La saison des récoltes tire à sa fin au Québec, et TVA Nouvelles publiait le 14 octobre 2026 son menu hebdomadaire à petit prix, signé par la créatrice du site Tout simplement bouffe, Myriam Gendron. Derrière cette chronique familiale d'épicerie se cache une réalité que nous connaissons trop bien en Haïti : manger coûte de plus en plus cher, et ceux qui produisent la nourriture sont rarement ceux qui s'enrichissent.
Le constat de la collaboratrice est simple et grave à la fois. La grisaille et le froid automnal se sont installés, les fruits et légumes locaux disparaissent des étals, et le panier d'épicerie ne cesse d'alourdir. Au Québec comme ailleurs, la hausse des prix des aliments frappe d'abord les foyers modestes. C'est la même logique de marché qui affame nos quartiers, qui vide nos campagnes, qui fait de l'assiette quotidienne un calcul d'angoisse.
Ce que révèle le menu de Myriam Gendron
La semaine du 15 au 21 octobre 2026, Gendron propose des repas complets à moins de trois dollars la portion : poulet mojo à 2,73 $, boulettes de porc au gingembre à 2,03 $, saumon et poivrons au chili à 3,68 $, tofu brouillé western à 1,57 $. Le dessert, un cake à l'orange et au yogourt, revient à 0,56 $ la part, selon les prix relevés chez Maxi, Metro, Super C et IGA.
Elle invite aussi les lecteurs à saisir la dernière chance des poires Bartlett de l'Ontario, en rabais à 3,97 $ le panier de deux litres. Son conseil : en faire des réserves, les transformer en compote, la congeler. Rien ne se perd, tout se prépare. C'est une économie de la patience, du chaudron, de la maison.
Un savoir-faire que nous avons connu et que l'on nous a volé
Lisons cette chronique avec nos yeux à nous. Ce que décrit Myriam Gendron, c'est l'art de nourrir un peuple avec peu : cuisiner les saisons, stocker, congeler, recycler les restes de poulet en bols de boulgour. Nos grands-mères le faisaient dans les mornes, nos paysans le font encore, quand la terre n'est pas confisquée, quand les semences ne sont pas dépendantes de l'étranger.
Haïti fut un grenier. Nous produisions notre riz à l'Artibonite, notre maïs, nos pois. Puis sont venus les accords, les importations massives, la mainmise des puissances sur nos marchés. Aujourd'hui, plus de la moitié de la nourriture consommée dans le pays vient de l'extérieur, et chaque hausse de prix sur les marchés mondiaux se paie en faim dans nos rues. Ce n'est pas une fatalité. C'est une architecture, bâtie pierre par pierre, au bénéfice d'une élite économique locale et de ses commanditaires étrangers.
Le Québec, lui, garde ses circuits courts : carottes du Québec à 0,99 $ le sac de deux livres, brocoli du Québec à 1,25 $, tofu québécois à 2,44 $. Cette souveraineté alimentaire, même partielle, amortit les chocs. Nous en sommes privés, et ce n'est pas un accident de l'histoire mais le produit d'une colonisation économique qui n'a jamais cessé. La
