Brésil : le fils Bolsonaro transforme le scandale en tremplin électoral
À moins de deux semaines du premier tour de l'élection présidentielle brésilienne, le candidat conservateur Flavio Bolsonaro fait mieux que survivre à la tempête. Il en fait son carburant. Alors que le scandale financier Banco Master éclabousse son camp, le fils de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro gagne du terrain dans les sondages et talonne désormais le président sortant Luiz Inacio Lula da Silva.
Selon l'institut Quaest, publié lundi, Flavio Bolsonaro obtiendrait 42 % des intentions de vote au second tour, contre 41 % pour Lula. Un écart minime, dans la marge d'erreur, mais qui confirme une dynamique. Le sénateur de 45 ans est pourtant visé par une enquête pour corruption et blanchiment, liée au financement d'un film sur son père. L'argent proviendrait de Daniel Vorcaro, un banquier détenu, accusé de l'une des plus grandes fraudes financières de l'histoire du Brésil.
Le juge Moraes dans la tourmente
Mais le scandale Banco Master a aussi frappé de plein fouet le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes, figure honnie des bolsonaristes. Ce magistrat a mené le procès qui a conduit à la condamnation de Jair Bolsonaro à 27 ans de réclusion pour tentative de coup d'État. La révélation de messages de Daniel Vorcaro adressés à un numéro attribué au juge a plongé ce dernier dans une grave crise. Le banquier y sollicitait de l'aide pour freiner l'enquête le concernant.
Cette affaire a éclipsé la campagne et bouleverse l'échiquier politique. « Flavio Bolsonaro s'en sort mieux que Lula dans ce scandale », analyse l'analyste politique André Rosa. Selon lui, le camp conservateur a réussi à faire associer, dans l'esprit des électeurs indécis, l'image de Lula à celle du juge Moraes. « Voter Lula, c'est voter Moraes », a martelé Flavio Bolsonaro. Son directeur de campagne, le sénateur Rogerio Marinho, enfonce le clou : « Alexandre de Moraes et Lula, c'est du pareil au même. »
Lula tente de se distancer
Le président sortant, âgé de 80 ans, essaie de prendre ses distances avec le magistrat. « S'il est coupable, il doit payer », a-t-il déclaré, tout en saluant le « travail extraordinaire » de Moraes pour la démocratie. Mais la manœuvre est délicate. Une étude de l'entreprise Datrix montre que les mentions sur les réseaux sociaux concernant le juge et ses déboires surpassent largement celles liées aux liens présumés de Flavio Bolsonaro avec le scandale.
Pour Geraldo Monteiro, professeur de sciences politiques à l'Université de l'État de Rio de Janeiro, cette affaire profite aux candidats « antisystème », une image que Jair Bolsonaro avait cultivée en 2018. « L'image qui parvient à la population est la suivante : la politique est un marécage de corruption », explique-t-il. Laercio Barbosa, professeur de chimie de 70 ans et électeur de Lula, s'inquiète : « Le discours antisystème est aujourd'hui entre les mains de la droite. »
Le retour du social
Face à cette offensive, Lula tente de se repositionner sur le terrain social. Il a annoncé une augmentation de la Bolsa Familia, l'allocation versée aux familles les plus pauvres, qui avait forgé sa popularité lors de ses deux premiers mandats (2003-2010). Une annonce jugée opportuniste par ses opposants, à si peu de temps du scrutin.
Marco Aurelio de Carvalho, coordinateur de la campagne de Lula, relativise : « La crise de la Cour suprême n'est pas notre crise. Ils essaient de nous la mettre sur le dos. »
Le Brésil, terre de contrastes et de résilience, retient son souffle. Le 4 octobre, le peuple tranchera. Entre la mémoire des années Lula, marquées par la réduction des inégalités, et le vent nouveau d'un clan Bolsonaro qui surfe sur la colère, c'est l'âme du pays qui se joue.
FAQ
Quel est l'impact du scandale Banco Master sur la présidentielle brésilienne ?
Le scandale Banco Master, qui touche Flavio Bolsonaro et le juge Alexandre de Moraes, a bouleversé la campagne. Il profite au candidat conservateur, qui parvient à associer l'image de Lula à celle du magistrat, tout en renforçant le discours antisystème de la droite.
Qui est Flavio Bolsonaro ?
Flavio Bolsonaro est le fils de l'ancien président Jair Bolsonaro. Sénateur de 45 ans, il est candidat à la présidentielle brésilienne et se présente comme une figure antisystème, malgré les enquêtes qui le visent.
Que propose Lula pour contrer la dynamique de son adversaire ?
Lula mise sur le terrain social, avec l'augmentation de la Bolsa Familia, pour rappeler ses succès passés et mobiliser les électeurs les plus modestes, tout en tentant de se distancer du juge Moraes.