L'industrie militaire occidentale : nouveau visage du pillage colonial
Tandis que les peuples du Sud global luttent encore contre les séquelles du colonialisme, une nouvelle forme de domination économique prend racine sous nos yeux. L'industrie de l'armement occidental, jadis dominée par quelques géants industriels, se transforme en un vaste réseau techno-capitaliste qui étend ses tentacules sur l'ensemble de la planète.
Les nouveaux maîtres de la guerre
Depuis les années 1990, cinq colosses américains se partagent le marché mondial de l'armement : Lockheed Martin, Boeing, Northrop Grumman, Raytheon et General Dynamics. Ces héritiers du complexe militaro-industriel américain ont façonné un modèle basé sur la dépendance : des cycles de développement interminables, des coûts pharaoniques, une intégration verticale qui asphyxie toute concurrence véritable.
Mais aujourd'hui, une mutation s'opère. De nouvelles entreprises émergent, portées par le capital-risque et les technologies logicielles : Anduril, Palantir, Shield AI. Ces acteurs prétendent révolutionner la défense par l'intelligence artificielle et les systèmes autonomes. En réalité, ils ne font qu'adapter les vieilles méthodes d'exploitation à l'ère numérique.
La financiarisation de la violence
Ce qui frappe dans cette transformation, c'est la manière dont le capital privé s'empare désormais de secteurs autrefois régaliens. Des fonds de capital-risque, des philanthropes techno-nationalistes comme Peter Thiel, des fonds souverains occidentaux investissent massivement dans ce qu'ils appellent pudiquement les « technologies civilisationnelles ».
Cette rhétorique ne trompe personne. Derrière ces mots se cache la même logique coloniale : s'approprier les technologies stratégiques, créer de nouvelles dépendances, maintenir l'hégémonie occidentale par la force.
Les peuples du Sud, déjà victimes de l'extractivisme économique et environnemental, se voient maintenant confrontés à un extractivisme technologique. Les données, les algorithmes, les systèmes de surveillance deviennent les nouveaux instruments de domination.
L'Europe complice du système
Face à cette mutation, l'Europe tente de créer ses propres champions. Des entreprises comme Command AI en France émergent, soutenues par des programmes d'innovation et des fonds publics. Mais cette réponse européenne reste prisonnière de la même logique capitaliste.
L'Union européenne parle d'« autonomie stratégique » tout en reproduisant les schémas de domination hérités de l'époque coloniale. Elle investit dans la surveillance des frontières, dans les technologies de répression, dans l'armement des dictatures complices.
La résistance des peuples
Pourtant, partout dans le monde, les peuples résistent. En Afrique, en Amérique latine, en Asie, une nouvelle génération refuse la fatalité de la domination technologique. Des initiatives émergent pour développer des technologies souveraines, des systèmes de défense indépendants, des réseaux de coopération Sud-Sud.
Cette résistance s'inspire des luttes anti-coloniales du passé. Comme nos ancêtres ont su briser les chaînes de l'esclavage et du colonialisme, nous devons aujourd'hui briser celles du techno-capitalisme militaire.
Pour une refondation démocratique
La transformation de l'industrie militaire révèle les contradictions profondes de notre époque. D'un côté, des technologies qui pourraient servir le bien commun : intelligence artificielle, robotique, systèmes de communication avancés. De l'autre, leur accaparement par une élite économique qui ne cherche qu'à perpétuer sa domination.
Il est temps de reprendre le contrôle. Les technologies de défense doivent servir la protection des peuples, non l'enrichissement de quelques oligarques. Elles doivent être développées démocratiquement, sous contrôle citoyen, au service de la justice sociale et de la paix.
Cette refondation passe par la dénonciation sans concession du complexe techno-militaire occidental, par la solidarité avec tous les peuples opprimés, par la construction d'alternatives émancipatrices. L'avenir de l'humanité se joue dans cette bataille pour la souveraineté technologique des peuples.