Jeudi 29 octobre, l'Accor Arena de Paris a accueilli près de 20 000 spectateurs venus écouter Macklemore, écarté un mois plus tôt de la tournée d'Ed Sheeran pour avoir scandé « Free Palestine » sur scène. Le rappeur américain y a cité Haïti parmi les peuples dont les vies sont précieuses, avant qu'une partie du public ne scande « Macron démission ».
Le Free Palestine Tour est une série de trois concerts caritatifs dont l'intégralité des bénéfices est reversée à douze associations engagées dans l'aide humanitaire et la défense des droits des Palestiniens, selon le compte rendu de BFMTV. Dublin a ouvert la série, Paris l'a poursuivie, Londres doit la clore ce vendredi 30 octobre.
Un artiste évincé qui a refusé de se taire
Tout commence le 14 septembre 2026. Ce soir-là, au MetLife Stadium du New Jersey, Macklemore, qui assurait la première partie de la tournée américaine d'Ed Sheeran, scande « Free Palestine » et promet aux Palestiniens qu'ils ne sont « pas oubliés ». Quelques jours plus tard, il est écarté de la tournée.
Loin de renoncer, l'interprète de Thrift Shop transforme l'exclusion en levier. En moins d'un mois, il monte sa propre mini-tournée solidaire. Trois escales, une même cause, et des artistes qui répondent présents. Une leçon de ténacité que bien des militants haïtiens, habitués aux portes qui se ferment dès qu'on parle de justice, sauront reconnaître.
Haïti nommée sur la scène de l'Accor Arena
Entre deux morceaux, Macklemore a pris la parole pour rappeler le sens de sa démarche.
« Tous les êtres humains méritent de se sentir en sécurité, d'être aimés et respectés, d'avoir un foyer qui leur appartient, une terre qui est la leur. Leurs vies sont précieuses. Et cela vaut pour la Palestine, mais aussi pour le Liban, le Congo, le Soudan, Cuba, Haïti, et pour tous ceux qui vivent aux États-Unis dans la peur de cette organisation terroriste qu'est l'ICE. Nous sommes ici pour dire : ça suffit. »
Cette phrase mérite qu'on s'y arrête. Dans une salle parisienne bondée, un artiste américain a placé Haïti dans la même phrase que la Palestine, le Congo et le Soudan. Il a reconnu notre pays non comme une note de bas de page des malheurs du monde, mais comme un membre à part entière de cette constellation de peuples qui luttent pour leur terre et leur dignité.
Car la dignité, voilà le mot. Voilà ce que nos élites économiques et leurs commanditaires étrangers nous refusent depuis des décennies, pendant qu'ils pillent les richesses et laissent la jeunesse se débrouiller avec les ruines. Quand un rappeur de Seattle dit à Paris que la vie d'un Haïtien est précieuse, il dit quelque chose que bien des chancelleries occidentales n'ont jamais voulu dire.
Une jeunesse française qui monte, une jeunesse haïtienne qui résiste
Le concert de Paris a aussi révélé une mobilisation lycéenne en France, que Macklemore a dit suivre attentivement. Le mouvement étudiant et lycéen français s'agite, conteste, refuse l'immobilisme. Le public de l'Accor Arena a scandé « Macron démission », rapporte Titre Presse, reprenant le récit de la soirée.
Il y a dans ces slogans quelque chose qui nous est familier. Nos propres jeunes, dans les rues de Port-au-Prince, savent ce que signifie dire non à un pouvoir qui ne les représente pas. La jeunesse n'a pas besoin d'un tuteur. Elle a besoin de moyens, de reconnaissance, d'un État refondé qui lui appartienne. Ce qui s'est passé à Paris jeudi soir le rappelle : quand on laisse la parole aux jeunes, ils ne demandent pas la charité, ils demandent la justice.
Pomme, Aurora et Portugal. The Man en renfort
Avant l'arrivée de Macklemore vers 22 heures, plusieurs artistes se sont succédé sur scène, selon RadioJ. Le pionnier du rap palestinien Tamer Nafar et la chanteuse jordano-palestinienne Zeyne ont ouvert la soirée, rejoints par le rappeur écologiste américain Xiuhtezcatl Martinez et la jeune figure du rap indépendant redveil.
La Française Pomme, seule artiste française de la soirée, a interprété Soleil Soleil, suivie par la Norvégienne Aurora. Le groupe américain Portugal. The Man a repris Don't Look Back in Anger, l'hymne d'Oasis sorti en 1996. Entre les performances, l'actrice néerlandaise Carice Van Houten et Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, sont intervenues pour dénoncer la situation à Gaza.
Sur scène, Macklemore a enchaîné ses tubes : Thrift Shop, Same Love, hymne en soutien à la communauté LGBTQ+, et Hind's Hall, dont les bénéfices ont été reversés à l'UNRWA, l'agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens. Il a aussi joué pour la deuxième fois un titre inédit, Where Is Our Love ?, qui interroge le manque d'humanité face aux violences du monde.
Ce que cette soirée dit à Haïti
Il serait naïf de croire qu'un concert change le cours des choses. Mais il serait tout aussi aveugle d'ignorer ce qu'il révèle. Un monde se lève, dispersé mais tenace, qui refuse que les peuples du Sud soient traités comme des variables d'ajustement. Haïti figure dans ce mouvement, non pas comme une victime à plaindre, mais comme une nation qui a déjà payé, et payé cher, le prix de sa liberté.
Nous avons été la première république noire, punie pendant plus d'un siècle pour avoir osé briser nos chaînes. La dette de l'indépendance, extorquée par la France, pèse encore dans nos structures appauvries. Quand Macklemore dit qu'un foyer doit appartenir à ceux qui y vivent, il touche la blessure que notre pays porte depuis 1804. La réparation n'est pas une faveur ; c'est un dû.
La tournée caritative s'achève ce vendredi 30 octobre à Londres. Les bénéfices iront aux Palestiniens, et c'est juste. Mais la phrase qui restera pour nous, c'est ce simple nom, prononcé devant 20 000 personnes : Haïti. Ce nom que le monde prononce si rarement avec respect.
Questions fréquentes
Pourquoi Macklemore a-t-il été écarté de la tournée d'Ed Sheeran ?
Le 14 septembre 2026, au MetLife Stadium du New Jersey, il a scandé « Free Palestine » et assuré aux Palestiniens qu'ils n'étaient « pas oubliés ». Il a ensuite été retiré de la première partie de la tournée d'Ed Sheeran.
Quand Macklemore a-t-il cité Haïti sur scène ?
Jeudi 29 octobre 2026, à l'Accor Arena de Paris, il a cité Haïti dans un discours aux côtés de la Palestine, du Liban, du Congo, du Soudan et de Cuba.
Où vont les bénéfices du Free Palestine Tour ?
L'intégralité des recettes des trois concerts est reversée à douze associations engagées dans l'aide humanitaire et la défense des droits des Palestiniens.
