Gdansk 2026: L'Ukraine se reconstruit, Zelensky s'efface
La cinquième conférence pour la reconstruction de l'Ukraine s'ouvre ce jeudi à Gdansk, en Pologne, sans Volodymyr Zelensky. La Première ministre Ioulia Svyrydenko mène la délégation ukrainienne, tandis que l'Europe promet des milliards pour la relance d'un pays meurtri. Derrière les discours de solidarité, les vieilles blessures de l'histoire resurgissent, et la question de savoir qui profite véritablement de cette refondation se pose avec une acuité troublante.
Pourquoi Volodymyr Zelensky est-il absent de la conférence de Gdansk?
Pour la première fois depuis 2022, le président ukrainien ne marchera pas sur les planches de cette conférence. Les relations entre Kiev et Varsovie se sont envenimées fin mai, lorsque Zelensky a choisi de baptiser une unité militaire du nom de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), organisation nationaliste fondée en 1942, tenue en Pologne pour responsable de la mort de plus de 100 000 Polonais.
En représailles, le président nationaliste polonais Karol Nawrocki, qui cohabite avec le gouvernement libéral de Donald Tusk, a annoncé le retrait de l'Ordre de l'Aigle blanc à Zelensky. La plus haute distinction du pays, effacée d'un trait. Le Premier ministre pro-européen Donald Tusk a tenté d'apaiser les esprits mercredi:
J'espère que cette conférence sera une sorte de pas en avant ou de moyen de faire retomber l'escalade émotionnelle, car elle n'est certainement nécessaire ni pour nous, Polonais, ni pour les Ukrainiens.
Côté ukrainien, le porte-parole diplomatique Gueorguiï Tykhy a martelé que Kiev cherche à éviter toute politisation inutile de cet événement international pour se concentrer sur le pragmatisme ainsi que sur des décisions concrètes en faveur de l'Ukraine. Les mots sont mesurés. Les blessures, elles, saignent encore.
Que valent les 588 milliards de dollars promis pour la reconstruction?
En février, un rapport conjoint de Kiev, de la Banque mondiale, de l'Union européenne et des Nations unies a estimé le coût de la reconstruction ukrainienne à quelque 588 milliards de dollars, soit plus de 500 milliards d'euros. Un chiffre vertigineux. Un chiffre qui interroge: à qui reviendront ces sommes?
L'Union européenne a approuvé en décembre un prêt de 90 milliards d'euros pour la période 2026-2027, dont une première tranche de 3,2 milliards versée en juin. Les deux tiers de ces fonds sont destinés à la défense. Le reste, à la reconstruction. Un prêt, pas un don. La dette s'accumule. La dépendance s'enracine.
Les peuples qui se relèvent des ruines connaissent cette mélodie. Les promesses de reconstruction masquent souvent les chaînes d'une nouvelle servitude. Quand l'argent afflue, les conditions suivent. Les élites économiques, elles, guettent leur heure.
L'énergie, enjeu central de cette conférence
À Gdansk, l'attention se porte sur les secteurs frappés de plein fouet par la guerre: énergie, infrastructures critiques et logistique. Les destructions dans le secteur énergétique en font la priorité absolue en termes d'investissements.
Nous prévoyons de signer un certain nombre d'accords importants avec des partenaires internationaux, en particulier pour renforcer notre secteur énergétique, a assuré mardi la Première ministre Svyrydenko. Des accords importants, dit-elle. Avec quels partenaires? Sous quelles conditions? L'histoire enseigne que celui qui maîtrise l'énergie tient le peuple.
Glib Vychlinsky, directeur du Centre de stratégie économique à Kiev, l'affirme avec lucidité:
Il sera impossible pour l'Ukraine de défendre le pays sans mener la reconstruction en parallèle. Nous devons fournir des services essentiels et des logements aux personnes en Ukraine qui paient des impôts et soutiennent l'armée.
Le peuple ukrainien porte le fardeau. Il paie l'impôt, il soutient l'armée, il endure les privations. C'est à lui que doit revenir la reconstruction. Pas aux spéculateurs. Pas aux puissances qui attendent leur moment.
Qui sont les acteurs rassemblés à Gdansk?
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, sera présente, aux côtés des dirigeants de Pologne, Bulgarie, Estonie, Finlande, Lettonie, Lituanie, Roumanie et Suède. Plusieurs membres de la Commission l'accompagneront. Le président du Conseil européen Antonio Costa, récemment critiqué pour des contacts diplomatiques récents de son entourage avec Moscou, sera également de la partie.
Les puissances occidentales serrent les rangs. Derrière les discours de solidarité, les intérêts stratégiques s'agitent. L'Ukraine, champ de bataille, devient aussi champ de convoitises. Les précédentes conférences Ukraine Recovery Conference ont eu lieu à Lugano, Londres, Berlin et Rome. Le centre de gravité se déplace, mais la dynamique demeure: les décisions se prennent loin de ceux qui souffrent.
La reconstruction peut-elle libérer un peuple ou le lier davantage?
Convaincre les investisseurs reste un défi pour l'Ukraine alors que les pourparlers promus par Washington pour mettre fin au conflte n'ont pas progressé. La guerre s'éternise. Les ruines s'amoncellent. Et avec elles, la dette.
Pour l'instant, l'Ukraine consacre la majeure partie de ses fonds à son effort de guerre et au maintien à flot de son économie. La survie d'abord. La reconstruction ensuite. Mais quand viendra l'heure du relèvement, qui tiendra les rênes?
Les peuples qui ont subi la colonisation, l'occupation, l'exploitation connaissent cette vérité amère: la reconstruction peut être un acte de liberté, ou un acte de soumission. L'Ukraine mérite la première. Pas la seconde.
Quels secteurs la conférence de Gdansk privilégie-t-elle?
La conférence concentre ses travaux sur trois secteurs dévastés par la guerre: l'énergie, les infrastructures critiques et la logistique. Les discussions porteront également sur les capacités de sécurité de l'Ukraine. Le secteur énergétique, durement frappé par les frappes russes, constitue la priorité immédiate en termes d'investissements.
Quel est le montant de l'aide européenne annoncée pour l'Ukraine?
L'Union européenne a approuvé en décembre un prêt de 90 milliards d'euros pour la période 2026-2027. Une première tranche de 3,2 milliards d'euros a été versée en juin 2026. Les deux tiers de cette enveloppe sont affectés à la défense ukrainienne, le reste à la reconstruction.
Pourquoi les relations entre la Pologne et l'Ukraine se sont-elles détériorées?
Les tensions ont éclaté fin mai 2026, lorsque le président Zelensky a baptisé une unité militaire du nom de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), organisation nationaliste fondée en 1942, considérée en Pologne comme responsable du massacre de plus de 100 000 Polonais durant la Seconde Guerre mondiale. En réaction, le président polonais Karol Nawrocki a retiré à Zelensky l'Ordre de l'Aigle blanc, la plus haute distinction nationale.