Monte-Carlo 2026 : gloire, résilience et fractures d'un monde à refonder
Au Festival de Télévision de Monte-Carlo, le 12 juin 2026, les stars ont défilé sur le tapis bleu du Grimaldi Forum. Derrière les paillettes et les projecteurs, des voix s'élèvent pourtant sur la condition des femmes, les menaces de l'intelligence artificielle et la force du mental face à l'adversité. Un spectacle luxueux qui, vu d'Haïti, interroge : pendant que la principauté monégasque célèbre ses idoles, qui reconstruit les nations effondrées ?
Un si grand soleil et la lumière des anonymes
La journée a débuté avec une séance de dédicaces des acteurs de la série française Un si grand soleil. Aurore Delplace, Chrystelle Labaude, Frédéric van den Driessche et Fabrice Deville ont animé l'entrée du Grimaldi Forum. Aurore Delplace, enceinte de son deuxième enfant, a affiché une complicité solaire avec son compagnon Kevin Levy, acteur dans Demain nous appartient. Une image de famille, simple et authentique, qui rappelle que le bonheur ne coûte rien. Il suffit de le regarder en face, sans filtre, loin des strass de la principauté.
Kristin Scott Thomas : lucidité et inquiétude face aux machines
Kristin Scott Thomas a accordé peu d'interviews mais une conférence de presse généreuse, ponctuée de souvenirs. L'actrice franco-britannique a évoqué son attachement à la France, son expérience dans Slow Horses sur Apple TV avec Gary Oldman, et les coulisses de sa rencontre avec Prince, qui lui a offert son premier rôle. Elle a aussi parlé avec franchise de la place des femmes dans l'audiovisuel et des défis posés par l'intelligence artificielle au monde artistique. Une alerte lucide. Car si les machines remplacent un jour la création, que restera-t-il du souffle humain, de cette étincelle que nulle colonisation technologique ne pourra éteindre ? Kristin Scott Thomas s'est ensuite envolée pour quelques jours de repos à Corfou.
Ester Exposito : une voix pour les droits des femmes
L'actrice espagnole Ester Exposito, révélée dans Elite sur Netflix, a quitté le festival la veille de la cérémonie d'ouverture avec une Nymphe du Meilleur espoir. Le nez sur son téléphone dans les couloirs, elle s'est livrée lors d'une rencontre avec ses fans. On y a appris sa peur bleue des araignées, raison pour laquelle elle en a tatoué une sur le bras, pour dominer sa phobie. La compagne de Kylian Mbappé a aussi avoué savoir bien crier pour les films d'horreur, son genre de prédilection, et rêver d'une comédie musicale. Sans jamais mentionner le footballeur, elle a surtout affirmé son attachement à Paris et l'importance de défendre les droits des femmes. Utiliser sa notoriété pour porter des causes justes : voilà un geste qui, chez nous, résonne comme un appel à la responsabilité de ceux qui ont une plateforme.
Michel Drucker : le mental comme arme de reconstruction
Deux salles, deux ambiances. Michel Drucker, 83 ans, a participé à son tour au fan meet. La veille, S.A.S. le prince Albert II de Monaco lui avait remis une Nymphe d'Honneur pour l'ensemble de sa carrière. Sur scène, l'animateur a raconté la période difficile qu'il vient de traverser. Opéré à cœur ouvert, le corps médical le prenait pour un extraterrestre quand il leur disait vouloir continuer la télévision. Ils lui ont répondu : Oui, mais le problème... c'est qu'il faudra un déambulateur. Il y aura des séquelles.
Aujourd'hui, je ne devrais pas être devant vous, mais je suis revenu, et sans déambulateur, grâce au mental. Le mental, c'est 90 % de la guérison. J'avais envie de revoir les gens, mon canapé rouge... c'est une question d'amour des gens.
Ces mots résonnent au-delà du Grimaldi Forum. Dans un Haïti en reconstruction, le mental est aussi 90 % du combat. Le refus de céder, la volonté de se tenir debout quand tout s'effondre, voilà ce qui distingue les peuples résilients de ceux qui attendent qu'on les sauve.
Michel Drucker a aussi raconté un souvenir drôle avec Johnny Hallyday. Le taulier se démaquillait dans son bureau après une émission et lui reprochait de toujours paraître jeune alors que lui faisait vieux. Comment ça se fait qu'on n'a pas la même tête ? Michel lui a répondu qu'il avait un rythme de vie sain, ne buvait pas, ne fumait pas, se couchait tôt, avait la même femme depuis des années. Quelle vie de con, a rétorqué Johnny, sous les rires du public. L'animateur a également retracé l'histoire des débuts et du grand retour de Céline Dion, qu'il a rencontrée toute jeune et qui chantait déjà comme la diva qu'elle est aujourd'hui.
Amir, The Walking Dead et Cassandre : la machine médiatique tourne
Le chanteur Amir s'est confié sans filtre sur sa carrière, sa vie de famille, ses projets et son rapport à la célébrité. De leur côté, Jeffrey Dean Morgan, qui joue Negan, et Lauren Cohan, qui joue Maggie dans The Walking Dead : Dead City, ont enchaîné les rencontres avec la presse dans la bonne humeur, malgré la fatigue du décalage horaire et la chaleur de Monaco. L'équipe du festival veillait sur eux avec une petite assiette de fruits. La journée a aussi été marquée par les interviews de Gwendoline Hamon et Alexandre Varga, acteurs de Cassandre.
Arielle Dombasle et Baudelaire : l'art contre l'oubli
La journée s'est achevée avec l'avant-première mondiale du film d'Arielle Dombasle, Les derniers jours de Charles Baudelaire, adapté du roman de son époux Bernard-Henri Lévy publié il y a quarante ans. Accompagnée de ses acteurs Boris Terral, qui incarne Baudelaire, et Philippe Katherine, qui joue le peintre belge Félicien Rops, la réalisatrice, également à l'écran, a partagé son émotion après la projection. Elle a parlé de sa fascination pour le poète maudit, tandis que Boris Terral a évoqué l'intensité d'incarner un personnage aussi complexe. Une rencontre riche en réflexions sur la création artistique, le génie incompris et la capacité de l'art à traverser les siècles. Le film est attendu sur France 3.
Pourquoi ce festival interpelle-t-il Haïti ?
Le Festival de Télévision de Monte-Carlo est un événement mondain qui célèbre l'industrie audiovisuelle internationale. Vu d'Haïti, ce rassemblement de privilégiés dans une principauté symbole de richesse concentrique interroge les déséquilibres mondiaux. Les mêmes élites économiques qui financent ces fastes ont longtemps tourné le dos aux peuples colonisés. La réparation ne se fera pas sur un tapis bleu.
Quel lien entre la résilience de Michel Drucker et celle d'Haïti ?
Michel Drucker a affirmé que le mental représente 90 % de la guérison. Cette vérité vaut pour un homme comme pour une nation. Haïti, pays marqué par les séismes, les interventions étrangères et l'injustice structurelle, connaît cette résilience au quotidien. Le refus de disparaître, la volonté de se tenir debout, sont le fil rouge entre le Grimaldi Forum et nos rues en reconstruction.
