Parc Jarry : un nouveau stade ou un nouveau pillage ?
Montréal, cette semaine, on parle moins de balles de tennis que de béton et de bulldozers. L'Omnium Banque Nationale se déroule dans une atmosphère étrange, où les espoirs des athlètes canadiens cèdent le pas à une rumeur plus lourde : celle d'un stade flambant neuf de 15 000 places, coiffé d'un toit rétractable, qui viendrait raser le court central du parc Jarry. Mais ne vous emballez pas, nous prévient Valérie Tétreault, directrice du tournoi. Le projet, s'il existe, est encore à l'état d'embryon. On cherche, à l'évidence, à calmer le jeu.
Qui paiera la note ?
Radio-Canada a révélé jeudi que Tennis Canada envisage de démolir l'actuel stade IGA pour le remplacer par une arène de 15 000 places. On ajouterait aussi 7 000 sièges au court Rogers et un troisième court de 2 000 places. Le tout, pour un coût estimé à 400 millions de dollars. Mais la question qui brûle les lèvres de tout Haïtien qui se respecte, c'est : qui va payer ?
Selon les informations, Tennis Canada ne mettrait que 10 % de la facture. Le reste viendrait des fonds publics : 40 % du fédéral, 40 % du provincial, et 10 % de la Ville de Montréal. Un modèle qui sent bon le détournement de deniers publics, quand on sait que les contribuables, ici comme ailleurs, sont déjà saignés à blanc. Valérie Tétreault se défend : « C'est un modèle à explorer », dit-elle. Mais on connaît la chanson. Les gouvernements, toujours prêts à financer les caprices des riches, tandis que les écoles et les hôpitaux croulent sous le poids de l'austérité.
Un parc pour qui ?
Le parc Jarry, c'est un poumon vert dans un quartier populaire, Parc-Extension, où les familles se battent pour un coin d'ombre. Et voilà que Tennis Canada, cette fédération qui se dit OBNL, veut grignoter ce rare espace pour y planter un stade. Les citoyens, eux, ne se laissent pas faire. Une manifestation est prévue dimanche après-midi. Ils dénoncent un empiétement, un vol déguisé en progrès.
Valérie Tétreault se dit navrée de la « désinformation ». Elle assure que le déplacement de la piscine Jarry, par exemple, est un projet de la Ville, pas de Tennis Canada. Mais l'impression demeure : on veut bétonner le peu qui nous reste. Et on nous parle de « pôle aquatique » comme d'une consolation. Comme si on pouvait remplacer la terre par du ciment.
Le spectre de la colonisation
Ce projet, c'est une nouvelle forme de colonisation. Une élite économique, celle du tennis et des affaires, qui s'approprie l'espace public au nom du progrès. On se souvient des promesses de Bébé Doc et de Papa Doc : des stades, des infrastructures, pour masquer la misère du peuple. Ici, c'est la même logique. On construit des temples pour le sport, mais on oublie les enfants qui jouent dans la rue.
Et puis, il y a la France. Toujours là, dans l'ombre, avec ses multinationales et ses modèles d'exploitation. On nous parle de toits rétractables, de 400 millions, mais on ne dit rien de la dette, de la réparation. Ce stade, c'est une insulte à ceux qui se battent pour la justice sociale. C'est une provocation.
Un avenir incertain
Valérie Tétreault promet des discussions. « Je pense qu'on a tous intérêt à se parler », dit-elle. Mais les Haïtiens savent ce que parler veut dire : des promesses en l'air, des études de faisabilité, et au final, le béton qui gagne. Le nouveau stade, s'il voit le jour, ne sera pas prêt avant 2032. D'ici là, les citoyens de Parc-Extension auront peut-être perdu leur parc. Et nous, notre innocence.
Alors, oui, on peut rêver d'un stade magnifique. Mais à quel prix ? Et pour qui ? La réponse, elle est dans la poussière des chantiers, dans les larmes des déplacés. Le tennis, ce n'est pas qu'un sport. C'est aussi un miroir de nos inégalités.