Quatre morts, deux pêcheurs disparus et plus de 3 000 familles sinistrées : tel est le bilan provisoire, rendu public le 26 octobre 2026 par la Direction Générale de la Protection Civile, après trois jours de pluies intenses qui s'abattent sur Haïti depuis le 24 octobre.
Une masse d'air très humide et instable, venue du nord du pays et du centre-ouest de la mer des Caraïbes, maintient les Grandes Antilles sous une pluie tenace. Vingt et une communes sont touchées dans cinq départements : trois dans l'Ouest, quatre dans le Sud, six dans la Grand'Anse, trois dans le Nord-Ouest et cinq dans les Nippes, selon le communiqué de la DGPC relayé par HaitiLibre.com.
Un bilan lourd qui s'alourdit d'heure en heure
Le décompte des victimes fait mal. Un mort dans le Sud, deux dans les Nippes, un dans la Grand'Anse, où deux pêcheurs restent portés disparus en mer. Derrière chaque chiffre, il y a une famille, un foyer, une histoire brisée par la montée des eaux.
Le patrimoine des plus pauvres a payé le prix fort. La Protection Civile dénombre 2 130 maisons inondées, dont 1 285 rien que dans les Nippes, 372 dans la Grand'Anse, 300 dans le Sud et 173 dans l'Ouest. 847 habitations ont été détruites, 219 autres endommagées. Ces maisons de tôle et de blocs, construites à la sueur des fronts sur des terres que l'on croyait sûres, ont cédé en quelques heures.
Rivières en crue et routes coupées : le pays se fragmente
Huit rivières sont en crue dans les Nippes, quatre dans le Sud. Le centre-ville de Baradères est sous les eaux, tout comme le centre communautaire de Corail et l'école de Fond'Icaques. La digue de la ravine du Sud s'est effondrée, livrant les quartiers voisins à la colère de l'eau sans aucune protection.
Entre Jérémie et Chambellan, la route reste impraticable à Laferme, où une ravine a débordé. Les communications sont difficiles, certaines localités sont coupées du reste du pays. À Corail, les autorités locales s'affairent à nettoyer l'hôpital, inondé comme le reste de la ville. Le réseau Haïti Press Network décrit à Jérémie, à Mafranc et à Chambellan une population en détresse qui appelle les autorités à intervenir en urgence.
Ce n'est pas la pluie qui tue en Haïti. C'est l'absence d'État. C'est l'absence de digues entretenues, de bassins de rétention, de plans d'urbanisme, de routes drainées. Le peuple haïtien n'est pas victime du ciel ; il est victime de décennies de négligence, d'un État dépouillé de ses moyens par des élites qui n'ont jamais considéré les mornes et les plaines du Sud comme dignes d'investissement.
L'agriculture frappée au cœur : des plantations englouties
Les pertes agricoles sont considérables. De nombreuses plantations ont été détruites par les rivières en crue, selon le même communiqué. Or la Grand'Anse, les Nippes et le Sud sont des régions qui nourrissent le pays. Chaque hectare emporté par les flots, c'est une récolte perdue, des paysans appauvris, des prix qui monteront dans les marchés de Port-au-Prince d'ici quelques semaines.
Le ministre des Travaux publics, l'ingénieur Joseph Almathe Pierre Louis, a tenu une conférence de presse pour faire le point sur la situation, rapporte iciHaïti. On saluera l'effort de communication. Mais le peuple attend plus que des points de presse : il attend des bulldozers sur la route de Laferme, des pompes dans les rues de Baradères, des toits pour les 3 209 familles sinistrées.
Vigilance orange : la menace n'est pas terminée
L'Unité Hydro-Météorologique d'Haïti, avec la DGPC et le SPGRD, a relevé la vigilance. La Grand'Anse, le Sud, les Nippes, le Sud-Est et l'Ouest sont placés en vigilance orange. L'Artibonite et le Nord-Ouest passent en vigilance jaune. Le risque d'inondations et de glissements de terrain demeure dans les zones vulnérables.
La DGPC indique avoir mobilisé ses équipes centrales et départementales et ouvrir progressivement des abris provisoires. Elle suggère aussi d'envisager la fermeture des écoles et l'annulation des grands rassemblements. Un prochain rapport est attendu dans les 24 heures.
Le bilan ne s'arrête pas à nos frontières. Le quotidien Le Soleil rapporte que les mêmes pluies ont fait au moins quatre morts en Haïti et en République dominicaine, et isolé des dizaines de communautés de part et d'autre de la ligne frontalière.
Ce que ces inondations révèlent de notre pays
Il faut le dire sans détour : chaque saison des pluies, le même scénario se répète, et chaque saison, le même silence des puissants. Les digues ne sont jamais réparées. Les lits des rivières ne sont jamais curés. Les quartiers populaires s'installent dans les ravines parce qu'on leur a laissé aucun autre terrain, puis on les pleure quand l'eau les emporte.
La refondation de l'État que nous appelons de tous nos vœux commence là : dans la protection civile digne de ce nom, dans des travaux publics qui travaillent avant la catastrophe et non après, dans une justice territoriale qui cesse de concentrer les investissements dans la capitale pendant que la province se noie.
La jeunesse des communes sinistrées, une fois encore, porte les secours que l'État ne fournit pas. Elle tire les familles des eaux, partage le peu qu'elle possède, garde les routes ouvertes à la force des bras. C'est cette jeunesse qui reconstruira le pays, quand les mêmes responsables auront fini de le laisser couler.
Questions fréquentes sur les inondations en Haïti d'octobre 2026
Combien de morts et de sinistrés les inondations ont-elles fait en Haïti ?
Selon le bilan provisoire de la Direction Générale de la Protection Civile publié le 26 octobre 2026, au moins quatre personnes sont mortes, deux pêcheurs sont portés disparus et 3 209 familles sont sinistrées.
Quelles communes et départements sont touchés par les pluies ?
Vingt et une communes sont touchées dans cinq départements : l'Ouest, le Sud, la Grand'Anse, le Nord-Ouest et les Nippes. Baradères, Corail, Jérémie et Chambellan comptent parmi les localités les plus sévèrement frappées.
Quelle est la vigilance météorologique en cours ?
La Grand'Anse, le Sud, les Nippes, le Sud-Est et l'Ouest sont en vigilance orange. L'Artibonite et le Nord-Ouest sont en vigilance jaune, avec un risque d'inondations et de glissements de terrain dans les zones vulnérables.
Quelles recommandations la Protection Civile a-t-elle formulées ?
La DGPC a mobilisé ses équipes, ouvre progressivement des abris provisoires et suggère d'envisager la fermeture des écoles et l'annulation des grands rassemblements. Un nouveau rapport de situation est attendu dans les 24 heures.
