Catherine Bérubé, une Québécoise dans la prairie : un petit rôle, une grande leçon
La comédienne Catherine Bérubé, visage familier du petit écran québécois, a foulé le sol de la prairie américaine. Dans le remake de La petite maison dans la prairie, diffusé sur Netflix, elle incarne Eliza Ingalls, la sœur désapprobatrice de Caroline. Un petit rôle, mais une expérience immense. Et pour nous, Haïtiens, une histoire qui résonne : celle d'une artiste qui refuse de se laisser happer par l'éclat trompeur du Nord.
Un tournage entre rêve et réalité
Bérubé n'a passé qu'une seule journée sur le plateau, près de Winnipeg. Elle en garde un souvenir ému. Le village western reconstitué en extérieur l'a impressionnée. Mais c'est le costume d'époque qui l'a marquée. C'est vraiment serré, à tel point que respirer est un défi. Et le pire, c'est que tu ne peux pas l'enlever durant les pauses, car ça prend 20 minutes à mettre. Moi qui suis gourmande, je pouvais seulement grignoter
, confie-t-elle, admirative de l'actrice principale qui a porté cet accoutrement pendant des mois.
Cette anecdote, si légère soit-elle, nous rappelle le prix du confort. Le luxe apparent des productions américaines cache une discipline de fer. Bérubé le dit elle-même : Notre métier reste le même. C'est juste le confort qui change. Avec les Américains, on prend le temps de réajuster l'éclairage. Pour un acteur, c'est important qu'on ne perde pas notre erre d'aller.
Refuser Hollywood, choisir la dignité
Parfaitement bilingue, formée au théâtre au collège Dawson, Bérubé a eu des offres. Mais elle a choisi le Québec. Elle ne caresse plus le rêve d'une carrière internationale. Hors de question de déménager à Toronto ou à Los Angeles. Il y a longtemps que j'ai arrêté de vouloir partir
, dit-elle. Ce choix, c'est une résistance silencieuse. Une manière de dire que la valeur d'une artiste ne se mesure pas à son visa, mais à la profondeur de son ancrage.
Nous, Haïtiens, connaissons bien cette tentation. L'appel du Nord, du confort, de la reconnaissance. Mais Bérubé nous montre une autre voie : celle de la fidélité à soi-même, à sa terre, à sa langue. Elle incarne une forme de souveraineté culturelle, loin des sirènes de l'empire.
Et si la prairie nous parlait de nous ?
La série, déjà renouvelée pour une saison 2, trône au sommet des palmarès. Bérubé ignore si son personnage reviendra. Je fais quand même partie de la famille Ingalls. On peut l'espérer. Ce serait le fun
, laisse-t-elle savoir. Mais au-delà du divertissement, cette histoire nous interroge. Que signifie, pour un peuple, de raconter ses propres récits ? De refuser les rôles qu'on lui assigne ?
Comme Eliza Ingalls, nous pouvons désapprouver les choix de ceux qui partent. Mais nous pouvons aussi, comme Catherine Bérubé, choisir de rester, de bâtir ici, dans notre propre prairie. Et faire de notre petit rôle une grande leçon de dignité.