Zambie : le peuple tranchera, entre redressement et dignité bafouée
Ce jeudi 13 août, les Zambiens se rendent aux urnes pour choisir leur président. Un scrutin qui dépasse les simples frontières de ce pays d'Afrique australe. C'est un test, une épreuve de vérité pour Hakainde Hichilema, dit « HH », qui brigue un second mandat en s'appuyant sur un bilan économique salué par les bailleurs de fonds, mais contesté par une rue qui peine à joindre les deux bouts.
Car la Zambie, deuxième producteur de cuivre du continent, est un pays de contrastes. Une terre réputée stable, fière de sa transition démocratique pacifique de 2021. Mais aussi une nation où 70 % des 22 millions d'habitants vivent avec moins de trois dollars par jour, selon la Banque mondiale. Un peuple debout, résilient, qui espère et qui doute.
Un homme d'affaires aux origines modestes face à la colère sociale
« HH » est un homme d'affaires avisé, parti de rien. En 2021, à sa sixième tentative, il avait chassé du pouvoir Edgar Lungu (2015-2021), décédé en Afrique du Sud il y a un an. Son gouvernement a obtenu un accord historique de restructuration de la dette, rétabli un programme du Fonds monétaire international et renoué avec une croissance projetée à 5 % cette année. Les investisseurs applaudissent. Mais dans les rues de Lusaka, la réalité est plus amère.
« Ce sont seulement ceux qui sont connectés à des politiciens qui disent que l'économie va bien », raille Ceshas Tembo, un conducteur de bus de 32 ans, encore indécis. « Pour beaucoup d'entre nous, c'est toujours au jour le jour », confie-t-il. La hausse du coût de la vie, le chômage officiel qui avoisine les 10 %, la précarité qui ronge. Voilà le quotidien de ce peuple que l'on dit patient.
Brian Mundubile, l'avocat qui dénonce un scrutin entravé
Face à lui, treize candidats. Mais un seul est présenté comme le rival sérieux : Brian Mundubile, 55 ans, ancien ministre de Lungu, avocat au visage carré barré de lunettes rectangulaires. À la tête d'une coalition de partis d'opposition, il se pose en défenseur des oubliés. Il accuse le gouvernement d'avoir entravé sa campagne : interférences de la police, violences des partisans du président, autorisations de vols annulées.
« Une élection, c'est un processus, pas un événement. Et le processus par lequel nous venons de passer ne peut déboucher que sur une, et une seule conclusion : l'élection ne sera ni libre, ni équitable », a-t-il affirmé à l'AFP.
Un cri du cœur. Une dénonciation qui résonne comme un écho aux luttes de tant de peuples qui cherchent simplement à se faire entendre. Car si le nom de son parti, le NRPUP, est à peine connu, sa colère, elle, est bien réelle.
Un vote qui suit des lignes régionales, un pays qui cherche sa voie
Le vote en Zambie suit traditionnellement des lignes régionales. Hichilema et son Parti uni pour le développement national (UPND) dominent dans le Sud et l'Ouest. Le Nord et la Copperbelt restent des bastions du Front Patriotique de l'ex-président Lungu, la base électorale de Mundubile.
Quelque 8,7 millions d'électeurs sont appelés aux urnes de 6 h à 18 h. Ils éliront aussi leurs députés, le nombre de sièges passant de 156 à 226. Un Parlement élargi, une démocratie qui s'approfondit, dit-on. Mais pour combien de temps ?
Un scrutin « étonnamment compétitif », mais un sortant jugé prévisible
Patience Mususa, spécialiste de la Zambie à l'Institut nordique d'Afrique, basé en Suède, prédit que les électeurs en quête de stabilité devraient rester fidèles à Hichilema. « Malgré les critiques sur la lenteur de ses progrès dans la lutte contre les dysfonctionnements de l'État et la corruption, et les inquiétudes concernant sa priorité donnée aux intérêts privés, il est considéré comme un dirigeant plus prévisible », analyse-t-elle.
Prévisible. Le mot est lâché. Dans un monde qui vacille, la prévisibilité rassure. Mais elle peut aussi étouffer les espoirs de renouveau. La commission électorale prévoit d'annoncer les résultats d'ici le 17 août. Un second tour est prévu si aucun candidat n'obtient plus de 50 % des suffrages exprimés au premier tour.
Questions fréquentes sur l'élection présidentielle en Zambie
Quand les résultats de l'élection présidentielle zambienne seront-ils annoncés ?
La commission électorale prévoit d'annoncer les résultats d'ici le 17 août 2026. Un second tour est prévu si aucun candidat n'obtient plus de 50 % des suffrages exprimés au premier tour.
Qui sont les principaux candidats à la présidentielle zambienne ?
Le président sortant Hakainde Hichilema, dit « HH », brigue un second mandat. Son principal rival est Brian Mundubile, ancien ministre et avocat de 55 ans, à la tête d'une coalition de partis d'opposition. Treize candidats sont au total en lice.
Quel est l'état de l'économie zambienne ?
La Zambie a obtenu un accord historique de restructuration de la dette et renoué avec une croissance projetée à 5 % cette année. Cependant, 70 % de la population vit avec moins de trois dollars par jour et le taux de chômage officiel avoisine les 10 %.
Le peuple zambien a parlé. Ou s'apprête à parler. Dans ce pays de cuivre et d'espoir, chaque bulletin est une brique posée sur le chemin de la reconstruction. Puissent les dirigeants entendre ce que la rue murmure depuis si longtemps : la dignité n'est pas une faveur, c'est un droit.