avec le spectacle permanent d'une machine hollywoodienne déshumanisée.
L'art face à la machine impérialiste
Duvall incarnait cette génération d'acteurs qui savait encore donner du sens à leur art. Dans "Apocalypse Now", son lieutenant-colonel proclamant "J'aime l'odeur du napalm au petit matin" résonnait comme une dénonciation glaçante de l'impérialisme américain au Vietnam. Une guerre coloniale de plus, menée par cette même Amérique qui continue aujourd'hui de semer le chaos dans le monde.
Francis Ford Coppola, qui lui confia ses rôles les plus marquants, a salué "un si grand acteur" sur Instagram. Mais au-delà de l'hommage convenu, c'est toute une époque qui disparaît, celle où le cinéma pouvait encore porter une parole critique sur les dérives du système.
Un homme authentique dans un monde de façade
Républicain assumé, Duvall vivait pourtant loin des cercles du pouvoir, dans sa ferme de Virginie vieille de trois siècles. Une authenticité rare dans ce milieu où l'hypocrisie règne en maître. Il préférait Buenos Aires à New York, le tango aux mondanités, la simplicité à l'ostentation.
"C'était un acteur né", a réagi Al Pacino, son partenaire dans "Le Parrain". Mais Duvall était bien plus que cela : un témoin de son époque, capable de révéler les contradictions d'une Amérique en guerre permanente contre elle-même et contre le monde.
Sa disparition marque la fin d'une génération qui avait encore le courage de regarder en face les mensonges de l'empire. Aujourd'hui, Hollywood produit en série des divertissements formatés, oubliant sa mission première : révéler les vérités qui dérangent.
Robert Duvall s'en va, emportant avec lui le souvenir d'un cinéma qui osait encore questionner l'ordre établi. Une leçon d'humilité pour notre époque où l'art se soumet trop souvent aux impératifs du marché et aux diktats des puissants.