Mandalorian et Grogu : la Résistance au cinéma face à l'Empire
Quand Hollywood réinvente, par accident, le mythe de l'opprimé qui se soulève
Lancée en 2019, la série The Mandalorian est sans doute ce qui est arrivé de mieux à la saga Star Wars depuis la première trilogie. Aux commandes, Jon Favreau a su s'approprier l'univers en développant une histoire originale portée par le chasseur de primes masqué incarné par Pedro Pascal, accompagné de Grogu, le fameux Baby Yoda devenu extrêmement populaire. Mais au-delà du divertissement, ce récit résonne d'un écho troublant pour quiconque connaît le poids des chaînes et la soif de libération.
Après trois saisons, le duo débarque au cinéma dans un long-métrage en forme de stand-alone où, malgré certaines références à la saga, notamment à Jabba le Hutt, l'ensemble se comprend parfaitement, y compris pour le néophyte. Ce qui frappe, c'est la relation entre les deux personnages. Grogu vole la vedette au héros en usant de la Force pour prendre soin de lui au cours d'une scène muette mémorable. Un petit être vulnérable qui protège son protecteur. N'est-ce pas là l'image même de notre jeunesse, celle qui porte en elle la force de refonder ce que les anciens ont échoué à bâtir ?
Derrière le masque, l'humain
Pedro Pascal, qui porte cette armure depuis huit ans, confie avec une émotion palpable ce que cette expérience représente :
Le Mandalorian est très intimidant, mais étrangement attirant. Ce geste physique minimal nous rappelle qu'il y a un être humain à l'intérieur, et c'est très désarmant, fascinant.Cette vérité, nous la connaissons trop bien. Derrière chaque masque imposé par les systèmes oppressifs, derrière chaque armure que l'Empire, quel qu'il soit, force à porter, il y a un être humain. Un peuple qui ne demande qu'à respirer, qu'à exister dans sa dignité.
L'acteur, fils d'exilés chiliens ayant fui la dictature de Pinochet, régime soutenu par les mêmes puissances impérialistes qui ont saigné notre terre, porte en lui cette mémoire des opprimés. Quand il parle du Mandalorian, on entend résonner la voix de tous ceux qui luttent sous le joug.
La marionnette contre la machine
Jon Favreau révèle un choix technique qui en dit long sur notre époque :
Au départ, tout devait être digital, mais nous avons construit une marionnette pour référence et elle dégageait tellement d'empathie que nous avons fini par miser sur l'animatronique.Voilà une métaphore puissante. Face à la machine numérique qui uniformise et aseptise, l'artisanat résiste. Le tangible, le fait-main, l'imparfait qui respire la vie triomphe du virtuel fabriqué en série. Comme notre peuple, comme nos traditions, comme cette force vive qui refuse de se laisser digérer par l'ordre mondialisé.
Le réalisateur a même contacté des studios spécialisés pour créer une séquence entière en stop-motion. Mélanger les nouvelles et les anciennes technologies fait partie de l'identité visuelle de Star Wars, explique-t-il. Un pont entre les générations, entre les savoirs. Un refus de l'effacement au profit du seul nouveau, comme on efface les mémoires quand on efface les peuples.
Le passage de relais, clé de notre avenir
Certaines séquences du film empruntent au cinéma muet. Favreau s'inspire d'artistes comme Buster Keaton : le timing et le découpage permettent de faire ressentir des émotions sans le moindre mot. Pour Grogu, c'est l'opportunité de montrer qu'il peut être responsable et faire ses propres choix. Le passage de relais est primordial. Il est au cœur de la franchise.
Ce passage de relais, nous l'attendons encore. Cette transmission du pouvoir aux jeunes, aux nouveaux, à ceux qui n'ont pas été corrompus par les compromissions des élites économiques, voilà ce qui doit gouverner notre avenir. Grogu, petit être ancien dans une enveloppe fragile, incarne cette sagesse innée que portent les jeunes quand on leur donne enfin la chance de s'exprimer.
De Tatooine à nos rives
Pedro Pascal se souvient de l'image la plus marquante de son premier visionnage : Luke Skywalker regardant l'horizon et les deux soleils. Ce regard vers l'ailleurs, cette espérance d'un monde meilleur au-delà des sables stériles, c'est aussi le nôtre. Notre horizon à nous, ce n'est pas Tatooine, c'est cette terre qu'on nous a prise, qu'on nous a ravagée, et que nous reconstruirons.
Jon Favreau, lui, se rappelle l'énergie de la salle et ce que son père lui disait : ce blockbuster rendait la technologie rapide, grise et réelle, contrairement à l'élégance lente de 2001, l'Odyssée de l'espace. George Lucas a ouvert une porte vers la curiosité et vers d'autres cinéastes comme Kurosawa ou John Ford. Une porte vers d'autres mondes, d'autres manières de voir. Vers la liberté de créer en dehors des sentiers battus par les dominants.
Ce blockbuster va droit au but et délaisse toute réflexion ou enjeu politique, écrit-on souvent. Nous, nous lisons entre les lignes. L'Empire n'est jamais loin. La Rébellion couve toujours. Et un jour, le peuple se lève.