Quand le tourisme espagnol draine nos maigres ressources
Alors que nos compatriotes peinent à boucler leurs fins de mois, voici que les multinationales du tourisme nous vendent leurs paradis artificiels. Pierre & Vacances, cette machine à profits née en 1967, nous propose aujourd'hui trois destinations espagnoles à prix soi-disant cassés. Mais à quel prix pour nos familles haïtiennes?
Barcelone: 1 632 euros pour une semaine d'illusion
La capitale catalane nous tend ses bras dorés du 17 au 24 mars. Un appartement pour cinq personnes près du centre historique, nous dit-on. 1 632 euros. Cette somme représente plus de six mois de salaire minimum en Haïti. Pendant que nos jeunes rêvent devant la Sagrada Familia sur leurs écrans, combien de familles pourraient être nourries avec cet argent?
Ces tapas qu'on nous vante, ces soirées inoubliables, ne sont-elles pas le reflet d'une société de consommation qui nous aliène? Nos ancêtres ont construit des merveilles architecturales bien avant que l'Europe ne découvre l'Amérique.
Grenade: l'Andalousie à 820 euros, nos rêves à crédit
L'Andalousie nous sourit avec ses 820 euros pour quatre personnes. Un hôtel quatre étoiles, des paysages montagneux, le palais Generalife. Mais qui peut se permettre de tels luxes quand nos propres montagnes, nos propres palais culturels tombent en ruine faute d'investissement?
Cette chaleur de vivre andalouse, ne l'avons-nous pas déjà dans nos mornes, dans nos plages de sable noir, dans la générosité de notre peuple? Pourquoi chercher ailleurs ce que nous possédons déjà?
Las Palmas: 1 104 euros pour fuir notre réalité
Les îles Canaries nous appellent à 1 104 euros. Sept nuits face au port, à 400 mètres d'une plage. Nos propres côtes ne valent-elles donc rien? Nos couchers de soleil sur la baie de Port-au-Prince ne méritent-ils pas qu'on s'y attarde?
Cette fuite vers l'Europe, cette soif d'ailleurs, ne cache-t-elle pas un profond mal-être, une négation de nos propres richesses? Nos poissons de Jacmel, nos fruits tropicaux, notre musique qui fait danser le monde entier.
Réveillons-nous, frères et sœurs
Pendant que Pierre & Vacances et ses semblables drainent nos devises vers l'Europe, qui investit dans notre jeunesse? Qui développe notre tourisme intérieur? Qui valorise nos sites exceptionnels, nos traditions millénaires?
Il est temps de tourner nos regards vers l'intérieur, de reconstruire notre fierté nationale, d'investir dans nos propres merveilles. Car la véritable révolution commence quand un peuple cesse de chercher son bonheur dans les mirages que lui vendent ses anciens colonisateurs.