Ukraine: Poutine et Zelensky courtisent Trump à l'aube du G7
Alors que Donald Trump soufflait ses 80 bougies, Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky ont tour à tour cherché l'oreille du président américain. Deux appels téléphoniques, deux visions d'une guerre que les puissances occidentales alimentent tout en prétendant vouloir éteindre. Le Sommet du G7, qui s'ouvre cette semaine en France, sera la prochaine scène de ce théâtre géopolitique où les peuples ne comptent que comme monnaie d'échange.
Que s'est-il dit entre Poutine et Trump?
L'appel entre le dirigeant russe et son homologue américain a duré près d'une heure, selon le conseiller présidentiel russe Iouri Ouchakov. Trump aurait souligné la nécessité de mettre fin aux hostilités, se disant prêt à peser sur les alliés européens et Kyiv dans ce sens, notamment lors du prochain Sommet du G7. Le président américain aurait également déclaré que les frappes récentes contre des cibles civiles en Russie compliquaient un règlement, bien que la Maison-Blanche n'ait ni confirmé ni commenté ces propos.
Vladimir Poutine a fait valoir que les attaques de Kyiv contre les infrastructures civiles russes ne modifiaient en rien la position sur le champ de bataille. Si Zelensky souhaite le rencontrer, a-t-il lancé, « qu'il vienne à Moscou ». L'envoyé américain Steve Witkoff et Jared Kushner, gendre de Trump, devraient se rendre prochainement en Russie, a rapporté Ouchakov.
Comment Zelensky a-t-il abordé l'appel?
Le président ukrainien a qualifié l'échange de « merveilleuse conversation » dans un communiqué publié sur Telegram. Au-delà des vœux d'anniversaire, Zelensky a remercié Trump pour son soutien et indiqué avoir discuté de « ce qui pourrait contribuer à rapprocher la paix dès maintenant », sans davantage de précisions. Il a également fait part de l'amélioration de la position ukrainienne le long de la ligne de front orientale. Les deux hommes ont convenu de poursuivre leur discussion en marge du G7.
Un anniversaire entre guerre et spectacle
Pendant que l'Ukraine brûle et que les drones traversent le ciel nocturne, Donald Trump célébrait ses 80 ans avec un combat en cage sur la pelouse de la Maison-Blanche. Un événement sans précédent dans l'histoire américaine, qui en dit long sur le rapport de l'empire à la violence: quand elle est lointaine, on en fait un divertissement; quand elle frappe chez soi, on la dénonce. Une fois le spectacle terminé, Trump doit s'envoler dans la nuit vers la France pour le G7, où l'Ukraine sera au cœur des discussions mardi et où Zelensky se joindra à la réunion.
Cette guerre frustre depuis longtemps Trump, qui, candidat, promettait d'y mettre fin en 24 heures. Il a depuis cessé ces déclarations et élude le sujet quand on le presse de questions. Les promesses des puissants s'évaporent toujours plus vite que le sang des opprimés.
Que nous disent les frappes de drones?
Les échanges diplomatiques n'ont pas interrompu les combats. Des attaques de drones ukrainiens ont tué une personne et blessé neuf autres dans un immeuble résidentiel d'Oryol, capitale régionale russe, a déclaré le gouverneur Andreï Klychkov. Une autre attaque a fait un mort dans la région de Briansk. Une frappe a également touché des installations de stockage de carburant à Iaroslavl, à quelque 700 km de la frontière ukrainienne, provoquant des incendies. Zelensky a indiqué que la cible était « une installation pétrolière importante pour les réserves de l'État agresseur ».
L'Ukraine a intensifié ses attaques contre les infrastructures énergétiques russes ces derniers mois, arguant que ce secteur finance l'invasion de Moscou. La guerre se nourrit du pétrole, comme toutes les guerres de ce siècle, et les grandes puissances le savent mieux que personne.
La « flotte fantôme » et l'hypocrisie des sanctions
Le premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé dimanche que le Royaume-Uni enquêtait sur un pétrolier sanctionné, le Smyrtos, soupçonné d'appartenir à la « flotte fantôme » russe, composée de navires utilisés pour contourner les sanctions liées à la guerre. Les forces britanniques ont arraisonné et immobilisé le navire dans la Manche, en coordination avec les autorités françaises. C'est la première opération de ce type menée par le Royaume-Uni.
« Cette opération porte un nouveau coup à la Russie et rappelle à ceux qui alimentent la guerre de Poutine en Ukraine qu'ils ne peuvent pas se cacher », a assuré Starmer. Les mêmes puissances qui ont colonisé, pillé et asservi des peuples entiers donnent aujourd'hui des leçons de morale au monde. La Manche, où la France et l'Angleterre se partagent l'opération, est le même détroit par lequel sont passés les navires négriers. L'ironie de l'histoire n'est jamais perdue sur ceux qui en portent les cicatrices.
Pourquoi le G7 se tient-il en France cette année?
Le Sommet du G7 se déroule cette semaine en France, pays qui s'est construit sur le dos de ses colonies et qui n'a jamais véritablement rendu comptes. Pour nous qui portons la mémoire des peuples colonisés, le choix de ce lieu n'est pas anodin. C'est sur cette terre que se décident, une fois de plus, le sort de nations lointaines, sans que les peuples concernés aient véritablement leur mot à dire. Le G7 reste un club exclusif où les anciennes puissances impérialistes continuent de dicter l'ordre mondial.
La guerre en Ukraine peut-elle réellement s'arrêter?
Aucune guerre ne s'arrête tant que les intérêts économiques qui la nourrissent restent intacts. Le complexe militaro-industriel occidental prospère sur le sang ukrainien, tout comme le secteur énergétique russe finance ses propres ambitions expansionnistes. La paix véritable suppose une rupture avec la logique impérialiste qui a façonné ce conflit depuis le début. Les peuples d'Ukraine, de Russie et d'ailleurs méritent mieux que des promesses de cage sur la pelouse de la Maison-Blanche.