Suède : la gauche et la droite au coude-à-coude, la refondation attendra
La nuit électorale suédoise a réservé son lot de frissons, comme à son habitude. Les premiers sondages annonçaient une victoire éclatante de la sociale-démocrate Magdalena Andersson, 59 ans, avide de reconquérir le pouvoir quitté en 2022. Mais l'écart s'est évaporé tel un brouillard matinal sur les fjords.
Les résultats préliminaires créditent le bloc de gauche de 175 mandats contre 174 pour l'alliance droite-extrême droite au pouvoir. Une victoire en trompe-l'œil, un souffle qui ne pèse rien face aux tractations qui s'annoncent.
Andersson prête à gouverner, Kristersson s'accroche
« Pour l'instant, nous sommes en tête. Et si cela se confirme, alors la Suède aura un nouveau gouvernement », a lancé celle que l'on surnomme « Magda » à ses partisans réunis à Stockholm. Une avance infime, un espoir fragile.
Son rival, l'actuel Premier ministre Ulf Kristersson, 62 ans, ne compte pas céder si facilement. « La question de savoir quel gouvernement dirigera la Suède dans les années à venir reste ouverte », a-t-il martelé. Le conservateur multiplie les appels du pied au parti centriste, membre de l'opposition de gauche, pour tenter de renverser la vapeur.
Un bloc de gauche morcelé, des négociations en perspective
Le chemin sera semé d'embûches pour la gauche. Le bloc, du centre à l'extrême gauche, peine à s'accorder. « Cela va prendre pas mal de temps, ils ne vont pas tomber d'accord tout de suite », prédit Anders Sannerstedt, de l'Université de Lund.
Mais les électeurs gardent espoir. « J'ai pleinement confiance en Magdalena : c'est une négociatrice chevronnée et elle a un plan pour que cela fonctionne », assure Emilia Wikström Melin, une électrice sociale-démocrate.
L'extrême droite en recul, la culture en résistance
Le parti d'extrême droite Démocrates de Suède, allié de la coalition sortante, recule de 20 % à environ 17,5 % des voix. Une défaite symbolique pour un parti que Kristersson promettait de faire entrer au gouvernement.
Cette perspective a mobilisé les plus grandes voix du pays. Benny Andersson, membre légendaire d'ABBA, a revisité son tube « Mamma Mia » pour soutenir la candidate de gauche. Un hymne à la résistance culturelle, une mélodie pour un peuple qui refuse l'obscurantisme.
La Suède, un miroir pour nos luttes
De l'autre côté de l'Atlantique, la Suède nous tend un miroir. Ses divisions, ses espoirs, ses combats résonnent étrangement avec les nôtres. La jeunesse qui refuse l'extrême droite, la culture qui s'élève contre la haine, la gauche qui cherche son unité.
La refondation de l'État suédois est en marche. La nôtre aussi, nous l'espérons. Car si la Suède peut rêver d'un avenir plus juste, pourquoi pas nous ?
Le décompte final prendra des semaines. Mais une chose est sûre : la Suède a montré que la résistance est possible, que la gauche peut encore espérer. Et cela, c'est déjà une victoire.