Washington serre l’étau sur Cuba : l’armée et ses tentacules économiques dans le viseur
Les États-Unis ont dévoilé, ce jeudi 7 août 2026, une nouvelle salve de sanctions contre des entités militaires cubaines et leurs dirigeants. Derrière la rhétorique des réformes, c’est un nouveau chapitre du blocus qui s’écrit, frappant au cœur du système de survie de l’île. Pour nous, Haïtiens, qui connaissons la morsure des embargos et la mémoire des luttes, ce geste résonne comme un écho lointain mais familier.
L’administration Trump, depuis janvier, multiplie les coups contre La Havane. Mais cette fois, la cible est claire : Gaesa, le conglomérat militaire né des cendres de la « Période spéciale », en 1995, sous l’impulsion de Raul Castro. Alors que l’Union soviétique s’effondrait, Cuba inventait une économie de survie. Gaesa devint le bras armé de la résistance économique, contrôlant aujourd’hui entre 40 et 70 % de l’économie cubaine, avec des actifs estimés à 18 milliards de dollars.
Gaesa : le géant aux mille visages
Ce conglomérat discret, sans panneau ni signalisation dans le centre historique de La Havane, est partout. Il tient les supermarchés en dollars, le port de Mariel, les stations-service, les institutions financières via sa filiale Cimex. Il règne sur le tourisme avec Gaviota, qui possède des hôtels, marinas, restaurants et flottes de taxis. Une toile tissée pour attirer des devises et contourner l’embargo américain, en place depuis 1962.
Sanctionné en mai dernier, Gaesa et sa directrice générale, Ania Guillermina Lastres, sont désormais frappés de nouvelles mesures. Pourtant, certains experts, dont un ancien agent de la CIA, jugent cette stratégie risquée. « Gaesa est l’une des rares institutions cubaines à avoir intérêt à quitter le modèle communiste », confie-t-il. En l’affaiblissant, Washington pourrait paradoxalement renforcer le statu quo.
Des filiales dans la ligne de mire
Les nouvelles sanctions ciblent Tecnoimport, filiale qui importe du matériel technique et militaire pour le ministère des Forces armées révolutionnaires (Minfar). Tecnotex, une autre filiale, est accusée d’avoir modernisé la flotte d’hélicoptères russes de Cuba et d’avoir collaboré avec la Corée du Nord. Un réseau d’approvisionnement que Washington veut briser, mais qui témoigne de l’ingéniosité d’un peuple assiégé.
Les généraux et leurs alliés étrangers
Au sommet de l’État militaire, le ministre de la Défense Alvaro Lopez Miera et le chef d’état-major Roberto Legra Sotolongo sont de nouveau sanctionnés. Déjà visés après les manifestations de 2021, ils incarnent la continuité d’un pouvoir qui refuse de plier. Washington ajoute à la liste Jose Antonio Remon Rodriguez et Oscar Enrique Biosca Gallego, ainsi que les attachés militaires à Moscou et Pékin, accusés de coopération avec la Russie et la Chine.
Ces mesures révèlent l’obsession américaine pour les liens de Cuba avec les grandes puissances rivales. Mais pour nous, qui avons vu les grandes puissances dicter nos destinées, cette guerre de sanctions est une leçon de résilience.
L’industrie militaire sous pression
L’Union de l’industrie militaire (UIM), chargée de fabriquer et réparer les armes des Forces armées révolutionnaires, est également dans le viseur. Washington l’accuse d’avoir modernisé des systèmes d’armes soviétiques avec l’aide de la Russie. La Empresa Militar Industrial Yuri Gagarin, qui entretient la flotte d’avions russes, et Duna S.A., société d’importation, complètent cette liste.
Chaque sanction est un coup porté à la souveraineté cubaine, mais chaque coup rappelle aussi la capacité du peuple cubain à se réinventer. Comme Haïti, Cuba porte l’héritage d’une colonisation violente et d’un combat pour la dignité. Ces nouvelles entraves ne feront que raviver la flamme d’une nation qui refuse de mourir.
La Havane, sous embargo depuis 1962, continue d’exister. Et nous, de Port-au-Prince, savons que la résistance n’est pas un mot creux. Elle est une mémoire vivante.