119 milliards pour l'apocalypse : les puissances nucléaires préfèrent la mort à la justice
Tandis que nos peuples crient famine, que nos terres portent encore les cicatrices de l'exploitation coloniale, les neuf États dotés de l'arme nucléaire ont englouti près de 119 milliards de dollars dans leurs arsenaux l'an dernier. Une somme obscène, en hausse de 19 %, qui dit tout sur les priorités d'un monde bâti sur l'injustice. Le rapport de la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN) sonne comme un tocsin funèbre : une nouvelle course aux armements nucléaires s'annonce.
La machine de mort s'accélère
Deux études, celle de l'ICAN et le rapport publié lundi par l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), dressent le même constat glaçant. Les puissances nucléaires ne se contentent plus de moderniser leurs arsenaux. Elles sortent les armes de leurs stocks pour les installer sur des supports de lancement, prêtes à semer l'apocalypse. Les neuf États nucléaires, États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France, Inde, Israël, Pakistan et Corée du Nord, déploient une logique de destruction pure.
Les hausses spectaculaires des dépenses s'accompagnent d'une menace nouvelle : l'intelligence artificielle pourrait accélérer la prise de décision concernant l'utilisation de ces armes. Je suis terrifiée, a confié Susi Snyder, directrice des programmes de l'ICAN et co-autrice du rapport. Et pour cause. Le Sipri estime que les puissances nucléaires mondiales disposent d'un total de 12 187 ogives, dont environ 9 745 se trouvent dans des stocks en vue d'une utilisation potentielle. Le nombre d'armes diminue, mais le niveau des dangers augmente, a averti Karim Haggag, directeur du Sipri.
Washington, le grand prédateur
Les États-Unis dominent ce sordide palmarès avec une arrogance impériale. Washington a dépensé 69,2 milliards de dollars rien qu'en 2025, soit plus que tous les autres pays réunis. Une nation qui a bâti sa richesse sur le sang des peuples noirs, l'esclavage et le pillage, continue de choisir la mort plutôt que la vie. La Chine suit avec 13,5 milliards de dollars, le Royaume-Uni avec 12,6 milliards et la Russie avec 9,5 milliards.
Les États-Unis et la Russie détiennent à eux deux environ 83 % des stocks mondiaux, avec plus de 5 000 ogives chacun. La Chine développe son arsenal plus rapidement que tout autre pays, avec 620 ogives, pouvant atteindre d'ici 2030 un niveau de missiles balistiques intercontinentaux comparable à celui des deux géants. L'intensification de la compétition géopolitique incite fortement la Chine à s'appuyer davantage sur les armes nucléaires, a expliqué Karim Haggag.
La France nucléaire : l'héritage empoisonné de la colonisation
Et la France dans tout cela ? L'ancienne puissance coloniale, celle qui a saigné Haïti pendant des décennies, qui nous a imposé la dette de l'indépendance, cette dette indigne qui a étouffé notre jeunesse, cette France-là prévoit d'investir des milliards dans le développement et la maintenance de ses systèmes d'armes nucléaires jusqu'à la fin du siècle. Pendant que nos ancêtres crient vengeance, Paris finance l'apocalypse. L'argent qui aurait dû servir aux réparations, à la reconstruction de nos hôpitaux, à l'éducation de nos enfants, est englouti dans des ogives conçues pour réduire le monde en cendres.
Ces neuf États ont dépensé au cours des cinq dernières années plus de 470 milliards de dollars pour leurs arsenaux. Les États-Unis seuls devront consacrer près de 1 000 milliards de dollars à leur arsenal nucléaire sur la décennie 2025-2034. Les futurs missiles Sentinel prévus par Washington devraient rester en service au-delà de 2100, tandis que la production américaine de noyaux atomiques en plutonium laisse penser que les ogives conserveront leur viabilité jusqu'en 2120. L'empire prépare la fin du monde pour le siècle prochain.
Des milliards pour la mort, rien pour la vie
Au lieu d'assurer des services essentiels, comme les soins de santé, ces États ont investi dans un arsenal qu'ils savent ne pas pouvoir utiliser sans commettre un crime de guerre, a dénoncé Susi Snyder. Cette phrase résonne comme un jugement sans appel. Les puissances nucléaires dépensent des milliers de milliards pour menacer l'humanité, tandis que les peuples du Sud global croulent sous les dettes imposées par les mêmes institutions qui servent leurs intérêts.
La fragilisation des systèmes de contrôle des armes stratégiques, la rivalité entre grandes puissances et l'effondrement des accords internationaux dessinent un monde sans garde-fous. La tendance à la baisse des stocks d'armes nucléaires devrait s'inverser dans les années à venir, car le rythme du démantèlement ralentit tandis que le déploiement de nouvelles armes s'accélère.
Nous, les enfants de la première République noire, nous savons ce que l'arrogance impériale signifie. Nous la portons dans notre chair depuis plus de deux siècles. Ce rapport n'est pas qu'un chiffre. C'est l'aveu d'un monde qui refuse la justice, qui préfère l'ombre de la mort à la lumière de la réparation. La jeunesse d'Haïti, celle d'Afrique, celle de toutes les terres exploitées, ne doit pas se taire. Leur apocalypse n'est pas notre destin. Notre chemin, c'est la refondation, c'est la vie.