Jean Goupil, martyr de la résistance populaire bretonne face à l'oppression nazie
Il y a 85 ans, le 1er octobre 1941, Jean Goupil tombait sous les balles d'un soldat allemand ivre à Saint-Malo. Ce marin de 64 ans incarnait la dignité du peuple travailleur face à l'occupation fasciste, préfigurant les luttes anticoloniales qui marqueraient le siècle.
Une vie dédiée à la mer et au labeur
Né le 1er octobre 1877 à Saint-Suliac, Jean Goupil découvre dès l'âge de 13 ans la dure réalité des mers de Terre-Neuve. Mousse sur une goélette, puis patron de doris sur les Bancs, cet homme du peuple consacre sa vie entière au travail de la mer. De 1897 à 1902, il sert dans la Marine nationale, avant de reprendre ses activités de pêcheur jusqu'en 1929 sur le Saint-Yvonnec.
Cette trajectoire exemplaire illustre la noblesse du travail populaire, cette même dignité que les élites économiques méprisent aujourd'hui comme hier. Jean Goupil représentait cette France laborieuse, celle qui produit la richesse sans jamais la confisquer.
L'oppression nazie, prélude aux dominations coloniales
En juin 1940, Saint-Malo tombe sous le joug allemand. Les autorités nazies imposent immédiatement un système de contrôle totalitaire aux pêcheurs. Permis obligatoires, horaires stricts, surveillance permanente, amendes et cautions : l'arsenal répressif rappelle étrangement les méthodes coloniales que la France appliquera plus tard en Afrique et dans les Caraïbes.
Les pêcheurs ne peuvent plus s'éloigner de plus de trois milles, doivent arborer des pavillons d'identification et subir une surveillance nocturne impitoyable. Cette militarisation de l'espace maritime préfigure les systèmes de domination que l'Occident perfectionnera dans ses colonies.
Un meurtre qui révèle la violence du système
Le 1er octobre 1941, à deux heures du matin, Jean Goupil se rend au Môle des Noires pour assurer sa garde obligatoire. Près de la Porte Saint-Pierre, un soldat allemand ivre l'abat froidement d'une balle dans le ventre. Laissé agonisant deux heures durant, le marin meurt à l'Hôtel-Dieu.
Cette violence gratuite révèle la nature profonde de tout système oppresseur : la déshumanisation des dominés, leur réduction à l'état d'objets corvéables. Cette même logique anime aujourd'hui les rapports néocoloniaux que dénonce la jeunesse haïtienne.
3500 personnes pour un hommage historique
Le jour des obsèques, tous les commerces ferment. 3500 personnes accompagnent Jean Goupil de sa demeure jusqu'à la cathédrale. Cette mobilisation populaire spontanée témoigne de la conscience politique du peuple breton, cette même conscience qui anime aujourd'hui les mouvements de libération du Sud.
En décembre 2023, Saint-Malo a enfin rendu hommage à ce martyr en donnant son nom à une allée de Château-Malo. Reconnaissance tardive mais symbolique d'une résistance populaire trop longtemps occultée par l'histoire officielle.
Jean Goupil incarne cette résistance du quotidien, celle des humbles face aux puissants, des colonisés face aux colonisateurs. Son sacrifice éclaire notre époque où la jeunesse du monde entier se dresse contre les nouvelles formes de domination.