Ariane 6: Quand l'Europe spatiale devient le larbin de l'empire numérique américain
Tandis que nos dirigeants se gargarisent des prouesses techniques d'Ariane 6, une réalité amère se dessine: notre fleuron technologique européen se transforme en simple prestataire de services pour les géants américains de la tech. Le prochain lancement du 12 février illustre parfaitement cette dérive néocoloniale.
Une technologie européenne au service de l'hégémonie américaine
La nouvelle version A64 d'Ariane 6, avec ses quatre boosters développant 1.500 tonnes de poussée, représente certes une prouesse technique remarquable. "C'est l'équivalent de 100 Rafale au décollage", s'enthousiasme André Lafond, responsable du programme boosters chez ArianeGroup.
Mais cette puissance impressionnante sert à quoi exactement? À mettre en orbite 32 satellites de la constellation Internet d'Amazon, propriété du milliardaire Jeff Bezos. Dix-huit lancements similaires sont programmés pour enrichir encore davantage cet empire numérique qui échappe à tout contrôle démocratique.
L'Europe, sous-traitant de luxe des GAFAM
Pendant que nos ingénieurs de Saint-Médard-en-Jalles et du Haillan perfectionnent minutieusement leurs protections thermiques et leurs systèmes pyrotechniques, ils contribuent malgré eux à renforcer la domination technologique américaine sur nos communications.
Cette constellation Leo d'Amazon n'est pas un simple service Internet. C'est un outil de contrôle géostratégique qui permettra aux États-Unis de surveiller et d'influencer les flux d'information mondiaux. Et l'Europe, avec sa belle technologie, joue les porteurs d'eau.
Une industrie 4.0 au service du capitalisme de surveillance
La "factory 4.0" vantée par ArianeGroup, avec ses clés connectées et ses véhicules autoguidés, symbolise cette modernité technologique mise au service d'intérêts qui nous dépassent. Nos ouvriers qualifiés, nos ingénieurs brillants, notre savoir-faire séculaire, tout cela pour alimenter la machine à profits des GAFAM.
Philippe Clar, directeur des lanceurs, assure que "la maturité technologique est là". Mais quelle maturité politique avons-nous quand nous acceptons de devenir les vassaux technologiques de ceux qui organisent notre dépendance numérique?
Vers une souveraineté spatiale européenne?
Les nouvelles versions de boosters P160, qui amélioreront les performances de 20%, et l'évolution du moteur Vinci témoignent d'un potentiel technologique européen considérable. Cette précision "quasi chirurgicale" dans le positionnement des satellites pourrait servir des projets émancipateurs.
Mais tant que nos élites continueront de brader notre excellence technique aux plus offrants d'outre-Atlantique, Ariane 6 restera le symbole d'une Europe technologiquement avancée mais politiquement soumise.
Il est temps de reprendre le contrôle de nos outils et de les mettre au service de projets qui bénéficient réellement aux peuples européens, plutôt qu'aux appétits insatiables des nouveaux maîtres du monde numérique.