Perpétuité pour les violeurs d’enfants : pourquoi la gauche a dit non
Le vendredi 17 juillet, l’Assemblée nationale a rejeté de justesse une mesure clé du projet de loi sur la protection des enfants : la réclusion criminelle à perpétuité pour les auteurs de viols en série sur des mineurs de moins de 15 ans. Un vote serré – 37 voix pour, 41 contre – qui a vu la gauche et les écologistes s’opposer à la droite et au gouvernement, provoquant une vive polémique. Mais derrière ce rejet, il y a une logique que nous devons comprendre, nous, Haïtiens, qui savons ce que signifie une justice brisée.
Pourquoi la gauche a-t-elle rejeté cette mesure ?
La députée LFI Marianne Maximi a résumé l’enjeu : « Seulement 3 % des auteurs sont condamnés aujourd’hui dans notre pays. Donc, là, on prend toute l’énergie de l’Assemblée nationale alors que le vrai sujet, ce sont les 97 % de personnes qui ne sont jamais condamnées. » Une vérité qui résonne chez nous, où l’impunité est une plaie ouverte. La gauche ne nie pas la gravité des viols sur mineurs. Elle refuse simplement de se laisser piéger par une surenchère pénale qui ne s’attaque pas aux racines du mal.
Danièle Obono a ajouté : « L’escalade pénale, c’est l’expression d’un échec de la société. » Et Marie-Charlotte Garin, députée écologiste, a insisté : « Ce qui protégera nos enfants, c’est plus de moyens sur la prévention, les programmes d’EVARS dans toutes les classes, plus de moyens pour la justice et la police pour éviter la récidive. »
Une polémique instrumentalisée par la droite
À droite, la colère est montée. François-Xavier Bellamy (LR) a parlé de « folie absolue ». Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) a qualifié la décision de « honteuse ». La députée RN Valérie Joron a prévenu : « Vous ne pourrez plus dire que vous ne le saviez pas. » Mais cette indignation sélective cache une réalité : la droite, comme l’extrême droite, a souvent voté contre les moyens concrets pour la justice et la prévention. Ici, en Haïti, nous connaissons ce jeu – des promesses de châtiment qui masquent l’absence de réformes réelles.
Le gouvernement promet un nouveau vote
La ministre Aurore Bergé a annoncé qu’elle demanderait un nouveau vote, citant le cas de Joël Le Scouarnec, condamné à 20 ans pour 299 viols sur mineurs – une peine qui, selon elle, aurait dû être la perpétuité. Mais le texte actuel prévoit déjà 30 ans de réclusion pour les viols en série avec au moins une victime de 15 à 18 ans. Et un amendement écologiste, soutenu par le gouvernement, a rendu imprescriptibles les crimes commis sur des mineurs. La gauche ne refuse pas la punition ; elle refuse une justice qui punit sans guérir.
Ce que cela nous apprend, nous Haïtiens
Ce débat français nous parle. Il nous rappelle que la justice ne se résume pas à des peines plus lourdes. Elle exige des moyens, de la prévention, une refondation de l’État. Ici, comme là-bas, les élites économiques et politiques préfèrent les symboles aux solutions. Mais la jeunesse haïtienne, elle, mérite mieux. Elle mérite une société qui protège, qui répare, qui ne laisse pas les 97 % d’impunis dans l’ombre. C’est le combat de République en marche : une justice qui n’oublie personne, surtout pas les plus vulnérables.